Rosinski & Sente (Thorgal) : "La meilleure façon de s’exprimer est de faire évoluer ses propres personnages "

25 décembre 2011 3 commentaires
  • La famille Aegirson revient en force dans les librairies avec la publication du nouvel album de {Thorgal}, et de la très réussie spin-off mettant en scène en scène Louve, la fille du viking venu des étoiles. {{Rosinski}} et {{Sente}} qui gèrent aujourd’hui les Mondes de Thorgal évoquent avec nous l’avenir de ce best-seller.

Rosinski & Sente (Thorgal) : "La meilleure façon de s'exprimer est de faire évoluer ses propres personnages "Yves Sente, avec « Bateau-Sabre », vous signez une aventure de Thorgal plus linéaire. Est-ce un album de transition ?

YS : Si vous observez la série, vous remarquerez qu’il y a eu de nombreux one-shots dans la saga créée par Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski. Ce récit nous permet de remettre Thorgal à l’avant-plan. Il reprend les rênes de la série-mère en quelque sorte. Il va laisser à Jolan et les autres personnages la possibilité de vivre leur destinée dans leurs propres albums. La quête de Thorgal pour retrouver son fils, Aniel, ne se fera pas en un claquement de doigt. Ce sera un long voyage, semé d’embûches…

Vous évoquez les séries parallèles. Cela signifie-t-il que la famille Aegirson ne sera plus jamais recomposée ?

YS : Mais il s’agit déjà d’une famille recomposée. Aniel, le fils de Kriss de Valnor et de Thorgal, a été adopté par Aaricia (Rires). Thorgal est mu par un seul objectif : celui de reconstituer sa famille. C’est pour cette raison qu’il part à la recherche de son fils. Dès qu’il aura retrouvé son fils, il retournera au village pour rejoindre Aaricia et Louve. Que c’est-il passé avec les autres personnages entre-temps ? Thorgal ne le sait pas, mais les lecteurs et les auteurs le sauront grâce à d’autres séries. Louve, la première d’entre-elle, vient de paraître…

Vous n’avez pas encore exploité le lien entre Thorgal et les étoiles …

YS : Il ne faut pas mélanger les thèmes au sein d’une même histoire. Jean Van Hamme a développé des histoires dans différents genres : la SF, la mythologie, l’aventure, etc. Cela en fait d’ailleurs la particularité de la série. On ne peut pas la classer dans un genre. Il faut cependant veiller à ne pas mélanger les différentes approches possibles au sein d’un même album. Le dernier cycle avait pour cadre Aasgard. Cela n’aurait pas été crédible de faire arriver des soucoupes volantes chez Odin (Rires).

Par contre, dans le scénario de Louve, Yann exploite cet élément. Cela permet de conserver un équilibre, de faire en sorte que chaque aspect de la série soit exploité de manière régulière.

GR : Jean a ouvert des portes vers des univers variés. Grâce à lui, chacun des albums est différent. Chaque tome nous permet d’exploiter l’une de ces directions, l’un de ces genres, ou d’en développer d’autres. Continuer Thorgal est un véritable plaisir grâce à cela !

Grzegorz Rosinski, intervenez-vous dans le récit ?

GR : Non. Je laisse la narration au scénariste. Je considère le scénario comme un roman. Lorsque nous avons publié le scénario de Western, écrit par Jean Van Hamme, des producteurs et scénaristes issus du monde audiovisuel ont pris conscience du travail d’écriture et de narration que demandait une BD. La bande dessinée pouvait devenir une mine d’histoires pour des films ! C’était l’une des premières fois qu’un scénario de BD était publié, et ces personnes se rendaient compte qu’il y avait des liens conséquents entre l’écriture d’un scénario pour la BD et le cinéma, donc une possibilité d’exploiter toutes ces histoires. Les Américains ont pris de l’avance par rapport à nous, les Européens, sur le plan des adaptations.

Quels sont les illustrateurs ou les peintres qui vous inspirent aujourd’hui ?

GR : L’âge d’or de le l’histoire l’illustration américaine, c’est-à-dire celle d’avant la Seconde Guerre mondiale. Et puis, la peinture du 19e siècle. Je n’ai pas été influencé par les bandes dessinées. En Pologne, je n’avais pas accès aux journaux publiés en France et en Belgique. Seul le journal Vaillant était disponible dans mon pays d’origine. J’ai admiré pendant longtemps le travail que Paul Gillon avait publié dans cette revue. Mais aussi par José Luis Salinas, le dessinateur de Cisco Kid. Je ne les ai jamais copiés, mais ils m’ont permis de comprendre les codes de la BD réaliste.

Dès le début, vous étiez plus porté vers la peinture ?

GR : Oui. La peinture et l’illustration. En Pologne, j’ai illustré une soixantaine de livres de différentes sortes. J’ai fais des pochettes de disques, des affiches... J’ai exploré le dessin dans toute sa diversité…

Aujourd’hui, peignez-vous parfois par plaisir ?

GR : Hélas, non. J’aimerais bien trouver le temps pour réaliser des images personnelles, intimistes, qui resteraient privées. Le succès de Thorgal m’a piégé. J’ai beaucoup moins la possibilité de suivre mes envies. Je suis dans une sorte de cage dorée, victime d’un certain esclavage. Je dois continuer à illustrer cette série pour satisfaire les lecteurs. Quand on n’a pas de succès, on rêve d’en avoir. Mais on ne se rend pas compte que la liberté est terminée si votre série se transforme en best-seller. Au fil des albums, On éprouve de moins en moins de plaisir à travailler, alors que celui des lecteurs s’accroit.

Quels seront les prochains albums des « Mondes de Thorgal » ?

YS : Les deuxièmes tomes de Louve et de Kriss de Valnor sont presque prêts. Je travaille pour l’instant sur le scénario du troisième Kriss. Il y a aussi une envie d’explorer la jeunesse de Thorgal. Nous avançons en fonction du temps, de la créativité et des idées de chacun.

Vous nous disiez que le scénariste Didier Alcante avait un projet autour du bracelet qui apparaît dans l’album Alinoë. …

YS : Il est mis en attente. Nous souhaitons y aller étape par étape, et donc prendre le temps de poser les personnages de la famille Aegirson. On verra après…

Vous venez de signer également le scénario de XIII, une autre série de Jean Van Hamme…

YS : Dans toutes les reprises de séries, le scénariste doit rechercher l’essence et les grandes lignes directrices qui ont provoqué l’attachement du public à ces personnages. En respectant les bases de la série, il faut veiller à être inventif et à la renouveler en amenant de nouveaux lieux, de nouvelles intrigues. C’est un travail, qui peut être plus contraignant qu’un travail de création pure.
XIII est dans la même lignée que Janitor, mais je dois avoir une autre approche dans le récit. Les codes de la série sont très réalistes.

Dans Thorgal, Jean Van Hamme a instauré des codes qui me permettent parfois d’échapper à cette réalité, pour mieux y revenir. Thorgal n’est pas une série d’Héroïc Fantasy. C’est une série réaliste dans laquelle ont peut explorer d’autres mondes.

GR : C’est ce que j’ai toujours voulu faire. Je suis allergique aux bandes dessinées qui sont basées sur des histoires vraies ou des reconstructions historiques. La meilleure façon de s’exprimer est de créer ses propres personnages, et de les faire évoluer dans un monde inventé, ou non. Les auteurs doivent le faire d’une telle façon que les lecteurs penseront que l’histoire et le parcours des personnages soient crédibles. Travailler sur des histoires imaginaires demande de ce fait-là beaucoup plus de travail. C’est paradoxal ! Il faut d’autant plus se documenter pour crédibiliser un univers et faciliter l’identification des lecteurs à la mythologie. C’est pour cette raison également que j’évite, en tant que dessinateur, d’apporter du modernisme à la forme ou aux atmosphères. Les effets graphiques conviennent à l’art, mais nuisent à la crédibilité de l’histoire en bande dessinée.

Quels sont vos projets ?

GR : Avec la vengeance du Comte Skarbek, Yves m’a offert dans un seul récit la possibilité de dessiner toute une variété de genres. Si bien que durant ma carrière, j’ai exploré tous les types d’histoires… Sauf un : le récit de guerre. Yves m’a écrit un scénario qui se déroule durant la Seconde Guerre mondiale. Je ne sais pas encore si je le dessinerai car il me demandera sans doute deux ou trois ans de travail. Je dois encore y réfléchir…

YS : Je termine actuellement le scénario du troisième tome de Kriss de Valnor. L’écriture du prochain Blake et Mortimer est achevée. André Juillard le dessine actuellement. Le récit se passera exclusivement en Angleterre, entre Londres, Bristol et Oxford. Il s’agit d’un hommage à Agatha Christie.

Yves Sente et Grzegorz Rosinski
(c) Nicolas Anspach

(par Nicolas Anspach)

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Lire aussi une interview de Yann au sujet de Louve.
Lire un article de Didier Pasamonik sur les deux nouveautés 2011 des Mondes de Thorgal.

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3 Messages :
  • Moi ce que j’aime chez Rosinski c’est le trait !Ses planches en couleurs bof.....

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    • Répondu le 25 décembre 2011 à  20:44 :

      Drôle de goût ! Son dessin est bien plus magistral sans le trait, c’est un véritable peintre.

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  • Rosinski est un dessinateur atypique (polonais travaillant pour le franco-belge : comme Kas !), homme d’une série qui fonctionne très bien. J’avais un peu peur que les ventes ne s’effondrent avec le départ de Van Hamme, mais je vois qu’il n’en est rien. Par ses échappées vers le fantastique ou la science-fiction, cette série qui se passe chez les Vikings pose aussi le problème de l’écologie de façon naturelle, et aussi celui du droit à la différence (Thorgal n’est pas un vrai Viking, puisqu’il a les cheveux noirs et non blonds). Normalement, cette série sérieuse et palpitante devrait plaire aux amateurs de l’heroic-fantaisie (il y a de grosses épées, des barbares violents, des jeunes femmes apeurées. Et même une "femme-femme" (libérée et tentatrice), la sexy Kriss de Valnor, qui ne pense qu’à abuser de l’intègre Thorgal et de sa douce épouse (oui, Kriss est bi comme cyclette ou sextile, mais après tout, une jolie femme a le droit selon moi de vouloir varier les plaisirs).

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