Route 78 – Par Alwett & Eric Cartier-Delcourt

8 juin 2015 0 commentaire
  • Échappée américaine d’Est en Ouest, dix ans après les effluves du flower power. Le témoignage d’Eric Cartier a le mérite de la sincérité et de l’énergie, même si sur le fond, ce road trip s'inscrit dans une tradition bien ancrée.

Ils ont vingt ans, ils veulent toucher du doigt levé le mythe de la Route 66, celle qui relie les deux côtes américaines, de l’Atlantique au Pacifique. Mais pour Pat et Eric, le voyage a lieu en 1978. Tout a changé, des décors urbains à la situation économique, des habitudes des junkies à l’accueil réservé aux auto-stoppeurs. Car bien sûr, le couple de jeunes Français n’a pas grand-chose de plus que l’argent destiné au billet d’avion aller-retour. Très vite désabusés par la difficulté de trouver des automobilistes prêt à les emmener de New-York à San-Francisco d’une traite, les amoureux se laissent donc porter par les bonnes volontés d’un jour. Le parcours durera deux mois, et les étapes vont s’avérer surprenantes : La Lousiane et Houston…

Route 78 – Par Alwett & Eric Cartier-Delcourt
© Delcourt 2015

Éric Cartier aura mis plus de 30 ans à porter en album son périple des 70’s. Probablement grâce à la rencontre d’Alwett, scénariste qui a patiemment collecté ses souvenirs. Ce long témoignage constitue une véritable plongée dans les mœurs américaines, dévoilant une sorte de panel de paumés en tous genres, du drogué prêt à tout pour planer aux vétérans bousillés par le Viêt-Nam. On croise aussi dans Route 78 des rednecks fascistes, de braves commerciaux, et des musiciens débrouillards (et tout aussi perchés).

C’est cette galerie de portraits qui apporte le plus d’acuité à ce one-shot bien garni, le dessin de Cartier, assez typé 70’s, combinant énergie et sens du détail, ses planches fourmillant souvent d’éléments en arrière-fond de l’action.

Parfois, les aspects répétitifs (la recherche du gentil conducteur qui va enfin les prendre en stop) alourdissent le propos, de même que les nombreuses citations en anglais, peut-être pas obligatoires pour apporter de la crédibilité aux différentes séquences. Mais visiblement les auteurs y ont tenu, proposant même un bref lexique pour les non-anglophones.

On comprend bien avant la fin du récit que Pat et Éric ne verront plus jamais les États-Unis comme un Eldorado, brisant définitivement les fantasmes européens qui bourgeonnaient depuis 10 ans. Et difficile d’oublier cette petite fille élevée (ou si peu) par de jeunes toxicomanes déjà au bord du gouffre, rencontrée le temps d’une halte…

(par David TAUGIS)

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