Rue de Sèvres à la conquête des très jeunes lecteurs.

17 juin 2014 10 commentaires
  • Rien de surprenant à ce que Rue de Sèvres s’intéresse aux petits lecteurs : on connaît les liens qui unissent cet éditeur et L’École des Loisirs, fleuron de la littérature jeunesse. Revue de détail.

Encore peu présente sur le créneau de la BD pour le jeune public, la maison dirigée par Louis Delas a choisi d’investir ce nouvel espace avec quatre albums disponibles dans les bacs.

Pour cela l’éditeur s’est adjoint la collaboration d’auteurs confirmés comme Jul, Kerascoët, ou Sara Varon. Format adapté aux petites mains (16.5 x 21), thèmes de proximité pour têtes blondes : série animalière, humour… Si la mise en page hésite entre l’album classique et un découpage BD traditionnel, l’ensemble paraît plutôt bien adapté au public visé.

« Mon père, il présente la météo », « Mon père est un graphiste célèbre », cet après-midi là, dans l’étang des grenouilles, ça discute ferme jusqu’au moment où l’une d’entre elles annonce : « Moi, mon père, c’est un héron » !

C’est le point de départ de cet album commis par le dessinateur de Charlie Hebdo, de Marianne, de Il faut tuer José Bové(Vent des Savanes), plus récemment de Platon la gaffe (avec Charles Pépin, chez Dargaud), et surtout de Silex and the City (quatre albums chez Dargaud), la série animée sur Arte.

Dessinateur de presse et auteur de BD à succès, Jul est loin d’être un inconnu mais assurément on n’attendait pas forcément le dessinateur satirique sur ce terrain ! Néanmoins, il nous offre ici un autre aspect de son talent dans un album rafraîchissant et désopilant !

Rue de Sèvres à la conquête des très jeunes lecteurs.
"Les Tchouks" de Kerascouët.
Ed. Rue de Sèvres

Plus connu sous le pseudonyme de Kerascouet, Marie Pommepuy et Sébastien Cosset ont choisi de nous présenter une sympathique tribu : les Tchouks. Révélés par Miss pas touche (Dargaud) ou Beauté (Dupuis), le couple d’auteurs raconte les aventures drôles et tendres d’une joyeuse bande de copains décidés à construire une cabane.

Péripéties, blagues bon esprit, ambiance douce et enfantine servent de toile de fond à des histoires simples et tranquilles. Dans un second album la fine équipe a choisi de partir en bateau. Un bateau d’accord mais lequel ? Un hors-bord ou un cargo ? Ainsi les jeunes lecteurs feront connaissance avec Tchoukrik, Pitchouk, Tchoubok, Patachouk..., un chat, un lapin, un mouton... Une sympathique ménagerie pleine de malice et d’humour où chacun révèle sa propre personnalité.

Avec Les Tchouks, les auteurs se lancent pour la première fois dans l’édition pour la jeunesse. Si les intrigues sont bien phase avec les préoccupations des petits, faisant une large place à l’humour et la tendresse, les aventures de cette chouette bande de copains ont certainement de quoi séduire.

"Des canards trop bizarres" de Cecil Castellucci et Sara Varon.
Ed. Rue de Sèvres

Avec Des canards trop bizarres, Cecil Castellucci et Sara Varon invitent les jeunes à suivre Gwendoline, une cane qui fait chaque matin des exercices de gymnastique et qui nage avec une tasse de thé en équilibre sur la tête. Chaque soir, avant de se coucher, elle contemple les étoiles. Quelle n’est pas sa surprise quand elle, si bien élevée, voit s’installer son nouveau voisin Elvis !

Celui-ci est plutôt « artiste » : mal peigné et assez farfelu ; tout l’opposé de Gwendoline. Comment deux caractères si différents vont-ils pouvoir se supporter ? C’est tout l’enjeu de cette histoire ponctuée d’humour et qui comme disait l’autre, s’amuse à réfléchir sur le thème de la différence et des préjugés.

Dupuis avec sa collection Puceron propose à partir de 3 ans des histoires originales soutenues par un graphisme clair et dépouillé.

Après la collection Puceron chez Dupuis ou Pouss’ de Bamboo, Rue de sèvres tente à son tour d’investir la BD pour les tout petits. Un espace pas si facile à conquérir compte tenu des spécificités du medium et de ce public si particulier de primo-lecteurs.

La proximité éditoriale avec la littérature jeunesse classique ne favorise pas toujours l’identification de livres bien souvent confondus avec les albums de cette catégorie éditoriale.

Le fait que ses lecteurs potentiels ne sachent pas encore bien lire constitue un handicap de taille pour les auteurs qui tentent l’aventure ! Ceux-ci doivent adapter leur propos à un lectorat souvent trop jeune pour influencer la décision d’achat. Le problème, c’est que, le plus souvent, es parents ont tendance à s’orienter vers les séries pour jeunes ados qui ont bercé leur enfance.

Dans sa collection Pouss’ de Bamboo, l’éditeur privilégie l’adaptation de contes pour enfants

De par son fonctionnement particulier, dans l’imaginaire collectif et dans la pratique, la BD, contrairement à l’album, se prête assez mal à une lecture orale par l’adulte sensée endormir nos chères têtes blondes. La description des cases est souvent trop longue, fastidieuse et finit par devenir ennuyeuse tant le texte des dialogues, réduit a minima ne permet pas à l’adulte une véritable lecture orale stimulante et porteuse de sens. Le choix des thèmes et la perception des jeunes enfants limitent les audaces éditoriales et déterminent bien souvent un graphisme sage, figuratif et accessible.

Bien longtemps, le monde des bulles et celui de l’illustration de littérature jeunesse se sont ignorés, les auteurs de chaque camp appartenant à des réseaux et des cultures différents et communiquant donc assez peu entre eux. Ceux venant de la BD étaient jugés peu sérieux tandis que les autres se voyaient investis de rôles plus culturels ou pédagogiques.

Auteur d’albums jeunesse et de bande dessinée, Yvan Pommaux réussit à combiner les deux medium, comme dans la série Chatterton.

Pour un Yvan Pommaux (auteur chez l’École des Loisirs) qui continue à faire des aller-retour entre les deux expressions narratives, combien d’auteurs ont tenté l’expérience ? Rendons donc à ce dernier le mérite d’avoir été l’un des premiers à faire entrer des techniques de la BD (bulles, champs, mise en page...) au sein d’albums de littérature jeunesse désormais "classiques".

La littérature jeunesse reste, par son champ et ses intentions, fortement imprégnée de préoccupations pédagogiques. Ce dernier point impacte encore fortement la réception de la BD pour petits dans les salles de classe ou les bibliothèques. Conquérir ce nouveau public est donc un enjeu difficile pour les éditeurs qui souhaitent se lancer dans l’aventure.

En soumettant des auteurs de renom à cet exercice de style exigeant Rue de Sèvres entend sans doute mettre à profit l’héritage d’une grande maison spécialisée et son savoir-faire en matière d’édition BD largement validé depuis bientôt près d’un an d’existence. Un investissement pour l’avenir, en quelque sorte...

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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10 Messages :
  • Rue de Sèvres à la conquête des très jeunes lecteurs.
    17 juin 2014 09:02, par Michèle

    Je recommande Histoire mondiale de la philosophie de Charles Pépin et illustré par Jul. Ses dessins sont tout simplement hilarants comme quoi la philo c’est pas toujours ch.....
    Quant à Yves Pommeaux, la cerise sur le gâteau.Belle initiative que de créer pour les enfants de la bd intelligente, pas bêtifiante et pas en dessous de la ceinture (je ne citerai personne).

    Attention quand même au parisianisme intellectuel et culturel pour enfants de bobo.Il existe d’autres enfants ....

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    • Répondu le 18 juin 2014 à  07:50 :

      « Attention quand même au parisianisme intellectuel et culturel pour enfants de bobo.Il existe d’autres enfants .... »

      rassurez-vous, pour ces autres enfants, il y a déjà une abondance de titres. Faut arrêter avec la vision jacobine et égalitaire qui consiste à réduire tout au plus grand nombre au nom d’une prétendue démocratie. Tous les enfants n’ont peut-être pas envie de lire ou de ne lire que Kid Paddle, les Blagues de Toto et Les Légendaires…

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      • Répondu par Michèle le 18 juin 2014 à  13:56 :

        TOUS les enfants aiment les blagues de Toto et Kid Paddle (et c’est tant mieux)C ’est à nous, parents, d’affiner leur goûts, de leur faire découvrir d’autres livres surtout à cet âge -là.
        Quant à "CES autres enfants",comme vous dites, encore faut-il les avoir rencontré pour pouvoir en parler .... (dans leurs classes, leur quartier).

        L’élitisme social et culturel (eux et nous) n’a pas sa place ici.
        La bd est un art populaire et éclectique.

        Donc, en résumé si je suis votre (curieux) raisonnement : vision égalitaire= sous-culture. Je verrais bien ça, comme question au bac à,l’épreuve de philo.Les têtes vont chauffer !

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        • Répondu le 18 juin 2014 à  17:26 :

          Je ne connais pas tous les enfants pour pouvoir me permettre d’être aussi affirmatif que vous avec Toto et Kid. Cependant, les miens n’ont jamais aimé Kid Paddle et les Blagues de Toto. J’ai forcément influencé leur goût en leur mettant sous les yeux le plus d’œuvres diverses et variées : de toutes les époques et de tous les pays. Je ne suis pas pour autant à classer dans la catégorie parisianiste-intellectuel-et-culturel-bobo.
          La BD est un Art populaire et éclectique. je suis forcément d’accord avec vous. Mais vision égalitaire est trop souvent synonyme de plaire-au-plus-grand-nombre et nivellement-par-le-bas. C’est cette vision réductrice qui me fait peur parce qu’elle peut engendrer la sous-culture. Mais pas nécessairement.
          Vous me semblez tirez des conclusions hâtives… mais je peux me tromper.

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          • Répondu le 18 juin 2014 à  20:14 :

            Et Astérix, Gaston Lagaffe et Tintin étant les bandes dessinées qui se vendent le plus , ça veut donc dire que c’est nivellement par le bas ?

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            • Répondu le 19 juin 2014 à  07:09 :

              Astérix, Gaston Lagaffe et Tintin ne sont pas comparables aux Blagues de Toto ou Kid Paddle. Faut pas tout confondre. Je connais des enfants qui n’aiiment pas Astérix parce qu’ils trouvent le dessin vulgaire, pas Gaston Lagaffe parce qu’ils le trouvent ringard et pas Tintin parce qu’ils le trouvent vieux. On ne peut pas plaire à tout le monde.

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              • Répondu par Maitre Capello le 19 juin 2014 à  21:11 :

                Je connais des enfants qui n’aiment pas Astérix parce qu’ils trouvent le dessin vulgaire

                Ca sent bien le fake votre commentaire, il n’y a pas un seul enfant qui qualifierait un dessin de "vulgaire", ce n’est pas dans leur vocabulaire. Et rappelons qu’étymologiquement vulgaire signifie populaire.

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        • Répondu par Aurélien le 18 juin 2014 à  21:43 :

          TOUS les enfants aiment les blagues de Toto et Kid Paddle

          Pas les miens, il y en a un qui ne jure que par Lucky Luke (et One piece) et l’autre qui adore Gaston et Calvin et Hobbes (et Dofus mais il lit One piece aussi).
          Ils n’aiment pas les blagues de Toto et Kid Paddle, ni même Titeuf.

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          • Répondu par Michèle le 19 juin 2014 à  20:00 :

            Bon, OKAY. TOUS les enfants n’aiment pas ... etc...Je suis allée vite en besogne. Titeuf, j’osais pas le dire. (les miens lisent Murena et Thorgal en période de blocus/ examens. voilà).Quels super papas gateaux !

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  • Rue de Sèvres à la conquête des très jeunes lecteurs.
    17 juin 2014 13:43, par Sergio SALMA

    Cher Patrice, il y a bien longtemps que les parents ont passé le cap et intégré les bandes dessinées dans les bouquins lus au chevet des gamins et gamines pour le dodo. Et pas besoin de raconter des histoires ajustées pour les enfants de 3 ans quand celui-ci a 3 ans . On peut lui lire et relire ce qui (a priori) est destiné à tout le monde, du Peyo, du Geerts, du ce qu’on veut. Je les ai régalés avec du Lucky Luke autant qu’avec des livres éditorialement ciblés marmots.

    A 3 ou à 7 ans ce n’est de toute façon pas l’enfant qui achète et le parent va tout de suite voir où vont les préférences.

    Quant aux collections Punaise Puceron de Dupuis, l’idée surtout pour Puceron, la tranche d’âge la plus basse était de justement lire seul, sans les parents. Un apprentissage de toute façon toujours accompagné mais qui a fait le pari que sans bulle l’enfant qui n’apprendra à lire( les mots) que vers sa sixième ou septième année, puisse commencer, goûter et terminer un livre totalement seul.

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