Retranchés - Par Cafard - Ankama Editions

3 janvier 2009 0
  • Un album surprenant, associant l'univers guerrier napoléonien et l'imagerie des tranchées de la Première Guerre mondiale, pour illustrer l'errance post-chagrin amoureux.

Jérôme vient d’être largué par sa copine. Il se complaît dans ses soucis, reste chez lui à se morfondre devant la télévision. Parallèlement, des soldats occupent une tranchée, bien campés sur leur position, attendant un ennemi qu’ils ne verront jamais. Les deux univers se répondent l’un l’autre, illustrant l’esprit en perdition de Jérôme.

Retranchés est un album singulier. Le lecteur peut passer un bon tiers de l’album avant de comprendre le postulat scénaristique. L’illustration du désarroi d’un personnage contemporain en utilisant l’imagerie militaire de la Première Guerre mondiale, mélangée à l’esthétique des uniformes napoléoniens se révèle un exercice étonnant. Graphiquement, Cafard nous épargne des transitions inutiles et laisse le lecteur faire la distinction entre l’univers contemporain et l’imagerie guerrière. On sent néanmoins l’auteur plus inspiré lorsqu’il délaisse son Jérôme prostré chez lui ou errant dans la rue : les photographes volants, le dactylo et son crâne d’oiseau mort, ou les différents soldats très variés nous évoquent un univers de figurines de plombs sous acide, expressif et nerveux grâce au trait hachuré de Cafard. L’auteur nous oppose un univers fantasmé très riche et bavard (peut-être même un peu trop), à la réalité de Jérôme ponctuée par les commentaires de ses amis ou le son venant des pages de publicité que le personnage subit, complètement passif.

Retranchés - Par Cafard - Ankama Editions
Extrait de "Retranchés".
© Cafard/Ankama Editions

Retranchés ne respire pas franchement la bonne humeur, et observer des personnages désœuvrés et presqu’antipathiques aura vite fait d’en rebuter certains. Mais cet album vaut vraiment le coup d’œil pour l’originalité de l’entreprise, l’univers graphique, son sens du cadre et son ambiance dé-saturée.

En revanche, Retranchés est à déconseiller aux dépressifs.

(par Thomas Berthelon)

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