Salam Toubib, chronique d’un médecin appelé en Algérie, 1959-1961 - Par Claire Dallanges & Marc Védrines - Delcourt

19 juillet 2016 0 commentaire
  • La guerre d'Algérie vue par un jeune médecin français. Récit riche et pertinent, autour d'un dialogue père-fille. Constatant les compétences de son père en matière d'autodéfense, une lycéenne se met en tête de lui faire raconter "sa" guerre d'Algérie. D'abord réticent, Gilles Tardieu se confie, tandis qu'un train les emmène dans une lointaine fête de famille...

Même si elle en a changé le contexte, Claire Dallanges a bel et bien interrogé son père sur son service militaire, 27 mois et un peu plus durant lesquels il aura servi comme médecin, à la fois pour l’armée et en faveur des Algériens, y compris des combattants du FLN.

Outre le point de vue forcément original d’un appelé qui n’était pas soldat, ce témoignage apporte de nombreuses informations rares : l’organisation des garnisons en dehors des premières lignes, les mentalités effarantes de certains ultras, la logistique médicale en retard de dizaines d’années... Un autre intérêt indiscutable du récit, c’est le point de vue de notre témoin : pas franchement favorable à l’Algérie française, et vaguement compréhensif face au désir de liberté des Algériens. Ses conversations, rapportées en détails dans Salam Toubib, montrent avec justesse le degré de violence qui pouvait exister au sein même de l’armée française.

Salam Toubib, chronique d'un médecin appelé en Algérie, 1959-1961 - Par Claire Dallanges & Marc Védrines - Delcourt
© Delcourt 2016

Si le dessin de Védrines adoucit le propos avec ses personnages aux grands yeux attendrissants (on pense parfois au trait de Féroumont), il offre un jeu de couleurs adapté à la fois aux paysages d’Algérie et aux allers-retours du récit entre 1959 et 1984 (la date choisie par l’auteure pour situer le dialogue père-fille).

Au fil de l’album, des éléments capitaux émergent, au-delà des souvenirs de l’ex-médecin : saviez-vous par exemple que près d’un tiers des appelés morts durant leur service l’ont été par accident ? La torture aussi est évoquée. La victime : un Algérien que le père de l’auteure avait soigné peu avant...

Tout en traitant avec beaucoup de pudeur le caractère particulier de son père -il a abandonné la carrière médicale en rentrant à Paris- Claire Dallanges livre également de jolis moments de relation familiale, avec ses tensions, ses non-dits. Ces scènes décalées apportent un équilibre important au récit. On peut facilement déduire l’âge de ce "Gilles Tardieu" (les noms ont été changés dans la BD) en refermant ce bel ouvrage. Avec la conviction que les 18 mois passés par l’auteure à recueillir ses mémoires en valaient la peine.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?