Riez, mortels ! Le Petit Vampire de Joann Sfar voltige dans les salles obscures

21 octobre 2020 0 commentaire
  • Depuis la première des trois bandes dessinées parue en 2017 chez Rue de Sèvres, voilà trois ans qu’on attend la sortie en salle du nouveau film de Joann Sfar, avec l’adaptation de l’un de ses personnages fétiches : Petit Vampire. Une attente récompensée avec un long-métrage fidèle à la série et qui détendra petits et grands.

Nous vous l’annoncions dès cet été, alors que le film était présenté en avant-première au festival d’animation d’Annecy, le nouveau film de Joann Sfar serait certainement l’adaptation BD sur grand écran de cette fin d’année.

Si vous vous demandez qui est Petit Vampire ? Sachez que ce personnage qui connut son premier album en 1999 est en fait lié à une autre série de Joann Sfar, intitulée Grand Vampire avant de devenir plus tard Le Bestiaire amoureux. En effet, Petit Vampire ne serait que la version contemporaine de Grand Vampire qui aurait juste un jour décidé de redevenir petit.

Vous ne comprenez rien ? Ce n’est pas grave ! Car Joann Sfar et son ex-épouse Sandrina Jardel qui avaient déjà coscénarisé le long-métrage du Chat du Rabbin ont décidé de revoir cette genèse pour les besoins de l’adaptation du personnage de Petit Vampire au grand écran.

Riez, mortels ! Le Petit Vampire de Joann Sfar voltige dans les salles obscures

L’histoire débute il y a trois cents ans : à défaut de pouvoir épouser Pandora, la femme qu’il aime, un prince décide de la sacrifier, elle et son fils, à la créature du néant. Heureusement, le Capitaine des Morts sur son Hollandais volant les sauvent tous deux, non sans les avoir transformés en vampire pour leur bien. Malheureusement le Prince ne l’entend pas de cette oreille. Il devient également immortel en se transformer en Gibbous, afin de poursuivre nos amis pendant les siècles. Après bien des déboires, nos héros trouvent refuge sur la Côte d’Azur, où il entoure un vieux manoir d’une barrière magique pour se tenir à l’abri du Gibbous. Et pour protéger son fils, Pandora lui enlève la mémoire et lui rend son insouciance.

Mais maintenant que Petit Vampire vit dans une maison hantée avec une joyeuse bande de monstres, il s’ennuie terriblement... Cela fait maintenant 300 ans qu’il a 10 ans, alors les bateaux de pirates, et le cinéclub, ça fait bien longtemps que ça ne l’amuse plus. Son rêve ? Aller à l’école pour se faire des copains. Mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille, le monde extérieur est bien trop dangereux. Accompagné par Fantomate, son fidèle bouledogue rouge volant, Petit Vampire s’échappe du manoir en cachette, déterminé à rencontrer d’autres enfants. Très vite, il se lie d’amitié avec Michel, un petit garçon aussi malin qu’attachant. Mais leur amitié naissante va attirer l’attention du terrifiant Gibbous, ce vieil ennemi qui retrouve alors les traces de Petit Vampire et sa famille…

Un petit vampire aux allures de son auteur

Joann Sfar
Photo : DR.

« Ce petit vampire que ses parents ne laissent pas sortir car ils ont vraiment peur de ce qui se passe à l’extérieur, cela ressemble à ce que j’ai vécu pendant mon enfance, explique Joann Sfar. Comme j’avais perdu ma mère et que j’avais énormément de médecins dans mon entourage, on avait toujours peur qu’il m’arrive quelque chose. J’étais un enfant médicalisé même quand j’étais en très bonne santé, et on me glissait toujours des vitamines dans les poches ! Donc le coup de colère du petit vampire qui en a marre qu’on ne le laisse pas sortir, et qu’on lui dise que tout est dangereux, je dois dire que je l’ai souvent ressenti moi aussi. Je constate d’ailleurs que plus je m’adresse aux enfants en créant un récit imaginaire, plus je raconte des choses intimes. »

Et de continuer : « J’essaie donc, par le biais de la fiction, d’expliquer aux enfants qui ont des familles cabossées qu’en fait, nous avons tous plus ou moins des familles biscornues, et que ça n’induit pas un comportement particulier. C’est pour cette raison que le petit Michel, qui n’a pas ses parents dans mon histoire, est grassouillet, rigolo, bondit dans tous les sens et n’a aucune des caractéristiques fantasmées que l’on plaque habituellement sur les orphelins. »

Un divertissement horriblement qualitatif

En cette période de Covid où la maladie guette enfants et parents au moindre tournant, Petit Vampire constitue le divertissement par essence. Non qu’il faille se faire peur pour s’endurcir, mais l’univers de Joann Sfar permet de dépasser les apparences pour mieux profiter de la vie, même lorsqu’elle prend des allures bien étranges sous l’influence d’un virus.

Même si le démarrage est un peu brusque, les enfants vont se prendre rapidement au jeu de l’imaginaire débridé de Joann Sfar. Que les péripéties se déroulent à l’école ou sur le pont d’un bateau pirate, les jeunes téléspectateurs y trouveront leur compte. Tout autant certainement que leurs parents. Certes, les clins d’œil et autre second degré ne sont pas vraiment présents dans le film, mais la richesse de l’univers permet de vraiment passer un bon moment, même si on n’est pas un fan du genre. Une richesse qui ne nécessite d’ailleurs pas la 3D pour déployer tous ses talents.

En sera-t-il de même pour les afficionados de la série ? Sans doute, car malgré une petite baisse de rythme au milieu du récit, Sfar est parvenu à entremêler suffisamment d’éléments des premières bandes dessinées avec des nouveautés, afin que les premiers lecteurs y trouvent aussi leur plaisir. On appréciera d’ailleurs le fait que Sfar ait conservé le même dialogue par cahier interposé entre Michel et Petit Vampire, tel qu’il l’avait imaginé il y a plus de vingt ans.

Les fans les plus attentifs dénicheront tout de même quelques références dissimulés par l’auteur-réalisateur : entre autres les livres dont vous êtes le héros, l’appel de Cthulhu, Swamp Thing, sans oublier ses précédents films dont le Chat du Rabbin et Gainsbourg (vie héroïque). Puis ils riront aux allusions de Sfar, surtout lorsque Pandora exhorte son fils à passer son temps devant les écrans, plutôt que de sortir se faire des amis. Enfin, le tout est porté par de très belles voix, dont on remarquera celle de Jean-Paul Rouve et même celle de Sfar lui-même qui joue l’improbable rôle de Marguerite.

Au-delà de l’écran

Ceux qui n’iront pas découvrir tout cela dans les salles obscures pourront se rabattre sur la trilogie de bande dessinée éditée chez Rue de Sèvres, qui reprend globalement tout le déroulé du film. On profite ainsi du truc de l’auteur lui-même, sans devoir se coltiner une adaptation par un tiers, et quelques éléments complémentaires qui ont été coupés au montage du long-métrage.

Et pour ceux qui voudraient du neuf, le nouveau roman paru dans la collection Neuf de L’École des Loisirs remportera les suffrages. Une nouvelle aventure qui profite aussi de dessins de Sfar (avec ou sans bulles ou commentaires, selon sa fantaisie) et qui met surtout en scène de nouveaux personnages inventés pour le film et la nouvelle série, à commencer par Boisdormante.

Au final, une adaptation un peu moins délirante que certains épisodes de dessins animés sérieusement barrés (pour notre plus grand plaisir), tout en profitant de ce que l’animé met en avant, à commencer par le Gibbous. Moralité : du Sfar comme on l’apprécie, virevoltant et en dehors des clichés, et qui devrait permettre de rire et vibrer encore quelques années avec ce beau personnage qu’est Petit Vampire, et sa joyeuse clique de monstres !

(par Charles-Louis Detournay)

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