Rex Mundi - T1 : Le Gardien du temple - Par Arvid Nelson & Eric Johnson - Sémic Books

23 janvier 2005 0 commentaire
  • Paris, 1933. Dans une Europe où l'Église catholique détient toujours le pouvoir et où la magie est un composant de la vie économique et religieuse, un médecin un peu à part va se trouver impliqué dans une mystérieuse affaire de manuscrit dérobé.

Quand un de ses amis prêtres vient demander son aide au Dr Julien Saunière pour retrouver un manuscrit dont il avait la charge, le médecin mal vu par la hiérarchie catholique pour sa propension à soigner des catégories de malades mises au ban de la société (pauvres, Juifs...) n’imagine pas jusqu’où cette affaire va l’entraîner. La police ecclésiastique descendant des Inquisiteurs va s’intéresser à lui, et le meurtre rituel d’une prostituée sera vite suivi de l’assassinat du prêtre qui lui avait un peu trop parlé. Un mystérieux homme en blanc, manifestement adepte de la magie, est impliqué dans ces deux meurtres.

Les enjeux de cette histoire écrite par Arvid Nelson, qui s’est énormément documenté, sont bien plus larges que cette introduction pourrait ne le laisser penser : au fil de ce premier volume (la série est prévue sur cinq autres), le lecteur rencontrera quelques-uns des personnages politiques importants de ce monde encore plus partagé que celui de nos années 30, où l’Italie n’est pas rassemblée (les états papaux en occupant évidemment une bonne partie) et où l’Espagne est encore en majorité sous domination musulmane. Toute uchronie nécessite une bonne dose de cohérence pour être crédible, et celle-ci n’en manque pas.
En dehors de l’aspect politico-religieux (qui est développé dans les appendices sous forme d’extraits de journaux de l’époque), l’autre élement important écartant cette série de la réalité est donc la magie, mais pas celle de l’heroic-fantasy ni celle du Dr Strange de la Marvel. Bien plutôt une pratique et une théorie magiques héritées des études de la Cabale et autres grands textes occultes. On est donc loin des histoires de mages se lançant à la figure de grand jets d’energie mystique...
Le titre, lui, signifie Roi du Monde, nom donné par les Cathares au démiurge qu’ils estimaient responsable de la création du monde. L’hérésie cathare va elle aussi jouer un rôle important dans cette série, qui est décidément bien ancrée dans la France chrétienne.

Rex Mundi - T1 : Le Gardien du temple - Par Arvid Nelson & Eric Johnson - Sémic Books

Le dessin d’Eric Johnson, qui rappellera sans doute celui de Jae Lee aux amateurs (avec une touche de George Pérez par endroits) est bien dans la droite ligne du réalisme à l’américaine. Soigné et dense, il bénéficie d’un travail sur les décors comme on en voit rarement sur les séries continues américaines (mais Rex Mundi est loin d’être un titre mensuel). Les quelques maladresses dont fait preuve le trait du dessinateur sont manifestement imputables à son manque d’expérience (il s’agit, comme pour le scénriste, de son premier travail publié), mais les personnages sont variés et loin des standards des comics d’aventure emplis de muscles tendus. On peut également remarquer le beau travail du coloriste Jeromy Cox, dont les ambiances sombres ne tombent jamais dans la facilité.

Rex Mundi est une série inhabituelle à plus d’un titre : écrite et dessinée par deux américains, elle se passe à Paris, et traite de thèmes à cent lieues des préoccupations de leurs compatriotes. Pourtant, comme pour les plus intéressants des mondes imaginaires, les relations avec le nôtre sont loin d’être inexistantes. Religion, soif de pouvoir et violence étatique sont aussi présentes dans le monde de Julien Saunière que dans celui des auteurs.

(par François Peneaud)

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