Romantica, le remarquable geste éditorial du Lombard

7 mai 2014 6 commentaires
  • "Romantica" est une collection conçue par Daniel Casanave et David Vandermeulen qui ambitionne d'évoquer les grandes figures du romantisme en Europe. Un angle inédit dans un contexte éditorial qui sort rarement des sentiers battus.
Romantica, le remarquable geste éditorial du Lombard
"Shelley, la vie amoureuse de l’auteur de Frankenstein" par Casanave et Vandermeulen
Ed. Le Lombard

On connaît les talents d’historien de David Vandermeulen, un conteur passionné de biographies qui aime travailler sur les racines profondes de nos maux contemporains : alors qu’avec sa biographie de Fritz Haber (4 vol. chez Delcourt), un scientifique qui est le pur produit de la Révolution industrielle, ce sont les fondements même de la Seconde Guerre mondiale et de l’État d’Israël qui s’ébauchent, dans la collection "Romantica", il s’attaque à un moment particulier de la pensée en Europe : le Romantisme.

Mouvement bourgeois par excellence, le Romantisme apparaît d’abord en Allemagne, puis en Angleterre, s’exprimant dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et même, la politique, puisque le nationalisme en est en quelque sorte issu, mais aussi d’autres théories sociales et politiques comme l’anarchie ou le communisme.

C’est un mouvement culturel de grande ampleur qui intervient en contrepoint du scientisme et du positivisme qui se développent en parallèle entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Le Romantisme prône le sentiment plutôt que la raison, érigeant en valeur esthétique des thèmes jusqu’alors anecdotiques comme les ressources étonnantes du fantastique, la séduction de l’exotisme, la force évocatrice des rêves, les liens étranges entre la volupté et le morbide, l’extase de la foi, la fascination pour l’étrangeté et l’ésotérisme, etc.

"Shelley, la vie amoureuse de l’auteur de Frankenstein" par Casanave et Vandermeulen
(c) Ed. Le Lombard
"Chamisso, l’homme qui a perdu son ombre" par Casanave et Vandermeulen
Ed. Le Lombard

L’approche de Vandermeulen est biographique, et en ce sens bien dix-neuviémiste puisque nous nous inscrivons dans l’héritage de Sainte-Beuve : c’est la biographie de l’auteur qui sert d’approche à l’œuvre. Le premier volume de la série s’intéresse à l’Anglaise Mary Shelley, l’auteure de Frankenstein ; le second nous dresse le portrait du poète Adelbert von Chamisso dont le conte L’étrange histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a vendu son ombre eut une influence déterminante sur la littérature fantastique jusqu’à nos jours. Le troisième tome à paraître en 2015 concernera Gérard de Nerval, un auteur aujourd’hui peu lu mais parfaitement fascinant. Trois auteurs dont la biographie autant que les œuvres sont hors du commun.

Le dessin clair et primesautier de Daniel Casanave évacue toute gravité dans ces portraits d’écrivains, ce qui n’empêche pas qu’il se dégage une certaine mélancolie, et même une tendresse, pour ses sujets. Le format oblong de la nouvelle collection (Shelley était sortit précédemment dans le format cartonné traditionnel) rend justice à son dessin qu’illumine une belle palette de couleurs. Il est bien soutenu par la narration et les dialogues de David Vandermeulen qui manie la plume avec intelligence et brio.

"Chamisso, l’homme qui a perdu son ombre" par Casanave et Vandermeulen
(c) Ed. Le Lombard

Alors que l’approche des grandes figures de la littérature ou de l’histoire était jusqu’à présent proprement académique, c’est-à-dire sans fantaisie ni audace, cette lecture décalée des figures littéraires, loin du ton scolaire et empesé habituel imposé par la biographie, revivifie le genre et donne envie non seulement d’en lire la suite, mais aussi de voyager dans les œuvres des auteurs dont la vie nous est contée. Une réussite !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Lire notre précédent article concernant cette collection : "Les Shelley, pionniers du romantisme"

 
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6 Messages :
  • Un talent de conteur. Pas d’historien comme vous écrivez. David Vandermeulen n’est pas historien mais auteur de bd, avec tout le respect pour son travail.

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    • Répondu par Georges le 8 mai 2014 à  15:41 :

      On peut faire œuvre d’historien en étant auteur de bd. Certains historiens patentés sont bien moins rigoureux.

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      • Répondu le 15 mai 2014 à  20:41 :

        Vandermeulen n’est pas historien.C’est un auteur de bd qui fictionnalise des faits historiques et les met en scène.Son histoire d’Haber est une fiction historique et non une oeuvre d’historien.
        Je trouve qu’il y a souvent trop de manque de rigueur, trop de stéréotypes et combien d’erreurs historiques dans pas mal de BD de ce genre et surtout celles qui parlent de cette période-là .
        ce n’est pas le cas chez David Vandermeulen quoique que je pense que l’histoire d’Haber est absolument anecdotique.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 mai 2014 à  10:52 :

          On peut faire œuvre d’historien, la bande dessinée le fait souvent. L’Histoire n’appartient pas aux seuls historiens. Heureusement.

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  • Marx a vivement critiqué l’art romantique, art bourgeois et/ou réactionnaire, et vanté au contraire la littérature réaliste d’Honoré de Balzac. Comme en matière de romantisme, chacun voit un peu midi à sa porte et qu’il n’y a pas de définition claire, il vaut mieux dire que c’est la fiction et le divertissement qui sont les caractéristiques de l’art bourgeois.

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    • Répondu par Oncle Francois le 16 mai 2014 à  13:03 :

      Il me semble que Marx aurait du privilégier Emile Zola, dont le discours engagé se dissimule derrière le réalisme social qui constitue son style. Balzac lui était un visionnaire qui construisit sa magnifique Comédie humaine en moins de vingt ans, accumulant en même temps dettes et conquêtes féminines. Argent et femmes vont parfois ensemble, je me demande d’ailleurs parfois pourquoi tant d’hommes politiques ou d’affaires ont souvent des compagnes bien plus "jeunes et jolies" qu’eux, pour reprendre le titre d’un magazine connu.

      On dit que l’intelligence est la qualité la plus appréciée des femmes chez un homme, mais l’intelligence ne garantie pas forcément la sécurité, me semble t-il.

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