Sangsues T. 2 à 5 - Par Daisuke Imai - Coll. Sakka/Casterman

26 septembre 2016 0 commentaire
  • On les appelle les "Évaporés", des personnes qui décident de disparaître complètement de la circulation. Grâce à l’anonymat que procurent les mégalopoles japonaises, ceux-ci deviennent des "Sangsues", des êtres qui occupent votre appartement durant votre absence...
Sangsues T. 2 à 5 - Par Daisuke Imai - Coll. Sakka/Casterman
Sangsues T3
Daisuke Imai (c) Coll. Sakka/Casterman

Au Japon, chaque année, quelque 100 000 personnes disparaissent de la circulation. Qu’elles soient cadre supérieur, mère au foyer ou adolescent, tous décident volontairement de “mourir” socialement.

Leurs raisons sont divers et variées : fuite d’une vie routinière et ennuyeuse, les dettes ou encore l’échec (au travail ou dans les études) sont autant d’éléments déclencheurs. Mais la honte est certainement le plus puissant des ressorts pour ces disparitions. Cette dernière raison pourrait paraître un poil exagérée vu de chez nous, mais n’oublions pas que le Japon est un pays fortement imprégné par la philosophie rigoriste du bushidō, la voie du guerrier, qui préfère une mort honorable à une vie marquée par le déshonneur. Une éthique de vie qui imprègne toutes les classes de la population, même les plus modestes. Ainsi, de Tokyo à Sapporo, d’Osaka à Fukuoka, il n’est pas rare de constater, lorsque l’on croise des SDF, que ceux-ci conservent dignité et discrétion, même dans la misère la plus complète.

En 2014, la journaliste Léna Mauger et le photographe Stéphane Remael publiaient aux éditions Les Arènes, Les Évaporés du Japon, une enquête sur cet étrange phénomène qui touche depuis quelques années le Pays du Soleil Levant. Tout au long de cet ouvrage, les auteurs ont bien sûr été à la rencontre des “Évaporés”, mais ils se sont aussi intéressés à ceux qui restent, à ces familles qui doivent faire face à ces « fuites ». À l’instar du suicide, le vide que laisse un “Évaporé” est vécu dans la honte et le deuil par ses proches.

Sangsues T4
Daisuke Imai (c) Coll. Sakka/Casterman

Néanmoins, il est fréquent que les “Évaporés” reprennent contact avec leurs familles. Certains retournent même à leur vie d’avant, tout en gardant le silence sur ce chapitre sombre que fut leur disparition. En effet, il n’est pas rare qu’à cause de la perte de leur statut social, les “Évaporés” deviennent une cible privilégiée pour les Yakuzas (la mafia japonaise), qui les font alors travailler clandestinement. Précisons qu’à cause de la décentralisation de la police japonaise, la recherche des personnes disparues est très difficile. Il est donc facile pour une personne souhaitant disparaître de se faire passer pour morte.

C’est à partir de cette réalité sociale que Daisuke Imai à construit sa série Sangsues. Dans ce manga en cinq volumes, le jeune auteur trentenaire nous propose de suivre le parcours de Yoko, une jeune femme de 21 ans, qui décide de quitter sa vie “d’avant” pour embrasser la vie de bohème des “Sangsues”, ces SDF qui pénètrent dans les habitations des quidams afin de retrouver durant quelques heures une vie normale.

Au début, Yoko mène la dolce vita mais un jour, celle-ci se fait repérer par Makoto Tsukinuma, un ancien camarade de lycée que tous le monde croyait mort. En effet, Makoto avait simulé son suicide afin d’échapper à sa vie d’ado souffre-douleur. Il mène depuis une vie de sangsue. À ses côtés, Yoko découvre un milieu interlope peuplé d’immigrés clandestins et surtout, de désaxés et de criminels. Les domiciles sont appelés des nids et sont l’objet de sanglantes guerres de territoires que se livrent régulièrement les Sangsues.

Sangsues T5
Daisuke Imai (c) Coll. Sakka/Casterman

Dans ce monde violent, où la moindre erreur peut être fatale, Makoto est surnommé Kara la “Karapace vide”. Il s’est construit une nouvelle personnalité de psychopathe qui fait de lui un être craint et redouté par les autres Sangsues. Mais le masque tombe lorsqu’il retrouve Yoko. La jeune femme issue de son passé va lui rappeler son ancienne vie, ce qui le poussera à la protéger tout au long de ses mésaventures. Sans doute a-t-il l’intuition qu’elle sera le salut de son âme ?

Yoko, de son côté, s’interroge de plus en plus sur sa place dans ce milieu effrayant et les raisons qui l’ont poussée à s’évaporer. La question de la famille aussi prend une place centrale dans le récit, notamment lorsque Yoko rencontre les frères jumeaux chinois, immigrés clandestins au Japon suite à la politique de l’enfant unique qui sévit en Chine. Mais le retour au bercail se révéle bien périlleux pour elle et met en danger sa famille.

Ancré dans une réalité sordide, le manga de Daisuke Imai brille par le rythme soutenu de son intrigue et par ses cadrages cinématographiques qui font la part belle au suspens. Avec Sangsues, les éditions Casterman nous proposent là un petit bijou à découvrir sans tarder !

Voir en ligne : Découvrez la série Sangsues sur le site des éditions Casterman

(par Christian MISSIA DIO)

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