Sacha Guitry formidablement « incarné » par Noël Simsolo et Paolo Martinello

18 août 2017 1 commentaire
  • Une biographie de Sacha Guitry , homme de théâtre, dramaturge, cinéaste, dessinateur et facteur de bons mots génial, l’homme qui incarna plus que tout autre « l’esprit français » de son époque, voilà une bonne idée ! Elle est accomplie avec brio par un scénariste élégant connaissant parfaitement son sujet et par un dessinateur qui, sous un apprêt modeste, s’avère être un formidable graphiste.

« Tous les hommes naissent comédiens, sauf quelques acteurs. » La phrase est parfois attribuée à d’autres, mais elle est de Sacha Guitry, héritier d’un humour –que d’aucuns nommèrent « l’esprit français »- faite de finesse et de vacherie dont les représentants forment une longue lignée, de Molière à Jules Renard, Tristan Bernard ou Alphonse Allais. Cette sentence bien le distinguo entre le comédien qui fait profession de jouer la comédie, ce que chacun fait naturellement avec plus ou moins de talent, et ceux qui sont capables d’incarner un personnage qui les dépasse et qui, devenu autonome, se transmute en une autre personne que celle qui joue, dans une espèce de transfert quasiment médiumnique.

Pour qu’une biographie en bande dessinée soit réussie, il faut que le dessin ne se contente pas de représenter un personnage, mais qu’il bouge, qu’il parle, s’incarne comme si on avait « un acteur » face à nous. On voit que Simsolo connaît son sujet. Fils d’un comédien célèbre qui l’enlève à sa mère pour le faire jouer devant le Tsar alors qu’il a cinq ans, Sacha Guitry a une enfance et une jeunesse exceptionnelles où il croise les personnalités les plus brillantes de son temps : Edmond Rostand, Sarah Bernhardt, Jules Renard, Colette, Alphonse Allais, Jean Cocteau, Georges Feydeau, Tristan Bernard…

Sacha Guitry formidablement « incarné » par Noël Simsolo et Paolo Martinello

Un Oscar Wilde français

Face à un père aussi écrasant, qui le préfère à son aîné néanmoins, il s’impose rapidement comme un auteur qui fait courir tout Paris, plébiscité par le public populaire bien qu’il soit bourgeois en diable, et qui alimente les ragots mondains pas seulement à cause de son mariage avec la grande vedette de l’époque Yvonne Printemps, mais aussi parce qu’il sait décocher à la presse, en Oscar Wilde français, les « bons mots » avec un esprit inégalé. Noël Simsolo –déjà auteur d’une biographie de l’ineffable Sacha- rend parfaitement cela, mais, par un jeu de citations originales amenées avec beaucoup de naturel, sans aucune pesanteur démonstrative.

Même chose du côté du dessin : on sent bien la documentation qui vient en soutien de l’image, mais là encore, grâce à un dessin qui n’est jamais tapageur, le dessinateur italien Paolo Martinello rend avec beaucoup de justesse le Paris des Années folles, les portraits, les attitudes de ce personnage incarné –comme un acteur- avec brio dans un dessin esquissé rehaussé par un joli jeu de couleurs toutes en délicats camaïeux. Il ressort de ce premier volume une impression de justesse et d’élégance rarement réussie dans ce genre d’exercice.

C’est donc avec un intérêt tempéré de patience que l’on attendra le deuxième volume au titre énigmatique : « Sacha Guitry, le mal-aimé », où l’on voit poindre l’évocation de la période de l’occupation qui vaudra au dramaturge 60 jours de prison, une expérience traumatisante dont il se départira avec l’humour primesautier qui a toujours été le sien.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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1 Message :
  • Sacha Guitry formidablement « incarné » par Noël Simsolo et Paolo Martinello
    20 août 2017 08:21, par Lusabets, chieur en service

    « on sent bien la documentation qui vient en soutien de l’image, mais là encore, grâce à un dessin qui n’est jamais tapageur, le dessinateur italien Paolo Martinello rend avec beaucoup de justesse le Paris des Années folles... »
    Première planche présentée : j’y vois une locomotive américaine qui emmène le train depuis une gare parisienne... Solide documentation, effectivement !
    Les locomotives françaises étaient pourtant très belles à l’époque.

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