Rosario - Par Carlos Sampayo et Claudio Stassi - Ankama Editions

5 mai 2015 0
  • Une plongée labyrinthique dans le milieu mafieux d'une ville argentine des années 1930. Par le scénariste d'"Alack Sinner".

Rosario est une ville fluviale du Sud de l’Argentine, à la limite du fleuve Paraná. Nous sommes en 1930, et un coup d’État vient d’installer Jose Felix Uriburu à la tête de la nation argentine. En plein cœur d’une politique répressive et dictatoriale, le jeune violoniste Rogelio se souvient comment il est tombé follement amoureux d’une jeune femme qui s’avéra être une prostituée, Raquelita, et comment il a dû s’allier aux forces anarchistes pour l’extirper du milieu mafieux, ligué avec le pouvoir.

Les évènements de Rosario sont racontés par son personnage principal : ce qui implique donc une subjectivité, mais aussi des allers et retours entre le narrateur et le temps de son récit, et entre les époques car ,comme il le précise, il se livre tels que les éléments lui reviennent...

Le scénariste Carlos Sampayo propose au lecteur de se dépêtrer des failles et contradictions du narrateur Rogelio Duran. Les allers-retours sont aussi le reflet de son attirance pour deux femmes : la prostituée blonde et la mafieuse brune. L’esprit de Rogelio est confus, le récit et la construction suivront le mouvement.

La lecture de Rosario marque en effet surtout par la complexité de sa narration : par exemple, il arrive que plusieurs pages appartenant à une autre époque viennent s’intercaler dans une scène de dialogues, laissant le lecteur démêler les scènes et créant un puzzle difficile à déchiffrer, nécessitant de lire plusieurs fois certains passages.

Rosario - Par Carlos Sampayo et Claudio Stassi - Ankama Editions

De son côté, le dessin de Claudio Stassi est lui aussi singulier : les couleurs sont réalisées à l’aquarelle, et le grain du papier resté très visible apporte une densité à l’atmosphère, mais renforce du coup la complexité au récit.

Principal point négatif : la rencontre de Rogelio avec Raquelita est tellement expédiée qu’on ne capte pas facilement que le protagoniste est amoureux d’elle, ce qui rend difficile l’identification au narrateur. Alors que sa quête de Raquelita suit déjà des méandres tortueux, celui-ci s’autorise plusieurs digressions en décrivant l’atmosphère de l’époque, les liens entre la pègre et les autorités, les trahisons et règlements de compte... Comme si Sampayo n’avait su se décider entre un portrait de la ville ou une quête de l’être aimé.

Pour enfoncer le clou, soulignons que ce volume se termine sur une conclusion franchement bâclée et maladroite tranchant avec la lenteur du récit global, comme si les auteurs avaient du raccourcir leur album en catastrophe.

(par Thomas Berthelon)

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