Rwanda 1994, T2 : "Le camp de la Vie" - Par Masioni, Grenier & Austini - Vent des Savanes

27 mai 2008 3 commentaires
  • Fin de ce diptyque traitant de l'atroce génocide rwandais. Si ces deux albums ne sont pas parfaits, ils ont néanmoins le mérite de bien mettre en évidence les faits et responsabilités de cette tragédie, dont une majorité d'Européens ignorent les tristes détails. À découvrir, sous peine de rester aveugle à une sordide vérité et sourd au monde qui nous entoure.

Rwanda, 1994 : entre avril et juillet, 100 jours de massacre ...
Celui que l’on appelle "Le dernier génocide du siècle" s’est déroulé dans un tout petit pays d’Afrique, sous les yeux du monde entier, sous la responsabilité des politiques internationales, et sous les machettes et la haine de toute une partie de la population. Sur environ 7,5 millions de Rwandais d’alors, 1,5 million de personnes ont été exterminées pour le seul fait d’appartenir à la caste "tutsi" (chiffres officiels de 2004) : hommes, femmes, enfants, nouveau-nés, vieillards...

De cette tragédie historique, suite à plusieurs années de recherche dont sept mois passés au Rwanda pour récolter des témoignages, Cécile Grenier a tiré une fiction éprouvante, basée sur des faits réels.

Rwanda 1994, T2 : "Le camp de la Vie" - Par Masioni, Grenier & Austini - Vent des Savanes

Difficile de faire la part des choses entre l’atrocité historique et l’œuvre artistique. Sur le fond, ces albums devraient être distribués dans toutes les classes pour permettre de donner une vision large de ce massacre. Concernant la forme, le récit reste parfois approximatif dans les déplacements de populations et les lieux où se concentrent l’action. De petits détails qui n’entachent pas la lecture, mais qui font justement réfléchir sur le flou des situations authentiques.

Si l’entrée en matière du premier tome est un peu brusque et l’explication du début du massacre trop vite traitée, la postface permet de combler les lacunes du lecteur qui ne manquera pas de chercher à en savoir plus après avoir découvert le récit de cette tragédie. Les Belges en prennent pour leur grade (historiquement parlant), bien que l’assassinat de leurs 10 paras casques bleus, en début de conflit, soit tristement passé sous silence ; le rôle des militaires français n’est pas plus glorieux.

Plus qu’un album à thème, c’est un ouvrage de mémoire ! Même si on pourra toujours critiquer tel point de vue, ou tel raccourci scénaristique, ce diptyque est une œuvre forte, à laquelle il est impossible de rester insensible. À conseiller à tous ceux qui n’auraient que très partiellement compris l’ampleur de ce génocide, ce qui est le cas de la plupart d’entre nous.

(par Charles-Louis Detournay)

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3 Messages :
  • Difficile d’être parfait avec un sujet aussi délicat. Tout ce qui est décrit dans ses deux albums est rigoureusement authentique.
    Nous avons pris un soin particulier à être au plus proche de la vérité, sans entacher les témoignages qui nous ont été confiés.
    En espérant avoir été le plus fidèle possible.
    Alain Austini.

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    • Répondu par Christophe Cassiau le 23 septembre 2008 à  19:35 :

      Pas du tout d’accord avec cette critique fort modérée et le commentaire de Alain Austini.

      - Cet album est indécent dans sa transcription des massacres, qui par son coté répétitif, écoeure, lasse au lieu d’émouvoir et sensibiliser. Sur ce plan là, c’est complètement raté.

      - La dénonciation des "crimes" des soldats français est grotesque et irresponsable. La France porte une très lourde responsabilité dans le génocide rwandais, c’est une évidence. Qu’elle le reconnaisse, serait une bonne chose. Mais,bien évidemment, ces soldats n’ont pas commis toutes les horreurs (viols, massacres, actes de racisme) "dénoncées" dans cet album. En particulier durant l’opération turquoise qui fourmillait de journalistes, d’humanitaires et qui s’est faite "au contact" des troupes du FPR (Front Patriotique Rwandais qui dirige le Rwanda actuel). Le fait que cette Bd reprenne les accusations d’une commission rwandaise qui vient de remettre en août son rapport à charge contre la France souligne la nécessité de prendre avec des pincettes ce genre d’accusations. Dans les relations franco-rwandaises, on nage en plein fantasme et manipulation. Que la france soit franchement coupable en ayant soutenu jusqu’au bout le régime génocidaire rwandais, est un fait, selon moi, quasi avéré. En rajouter outrageusement comme le fait cet album, c’est se tromper de cible. Comme l’a dit Stassen : quand les rwandais se sont massacrés, il n’y avait plus un blanc au Rwanda. Ce qui est vrai, l’armée française avait évacué les ressortissants étrangers trois jours avant le début du génocide. Leur présence à des barrages durant le génocide est impossible : ils ne sont tout simplement plus là !!! C’est bien d’ailleurs le principal reproche que les rwandais ont fait durant des années à la communauté internationale, en particulier à la France : "vous nous avez abandonné !" et non "vous nous avez massacrés !"

      - Que Cécile grenier se soit faite manipuler ou que sa sincère empathie envers le peuple rwandais l’ait amené à croire sur parole ce que des rescapés ont pu lui raconter, ne l’obligeait pas à en faire une bande dessinée. Il aurait mieux valu passer par un autre genre comme un récit de témoignages. Le public qui achète, dans ce cas là, sait à quoi s’attendre. Mais là, passer par une BD en spécifiant en avertissement que les faits sont véridiques, c’est se tromper de support.

      - Le choix de Pat Masioni est inconséquent. Congolais (RDC) réfugié en france, Pat ne pouvait refuser de dessiner un dyptique chez albin Michel. Mais cela aurait été plus intelligent de lui faire dessiner un autre album plutôt qu’une histoire qui fait la quasi-apologie du FPR et de son armée. Quand on sait ce que la RDC subit depuis près de 10 ans de la part du régime en place au Rwanda (4 millions de morts), faire dessiner cette histoire par lui est dangereux pour son intégrité physique si un jour il lui prend l’idée de revenir dans son pays. Ces deux albums lui colleront à la peau par la suite dans un pays où les esprits sont chauffés à blanc. Comme l’a écrit son compatriote Barly Baruti (Mandrill, Eva K.) : "C’est bien dommage qu’on se soit servi de la bande dessinée...et d’un dessinateur de BD CONGOLAIS (du reste très talentueux !) pour parler de la triste histoire du Rwanda. "

      - La fin de l’histoire avec ses raccourcis historiques (la fin complètement tronquée des camps de réfugiés de RDC (ex-Zaïre) alors que c’est d’une importance historique capitale) laisse planer un véritable malaise s’agissant d’un album qui se veut fidèle à la vérité.

      - Malheureusement, la post-face de Cécile grenier donne les clefs de tous ces manques et incohérences : en fait, sur un sujet aussi sensible, complexe et dangereux, Cécile grenier est sincère mais elle n’y connait tout simplement rien.... Son texte le démontre : elle écrit que le pouvoir rwandais est "démocratique mais fort" alors qu’il s’agit tout simplement d’une dictature militaire (il suffit de lire les rapports d’Amnesty), que les élections ont "légitimé le président" alors qu’il a été élu à 95% des voix et reconnu du plus petit bout du bout des lèvres par la communauté internationale, elle parle de miracle économique alors que plus de la moitié du budget est constitué d’aide internationale, parle des promoteurs du génocide toujours actifs, alors que 14 ans après, quand ils ne sont pas morts, les quelques groupes de hutus opposants cherchent tout juste à survivre dans la jungle, etc..... Et surtout, alors que le texte parle du Rwanda post 94, elle ne dit pas un mot, pas une virgule, pas une plus petite allusion à la guerre en RDC que le Rwanda mène depuis 10 ans et qui a, je le répère, causé la mort de 4 millions de personnes.

      Je pourrai en écrire encore beaucoup tellement la lecture de ce 2ème tome m’a révulsé et stupéfait (et je passe sur la scène du pédophile européen cherchant sa proie dans une ville en plein pillage, au milieu des massacres, alors que Kigali avait été évacué de ses habitants occidentaux...).

      Pardon mais n’est pas Stassen ou Spiegelman qui veut. Parfois il vaut mieux s’abstenir. Bon, j’arrête ma logorrhée.

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    • Répondu par unter.daniel le 11 septembre 2012 à  17:19 :

      C’est tout simplement scandaleux !!!!! une BD, non, un torchon d’injures. j’espère tout simplement que ces calomnies diffamatoires vont provoquer quelques réactions. Vous aviez des témoignages, si les sbires de Kagamé vous avez dit, les militaires français sont des cannibales, vous auriez dessiné un soldat entrain de manger un enfant tutsi, vous devriez avoir honte, vous dessinez "goma", j’y étais, je n’ai pas vu de planches montrant des soldats qui rassurent, qui soignent, qui sauvent des vies etc etc..... vous me donnez la nausée !!!
      En tout cas on ne peut pas continuer à laisser dire tout et n’importe quoi sur les soldats de l’opération Turquoise ; le mandat de départ était très clair, la résolution 929 du conseil de sécurité ( 22 juin 1994) autorise la France à mener une action temporaire, à caractère strictement humanitaire et conformément au chapitre VII de la charte de l’ONU, il peut être fait usage des armes pour exécuter la mission. Une stricte neutralité vis à vis des factions ( FAR / FPR …) est impérative. Un simple rappel des faits me paraît nécessaire, suite à l’attentat contre le falcon 50 ayant causé la mort des présidents burundais et rwandais (le 6 Avril 1994) , s’est déclenché un massacre généralisé de la population Tutsis et Hutus modérés par des extrémistes Hutus (milices, unités militaires, population….) Les premier éléments français sont arrivés à Goma et Bukavu à partir du 22 juin 1994, date de l’autorisation du conseil de sécurit酅donc deux mois et demi après le déclenchement du génocide, certes, bien tard, mais qui a empêché une intervention plus rapide ? pourquoi ? qui voyait d’un mauvais œil l’intervention de l’armée française ? Sans entrer dans les détails, les français ont assuré d’emblée la protection du camp de réfugiés de Cyangugu, puis la création d’une zone humanitaire sure à la périphérie de laquelle tous les agresseurs sont repoussés et à l’intérieur tous les éléments hostiles sont neutralisés afin de protéger les populations et de permettre l’action humanitaire…..des milliers de vies ont été sauvées….trop peu certes, mais une seule vie sauvée valait la peine d’intervenir, devant l’immobilisme international, la France a fait preuve, à travers ses soldats, de courage et d’abnégation. Rappelons nous que fin 1993 , le FPR demandait comme préalable aux accords d’Arusha, le départ des troupes françaises, ce qui fût fait….on connaît la suite….. La catastrophe humanitaire, provoquée par le flux de réfugiés fuyant vers le Zaïre, l’épidémie de choléra a transformé les soldats français en fossoyeurs, tout ça pour enrayer cette épidémie… Depuis toutes ces années, les soldats français doivent encaisser sans cesse des accusations de viols, assassinat etc etc , sans parler de la pire des accusations « complicité de génocide et crime contre l’humanité » rien que ça……que ceux qui ne connaissent pas notre action au rwanda, au moins ne nous jugent pas, et s’ils nous jugent, qu’ils aillent voir un peu du côté du nord kivu , qu’ils cherchent la réponse à tout ce drame dans les réserves minières de la RDC …le coltan ( tantale) par exemple !!!!! A qui profite le crime ? Pas aux soldats de turquoise en tout cas, eux, ils n’ont pas à rougir, ils doivent garder la tête haute et se mobiliser pour que cesse la calomnie. j’étais un de ces soldats, où étiez vous, les donneurs de leçons, quand nous sauvions des vies ?

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