Saru - Par Daisuke Igarashi (Trad. Victoria Tomoko Okada) - Sarbacane

23 février 2015 1 commentaire
  • De la Chine à l’Éthiopie, en passant par l'Afghanistan et notre chère cité d’Angoulême, Daisuke Igarashi nous propose une vaste aventure ésotérique, mêlant magies, mythes ancestraux et figures historiques. Un « one-shot » passionnant !

Après avoir publié l’étonnante et formidable série Les Enfants de la mer (en cinq tomes), qui entraînait le lecteur dans un récit naturaliste saupoudré d’un zeste de métaphysique, les éditions Sarbacane nous reviennent en ce début d’année avec ce nouveau récit de Daisuke Igarashi, ouvertement mystique, renouant avec le monde de la magie, qu’il avait exploré dans sa série Sorcières (publiée en deux tomes chez Casterman), mais orienté cette fois-ci grand spectacle puisqu’il y sera question de fin du monde !

Dans cette histoire, publiée sous forme d’un unique tome épais de 448 pages, compilant les deux tomes de l’édition japonaises, Daisuke Igarashi s’amuse à un syncrétisme autour de différents mythes du Singe (Saru en japonais, d’où le titre du récit), en le mêlant à d’autres éléments plus ou moins légendaires, comme les prophéties de Nostradamus ou la figure de Saint François-Xavier.

Le point de départ s’organise autour de deux couples. Tout d’abord une petite fille possédée a priori par le Démon, recueillie bon gré mal gré dans l’église d’un petit village italien, qui croise la route d’un prêtre exorciste. Puis, dans la ville d’Angoulême, où il s’agira de la rencontre d’une étudiante japonaise avec un jeune moine du Bhoutan. Tous les deux quatre vont se retrouver en Afghanistan, au Panshir, dans le but de rencontrer une certaine femme, connue comme étant la voix du Singe.

Saru - Par Daisuke Igarashi (Trad. Victoria Tomoko Okada) - Sarbacane
Les dépositaires de savoirs traditionnels sont au cœur de l’intrigue.
© 2010 Daisuke Igarashi / Shogakukan / Sarbacane

Il s’en suivra un récit se déroulant aux quatre coin du monde, sur la quête de vérité sur des créatures mystiques dont dépend l’équilibre de la planète. Le démarrage du récit, basé sur des scènes « inexplicables » rappelle d’ailleurs la mécanique narrative de Rencontre du Troisième Type (1977) de Steven Spielberg, même si le fond et la finalité sont bien entendus différents !

Partant d’une enquête de mystères, où il est question de magie noire et de guerres occultes, le récit bascule lors de sa dernière partie dans le genre « catastrophe », avec les gouvernements et les forces armées qui tentent d’arrêter un phénomène les dépensant et un salut dépendant tout autant d’un vieux chant tzigane et que de l’abnégation de nos héros.

Attaque de squelettes en Éthiopie !
© 2010 Daisuke Igarashi / Shogakukan / Sarbacane

S’agissant d’une enquête, les personnages apparaissent moins développés et marquants que dans Les Enfants de la mer ou Sorcières, de même que les « ennemis », traités de façon un peu périphérique. Notre groupe de héros servant avant tout à commenter et discuter des situations et des mystères auxquels ils font face.

Cependant loin d’être gênante, cette caractérisation permet de se concentrer sur l’intrigue, dotée d’un rythme dynamique, sans temps mort, et accordant à la France, en particulier à Angoulême, une place importante qui sera certainement appréciée par chez nous. La « révélation » proposée par Daisuke Igarashi s’avère de son côté tout à la fois bien ficelée et ludique.

Avec son dessin si particulier, détaillé et expressif, semblant par moment griffonné mais donnant vie aux grands espaces de façon sidérante, Daisuke Igarashi signe une nouvelle fois une œuvre de grande qualité. Comme toujours chez le mangaka, il s’agit aussi d’un avertissement, ici de la disparition des traditions ancestrales et des histoires transmises oralement qui parsèment le monde, dont la diversité constitue une richesse et une force, et la perte une indéniable régression de la sagesse de l’humanité.

Une rencontre du destin ou du hasard ?
© 2010 Daisuke Igarashi / Shogakukan / Sarbacane

(par Guillaume Boutet)

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Saru. Par Daisuke Igarashi. Traduction Victoria Tomoko Okada. Sarbacane. Sortie le 7 janvier 2015. 448 pages. 17,90 euros.

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Daisuke Igarashi sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1 de Sorcières,
- Lire la chronique du tome 1 de Petite forêt.

 
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