Sara Colaone & Luca De Santis : « En Italie, l’homosexualité est toujours un sujet tabou ! »

14 février 2010 0 commentaire
  • « {[En Italie, il n’y a que des vrais hommes->9898]} » aborde un aspect méconnu du régime mussolinien : Le dictateur avait ordonné que les homosexuels italiens soient confinés dans une île. Ils étaient arrêtés sous un prétexte quelconque et placés au secret au même titre qu’un prisonnier politique. Nous avons rencontré {{Sara Colaone}} & {{Luca De Santis}}, les auteurs de ce récit particulier.

Sara Colaone & Luca De Santis : « En Italie, l'homosexualité est toujours un sujet tabou ! »Est-ce l’interview réalisée par Giovanni Dall’Orto d’un homosexuel condamné au confinement durant le fascisme en Italie qui vous a donné envie d’écrire cet ouvrage ?

Lucas de Santis : Tout est effectivement parti de cet article paru dans une revue d’un mouvement homosexuel. Je n’avais jamais entendu parler du confinement d’homosexuels sur une île sous le régime mussolinien. J’ai fait des recherches mais je ne trouvais pas d’autres articles, de témoignages, de livres qui pouvait me renseigner sur leur exil. J’ai donc été fouiller dans les archives de l’État à Rome pour retrouver des documents émis par les préfectures. Beaucoup d’archives traitaient de l’arrestation des homosexuels, mais on y trouvait aussi des demandes de grâce, des lettres d’homosexuels exilés par leurs familles. C’était des documents poignants.
Ce travail de recherche était difficile et délicat. Ces archives n’étaient pas classées selon des références. En plus, ces homosexuels étaient souvent assimilés à des prisonniers politiques. Il n’y avait, à l’époque, aucune loi qui mentionnait que les homosexuels devaient être confinés. Le régime de Mussolini a donc dû user de subterfuges pour les éloigner.

Ce sujet est encore d’actualité. Récemment, en Belgique, l’Archevêque éonard a rapproché douteusement l’homosexualité à une maladie comme l’anorexie.

Lucas de Santis : Les hommes politiques de droite comme de gauche et les hommes d’église tiennent tous les jours ce type de remarque en Italie. Lorsque je vois le débat qu’à suscité cette déclaration en Belgique, cela me fait plutôt sourire. En Italie, il n’y a toujours aucune loi relative aux droits des homosexuels : à savoir l’égalité des chances face au travail, le mariage, etc. Le gouvernement Italien continue la politique de Mussolini. Ce dernier disait : « En Italie, il n’y a que de vrais hommes ». Mussolini ignorait totalement l’homosexualité. Il la réprimait même. Et c’est toujours le cas, législativement parlant ! Parler sérieusement de ce sujet reste un tabou !

Vous êtes-vous rendus sur cette ile pour effectuer des repérages ?

Sara Colaone : Oui. Nous avons fait un séjour d’une semaine là-bas. Cela nous a surtout été utile pour le graphisme. La chaleur est fort présente dans ces îles. Cela nous a donné l’idée d’utiliser un jaune ocre pour les couleurs. Ce choix nous permettait d’accentuer le climat oppressant de ces îles. Par contre, nous avons éprouvé beaucoup de difficulté à trouver des témoins de cette époque. Pour les habitants, ce n’est pas facile d’admettre que l’on vit dans une île qui est assimilée à l’exil. L’image de ses îles-prisons contraste avec la perception actuelle de cet endroit : c’est-à-dire d’îles qui accueillent le tourisme méditerranéen.

Les éditions Dargaud publient d’autres auteurs italiens Vanna Vinci et Paolo Cossi, par exemple). On prend conscience qu’il existe une vraie bande dessinée d’auteur en Italie…

Sara Colaone : Oui. Il y a une véritable tradition dans ce domaine-là en Italie. Mais auparavant les auteurs traitaient de thématiques propres à notre pays, plus régionales ou locales. Ces œuvres étaient donc difficilement exportables. Aujourd’hui, de plus en plus d’auteurs explorent des sujets sociaux ou géopolitiques, ce qui intéresse plus les éditeurs étrangers.

En 1987, deux journalistes enquêtent sur le confinement des homosexuels dans une île sous le régime de Mussolini.

Vittorio Giardino nous disait ne pas être légitime pour aborder le sujet ds Brigades Rouges dans un récit. Vous qui êtes de la jeune génération, avez-vous envie de traiter ce sujet, qui est l’une des blessures de votre pays ?

Sara Colaone : J’avais sept ou huit ans quand ces attentats ont eu lieu. J’ai également vécu les traumatismes de cette période. C’est encore aujourd’hui un sujet fort, lourd et obscur. Les gens en parlent encore beaucoup. Mais l’idéologie qui est derrière la violence m’intéresse plus. Beaucoup d’amis m’ont dit vouloir mettre une bombe quelque part pour protester contre une situation. C’est horrible. Aucune idéologie ne justifie une telle violence.

Antonio, le personnage central, de ce récit est abordé par deux journalistes en 1987. Il se montre réticent à témoigner sur son expérience dans l’île. Alors que plusieurs décennies se sont écoulées depuis son exil…

Lucas de Santis : Effectivement. L’un des journalistes lui rétorque même que s’il refusait de parler, il se demandait comment il allait faire pour comprendre ce qu’il s’est passé. Ils sont dans une impasse. Antonio est toujours blessé. Il vit encore son exil. Celui-ci ne s’est pas terminé lorsqu’il est rentré chez lui…

Il y a beaucoup d’humanité dans ce récit…

Sara Colaone : Oui. Les personnages sont les sujets principaux de l’histoire. Nous nous intéressons à ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils pensent et comment ils trouvent la force de survivre.

Antonio, peu avant son exil.

(par Nicolas Anspach)

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Lien vers le site de Sara Colaone.


Photo (c) Nicolas Anspach
Illustration : (c) Sara Colaone, Luca De Santis & Dargaud

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