"Save me Pythie", le coup de maître de Kana à Japan Expo 2014

4 juillet 2014 7 commentaires
  • Fallait pas repousser les avances d'Apollon. Parce que le Dieu a de la ressource quand il s'agit de pourrir la vie des gens. Pythie l'apprend à ses dépens : la voilà, comme Cassandre, condamnée à voir l'avenir sans que personne ne la croie. Un manga - made in France - mêlant mythologie, humour et aventure..., tout bonnement jubilatoire.

Voilà donc Pythie lancée sur les routes avec sa malédiction, croisant rapidement un jeune héros, Xanthe, fils illégitime de Zeus, qu’Héra a condamné à subir le déclenchement de catastrophes en série. Le Roi des dieux, sous la forme d’un poulet, décide que ces deux-là sont faits pour cheminer ensemble et confie son rejeton aux bons soins de l’oracle débutante. Pour le meilleur et pour le pire.

Cette situation initiale est l’occasion de revisiter, de manière comique, diverses figures de la mythologie grecque. La truie Phaïa, la Chimère, Thésée, Œdipe, Jocaste et le Sphinx : voilà une partie du personnel croisé dans ce premier volume.

"Save me Pythie", le coup de maître de Kana à Japan Expo 2014
Coup de main de Pythie à Xanthe pour dompter la Chimère
© Elsa Brants / Kana

La façon dont Elsa Brants se réapproprie ces personnages se révèle détonante, moderne parodie pourtant parfaitement ancrée sur les mythes dont ils sont tirés. C’est drôle tout autant qu’efficace et l’irruption de Pythie, Xanthe et Zeus-poulet dans ces divers récits classiques fait mouche à chaque fois.

La Montpelliéraine Elsa Brants signe chez Kana son premier manga-like. Si elle a auparavant œuvré comme coloriste BD, notamment sur Les Chroniques de Magon dessinées par son époux Guillaume Lapeyre, elle a aussi dessiné Lily, chez Dupuis, série pour tout-petits scénarisée par Nykko.

Se considérant davantage comme une auteur de BD que comme une mangaka, elle se réclame tout autant de Gotlib, Fred, F’murr, Goscinny, Tabary et Cauvin que de Tezuka, Toriyama et surtout Rumiko Takahashi.

On est bien avec Elsa Brants dans cette génération d’auteurs baignée de cultures BD diverses pour qui le syncrétisme de ces influences en apparence éloignées est précisément évident, ne pose strictement aucun problème.

Zeus, sous forme de poulet, tente de rentrer chez lui, mais Héra ne l’entend pas ainsi
© Elsa Brants / Kana

Le fait même de construire son récit sur la mythologie antique en adoptant le format et les codes du manga en constitue une illustration flagrante. On notera toutefois que si le trait évoque effectivement le manga, ou la façon dont il a été digéré par nos jeunes dessinateurs, le découpage des planches relève plutôt de la tradition franco-belge. De même, les effets sonores, typiques du manga, sont assez peu présents.

Il s’agit en tout cas d’un titre à ne pas manquer, ne serait-ce que pour l’humour dont fait preuve son auteure. Les interviews fictives des personnages, en fin de volumes sont à ce titre particulièrement savoureuses.

Kana, qui a fait de la sortie du titre son événement pour cette Japan Expo 2014, réalise un vrai coup du côté de la création manga et on aura un grand plaisir à suivre la suite des aventures de Pythie.

Scène traumatique :
© Elsa Brants / Kana
Apollon séducteur...
© Elsa Brants / Kana
Pythie revêche...
© Elsa Brants / Kana
Et Apollon vengeur
© Elsa Brants / Kana

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Save me Pythie T1. Par Elsa Brants. Kana. Sortie le 19 juin 2014. 192 pages. 7,45 euros. Sens de lecture occidental.

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Lire l’interview d’Elsa Brants à l’occasion de Japan Expo 2014

 
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7 Messages :
  • Sans que personne ne la CROIT pas croie

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    • Répondu le 6 juillet 2014 à  21:45 :

      Reprenez votre Bescherelle et cherchez à "subjonctif présent". Vous pourrez alors réfléchir à cette sage maxime qui prétend qu’il vaut mieux tourner ses doigts sept fois autour du clavier avant d’écrire des stupidités...

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      • Répondu le 7 juillet 2014 à  00:40 :

        Vous avez raison. Il s’agit bien de subjonctif présent (croie) ,
        mais là où vous avez tort :
        "sans que" n’est jamais suivi d’une négation.

        http://formation-francais.typepad.fr/evelyne_vernisse/2008/11/emploi-de-la-ng.html
        Ce n’est pas grave, mon cher. On apprend tous les jours.

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        • Répondu par Aurélien PIGEAT le 7 juillet 2014 à  08:04 :

          Hum... Je m’étais abstenu de répondre la première fois tant cela me semblait énorme. Je le fais donc là : jetez un œil aux commentaires et discussions du lien même que vous proposez, explorez les liens qu’on y trouve et vous verrez que ce n’est pas si simple et rigide que vous voulez bien le présenter.

          Par ailleurs, cette source ne constitue pas en soi une référence (même si elle en propose certaines). Je vous invite à vous plonger dans les différentes discussions que l’Académie Française mène depuis 50 ans à ce sujet, recommandant un usage, en reconnaissant un autre, proposant des exemples allant dans un sens et dans un autre.

          Le sujet est donc bien controversé et si après "sans que" on demande de ne pas mettre de négation, la présence de "personne", pour nombre de grammairiens, autorise autorise elle l’emploi d’un "ne" dit explétif.

          Je terminerai pas le fait que l’usage modifie la langue et que la tournure employée ici rend compte, je pense, de l’usage admis aujourd’hui de la tournure.

          M’enfin le contre-feu allumé après la première tentative de correction est en soi assez drôle !

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          • Répondu le 7 juillet 2014 à  10:29 :

            Le contre-feu de cet allumé est un copier-coller du même commentaire déjà plusieurs fois lu sur ce forum et quelques fois aussi avec des insultes donc pas très original ni très marrant.
            Je ne comprends rien à ce que vous écrivez dans votre commentaire, Aurélien.Trop compliqué, trop alambiqué pour moi.Bonne journée

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  • L’histoire est bonne et les cases ont souvent des détails (parfois historiques) intéressants, cependant les actions sont très mal amenées et l’utilisation des "clichés scénariques "est grossière. Du coup pas le moindre suspens. Il est dommage que la trame de l’histoire (originale et sympathique) ne soit pas développée et mise en valeur par un mangaka ou un scénariste plus compétent.

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    • Répondu par Aurélien PIGEAT le 6 juillet 2014 à  19:33 :

      Écrire de bons gags relève quand même, à mon sens, d’une compétence scénaristique certaine. On est là dans un titre humoristisque, ou de type "gag manga" si l’on veut rester dans des codes manga. Le projet poursuivi est assez clair et de ce point de vue là Save me Pythie est pour moi une franche réussite.

      C’est pour moi un vrai coup de cœur et si j’entends bien les reproches que vous formulez j’ai quand même le sentiment que ce sont les codes et le genre même de l’œuvre qu’ils visent que son auteur et ses compétences.

      J’ai personnellement eu un vrai coup de cœur sur ce titre, malgré des réserves que l’on peut tout à fait émettre. Dommage que ce ne soit pas votre cas.

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