Rocky - Par M. Kellerman - Huber

21 juillet 2016 1 commentaire
  • Naissance d’une nouvelle maison d'édition basée à Pau, au projet original : publier un à deux albums par an, uniquement des traductions d’ouvrages étrangers de grande qualité, anciens ou contemporains. Rocky est le premier album de cette entreprise très pop !

Pau, capitale du Béarn et des rois de Navarre, nichée entre Pyrénées et coteaux du Jurançon, son maire centriste, sa carapace de tortue qui aurait servi de berceau au futur Henri IV et désormais sa maison d’édition de bande dessinée : Huber Éditions. Cette jeune structure a été créée courant 2015. Elle est composée de deux libraires (Baptiste Neveux de la librairie Bachi Bouzouk, Sarah Vuillermoz de la librairie Mollat) ainsi que d’un représentant en bandes dessinées indépendantes (Julian Huber de Makassar Diffusion), c’est-à-dire un ensemble de professionnels actifs depuis une bonne décennie dans le milieu du neuvième art, mais encore complètement débutants en ce qui concerne l’édition pure.
Rocky - Par M. Kellerman - Huber
L’objectif de cette nouvelle entreprise est à la fois modeste et ambitieux, comme nous l’explique Julian : « Nous n’avons pas la prétention de nous présenter comme des grands défricheurs. D’autres illustres éditeurs comme Cornélius ou L’association l’ont fait (et bien fait) avant nous. Notre but est de faire découvrir au public français des ouvrages dont nous estimons qu’il n’est pas normal qu’il n’en existe pas d’éditions française. C’est presque plus une démarche de lecteur insatisfait... Nous partons donc pour l’instant plus sur des traductions que des créations françaises, même si nous ne nous refusons pas cette possibilité à l’avenir. Deux lignes se dégagent assez facilement dans notre politique éditoriale, suivant nos goûts de lecteurs. Une ligne indé underground (je n’aime pas ce terme mais je n’en trouve pas d’autre) qui correspond en tout point à notre première sortie ( Rocky ) et à la seconde à venir. L’autre ligne sera plus patrimoniale, toujours en traduction et il s’agira de réhabiliter des ouvrages étrangers totalement oubliés ou ignorés en France ».

Le rythme de publication prévu est d’un à deux livres, au maximum, par an. Pourquoi si peu ? « La première raison est que défendre un livre prend du temps et de l’énergie (nous avons tous un travail à coté). Nous ne voulons pas sitôt un livre imprimé, l’abandonner sur les étals des libraires afin de commencer la réalisation du prochain. Nous voulons choyer nos livres et leur donner toutes les chances de ressortir de la masse actuelle des parutions. La deuxième vient du fait que nous n’avons pas des milliers de choses à éditer. Les œuvres fortes (selon nous) ne sont pas légion et nous voulons être très sélectifs dans nos choix éditoriaux. Sortir un ou deux livres par an rend aux yeux des libraires et des lecteurs nos sorties précieuses et rares. C’est donc un projet à taille et à rythme humains que nous montons. Le fait d’avoir un travail "alimentaire" à coté nous garantit une liberté éditoriale plus vaste : nous n’avons pas comme objectif de se nourrir via nos ventes de livres. Plaisir et épanouissement personnels seront donc les deux mamelles de notre projet ! ».

Ce premier projet, Rocky, est fort porté sur les mamelles, les seins, les fesses, et tout ce qui fait le charme de la gente féminine qui fait rêver cet antihéros rock’n’roll un peu destroy. Cette bande dessinée de Martin Kellerman fait partie des classiques de la bande dessinée suédoise et s’est vendue à plus de 500.000 exemplaires en Suède et Norvège depuis le début des années 2000, tout en étant également diffusé aux États-Unis (par Fantagraphics).

Cette autobiographie d’un loser magnifique joue sur les codes des funny animals à la manière d’un Fritz the cat, et ne peut que faire penser à Peter Bagge ou Joe Matt.
Dans cette anthologie, vous trouverez une série de personnages tous plus glauques, triviaux, désespérés et désespérants les uns que les autres. Notre anti-héros vit une série de non-aventures, de colocations glauques en boulots pourris, de coups d’un soir désastreux en road trip calamiteux, le tout rythmé de gueules de bois en série qui ponctuent le morne quotidien d’un groupe de jeunes aux ambitions aussi limitées que leurs capacités. Tous ces personnages sont hauts en couleur, refusant de quitter l’adolescence, constatant sans illusion leur propres échecs, cumulant MST et périodes de chômage. L’ensemble est très rythmé (malgré quelques répétitions inévitables vu la masse du volume : 250 pages de trois strips chacune) et chaque strip apporte sa pierre à l’entreprise d’humour noir.

À la fin du volume, quelques pages permettent d’expliciter différentes références culturelles qui auraient pu nous échapper (du groupe de rap suédois aux sectes évangéliques, en passant par la sociologie des quartiers de Stockholm et la bande dessinée nordique). On regrettera juste l’absence d’astérisques dans les strips renvoyant à ce lexique terminal.

Le dessin est extrêmement expressif, et l’ensemble, malgré l’exotisme du contexte suédois, nous est très familier, renvoyant aussi bien aux séries américaines des années 1990 qu’au quotidien de toute une génération de jeunes Occidentaux. Cette plongée dans le neuvième art scandinave vaut franchement le détour et l’on se réjouit d’avance des futures pépites que Huber dénichera au fond de son gave de Pau !

(par Tristan MARTINE)

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1 Message :
  • Rocky - Par M. Kellerman - Huber
    23 juillet 2016 21:11, par Eric B.

    Votre journaliste a-t-il fait ses devoirs ? Il aurait pu préciser qu’un premier tome de Rocky avait été traduit chez Carabas en 2007... et nous parler des qualités respectives des traductions, par exemple...

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