Samuel Cazenave (candidat d’opposition à la mairie d’Angoulême) : "Angoulême a besoin de son Grenelle de la BD rapidement."

19 février 2014 8 commentaires
  • Candidat centriste à la mairie d'Angoulême aux prochaines élections municipales de mars 2014, où il présente une liste "arlequin" avec des personnalités de droite et de gauche, Samuel Cazenave est la "plume" de Jean-Louis Borloo, président du Parti radical et de l'Union des démocrates et indépendants (UDI). Ancien adjoint en charge du festival de la BD sous le règne du précédent maire Philippe Mottet, il promet, s'il est élu, de changer la BD dans la cité angoumoisine.

Cadre dirigeant de grandes sociétés (Canal+, La Poste...) Samuel Cazenave a rejoint le groupe parlementaire centriste à l’invitation de Jean-Louis Borloo. Il a été en charge du Festival pendant sept ans, de mars 2001 à mars 2008, sous la mandature du précédent maire Philippe Mottet. Lors du 30e anniversaire, alors qu’il était à Canal+, il avait été l’artisan de la venue de Groland sur le festival.

La ville d’Angoulême a choisi, ces dernières décennies, de se redéployer autour de l’industrie de l’image, avec la bande dessinée en figure de proue. C’est dire si elle est naturellement un enjeu électoral. À l’occasion du 41e FIBD, Cazenave, qui a sa permanence face à la place du Champ de Mars, avait invité les journalistes à venir entendre sa vision de la bande dessinée à Angoulême. Nous étions-là.

Quel est votre projet pour la BD à Angoulême ?

Le FIBD à Angoulême est la proue d’un paquebot. Pour nous, c’est sept écoles de l’image, quelques centaines d’emplois sur le territoire... Au-delà de l’événement, c’est de la formation, de la recherche, de la création d’emplois. C’est un projet culturel et économique majeur au niveau du Grand-Ouest, sinon au niveau national. On est une ville qui peut renaître de ce projet qui est inscrit dans l’histoire. Depuis Marguerite de Valois, Angoulême n’existe que par la culture. Nous avons l’opportunité de nous ouvrir vers l’industrie culturelle, qui est celle qui a le taux de croissance le plus fort, qui ne crée pas forcément beaucoup d’emplois mais qui peut nous permettre, dans cette ville où vous voyez toutes ces querelles balzaciennes entre le département, la ville, la Cité de l’image, 9eArt+ et ses hommes, Franck Bondoux et Gilles Ciment, c’est la ville balzacienne par excellence en ce moment.

Le roman de Balzac qui parle d’Angoulême, c’est Les Illusions perdues...

Absolument. L’analyse de la situation part d’un constat clair : "Qui paie, décide !". C’est un mauvais principe parce tout le monde paie et personne ne décide. Who is the boss ? Il n’y a pas de patron, il n’y a pas de direction, il n’y a pas de cap, il n’y a pas de projet structurant, ni dans la coordination des écoles, ni dans la place que l’on veut faire au Festival, ni dans la relation que nous avons, nous institutionnels, avec les éditeurs par exemple, mais aussi avec le cross-media. Est-ce que l’on va rester sur le papier ? Est-ce que l’on peut concevoir un Festival qui évolue ? Quel est le jeune dessinateur qui dessine sur du papier ? Il faut se poser deux ou trois questions si l’on veut vraiment rentrer dans cette course internationale. Je veux qu’Angoulême soit vraiment une ville-repère sur la création.

Samuel Cazenave (candidat d'opposition à la mairie d'Angoulême) : "Angoulême a besoin de son Grenelle de la BD rapidement."
Samuel Cazenave dans sa permanence à Angoulême, le 31 janvier 2014.

Le Festival répond-il à ces questions ?

Non, il est sur un format historique qui est un format nécessaire mais qu’il faut en tout ou en partie renouveler. En plus, on sait très bien que la jauge à Angoulême est atteinte, dans les 220 000 personnes. On ne fera pas plus. Qu’est-ce qu’il faut faire aujourd’hui ? Faire venir du business à Angoulême ! Il faut créer une économie de l’image structurée et il faut l’aider. On a déjà des petites grappes d’entreprises : OUAT, Prima Linea, on a du jeu vidéo, de la création d’images... Il faut aider ceux qui sont déjà là, les aider, y compris fiscalement, à passer un cap dans leur capital. On n’a pas passé l’étape du vrai développement économique. Les grands éditeurs : Dupuis, Dargaud, Casterman, Glénat... ont tous leur département numérique et audiovisuel. Pourquoi n’a-t-on pas avec eux un dialogue qui soit structurant ?

Pour mettre fin à ces guerres picrocholines et à cette ambiance balzacienne, il faut se souvenir du rapport Ladousse qui donnait quelques recommandations qui, à mon avis, ne sont pas plus inopportunes qu’elles ne l’étaient à l’époque, notamment le principe de coordination. Angoulême, c’est une marque. Il faut que le possesseur de la marque gère sa marque !

Vous étiez jusqu’en 2008 le représentant de la mairie auprès du Festival, vous avez donc assisté à la production du rapport Ladousse, au refus du Festival d’entrer dans l’EPCC et à la désignation du prestataire 9e Art+. Comment on peut signer un contrat de dix ans avec un tel prestataire ?

Au niveau de la mairie, ce sont des conventions triennales qui sont renouvelables.

Mais la mairie, principale financière de l’association du festival, laisse faire...

On est dans un projet de développement économique dans un cadre associatif avec des contraintes qui faisaient que cela ne démarrait pas. Le principe ne me semble pas forcément mauvais. Mais dix ans, c’est trop, c’est vrai.

Sans appel d’offre ?

C’est la loi, on pouvait le faire sans appel d’offre et ce n’est pas la mairie elle-même qui la faisait. Quand on veut s’engager sur un projet de développement, il faut le faire sur un temps relativement long. Nous nous sommes engagés sur un plan triennal. On se fixe quelques objectifs et tous les trois ans, on voit ce que cela donne. Cela ne me semble pas critiquable. Que l’on ait recours à un prestataire privé dans un secteur privé, qui est un secteur commercial, me semble normal aussi : il faut quelqu’un qui parle un langage commercial, qui connaisse le secteur économique en question. Il y avait à l’époque le départ un peu précipité de Jean-Marc Thévenet [Il avait été licencié par le Festival. NDLR.], un homme de la BD pour qui j’avais beaucoup d’estime, un show-man extraordinaire pour les remises de prix au théâtre... Il y a eu là au sein même de la structure FIBD des concurrences qui ont abouti à des espèces de pièges entre eux. Mais là, la mairie n’y est pour rien. Chacun se piège aujourd’hui, se fait des crocs en jambe entre personnalités, mais c’est quand même le Département et le Conseil Général qui signe son engagement pour le Festival le 26 novembre dernier.

L’exposition Mickey à Angoulême 2014, face à la mairie.

Vous disiez au Figaro qu’il faut un patron. Qui, selon vous, doit être le patron de la BD à Angoulême ?

Je pense que cela doit être Angoulême, le patron d’Angoulême, le maire et le président de l’agglomération. À un moment, il faut qu’il y ait une entente territoriale intelligente entre les acteurs. Qui paie décide. Angoulême est une marque qui doit être gérée de manière internationale pour la bande dessinée, quitte à ce que l’on change l’organisation encore une fois dans le cadre de l’EPCC ou en coordination avec l’EPCC. Je pense que le maire doit reprendre la main.

Les gens qui ont créé l’association du Festival, il y a plus de 40 ans, ont plus de 70 ans aujourd’hui. Cette association est-elle encore légitime ? Vous ne trouvez pas que c’est devenu anormal ?

Il y a un truc révélateur, c’est la crise de l’Académie des Grands Prix. On voit bien aussi qu’il y a un passage de génération, quelque chose qui est en train de se produire. L’association n’a pas de pouvoir opérationnel, c’est une espèce de conseil de surveillance et moral. Ils se sont aperçus eux-mêmes que face aux enjeux, à la capacité de gérer un projet économique, y compris territorial, mais pas seulement, ils n’étaient pas capables de le faire.

Quand on parle d’un projet, ce n’est pas "qui paie décide", on ne parle pas que de structures, mais aussi de gens qu’il faut finir par rencontrer. Je pense qu’Angoulême a besoin de son Grenelle de la BD rapidement. À un moment, on prend la main parce que l’on discute avec les gens. Personne ne discute avec personne, ici. Chacun est derrière sa citadelle, derrière sa Ligne Maginot. Il ne se passe rien. Le maire, le président du Conseil général, le patron de la CIBDI, le patron de 9e Art +. Bondoux ne voir jamais le maire, Ciment, non plus. Il y a un vrai problème d’autisme complet sur ce secteur qui est pourtant majeur.

Et quand je parle du secteur, je parle de tout le secteur. Il faut commencer par rediscuter avec les éditeurs, avec les créateurs d’ici, avec les entreprises, avec les organisateurs du festival, avec la Cité, avec les auteurs, il faut remettre tout le monde autour de la table. Avant de penser "structure", il faut penser "dialogue" et élaborer une méthode. Il faut compter sur l’intelligence des gens. On peut discuter des solutions possibles mais les donner maintenant comme cela, ce serait totalement absurde parce que cela empêcherait tout dialogue entre les acteurs. Or, le dialogue, il est rompu.

Je ne raisonne pas structure, je raisonne projet. Le projet est un Festival ancré sur un territoire. On va fêter le centenaire du FIBD dans 59 ans. On fait comment ? Le monde change ! On a ici toutes sortes de talents et d’entreprises qui peuvent s’inscrire dans cette synergie, y compris avec le Festival, y compris toute l’année, y compris sur le marché des droits, y compris sur la numérisation du patrimoine BD, on a tout cela ici.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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