Sébastien Langevin : "Grâce aux mangas, les jeunes reviennent dans les librairies de bande dessinée".

21 mai 2007 0 commentaire
  • Juste avant d'entamer leur débat autour des mangas et des BD d'Asie [à Toulouse le 12 mai dernier->http://www.actuabd.com/spip.php?breve2031], l'éditeur de Xiao Pan, {{Patrick Abry}}, et le futur rédacteur en chef de {Canal BD Manga}, {{Sébastien Langevin}} nous ont accordé un entretien. Ces deux professionnels passionnés par l'Asie nous parlent notamment de leur volonté commune d'éviter les cloisonnements.

Sébastien, en quelle année avez-vous commencé dans Animeland ?

Sébastien Langevin : En 2003. Je n’ai pas commencé avec Animeland. Auparavant, j’avais déjà travaillé pour le magazine critique de bande dessinée Bachi-Bouzouk [1].

Un magazine éphémère.

SL : En fait, il y a eu une passation de pouvoir à un moment, j’ai été rédacteur-en-chef adjoint du magazine. J’ai aussi participé au lancement du magazine BoDoï. Le manga a ensuite commencé à prendre vraiment de l’importance et, comme je travaillais aussi chez Animeland, ainsi que Stéphane Ferrand (rédacteur en chef du site animeland.com), nous sommes allés voir les gens d’Animeland, leur disant que c’était le moment de créer un magazine spécifique à la BD japonaise.

C’est le début de l’aventure Virus manga...

SL : Une expérience qui a duré deux ans, uniquement consacrée à la BD japonaise, où nous avons essayé de montrer que cette BD était liée aux autres, comme les autres, en créant des ponts.

Finalement, n’a-t-on pas tort de privilégier les magazines de critique sur la BD au détriment des pré-publications ?

SL : Mais y a-t-il tant de magazines de critique que cela ? Il y a BoDoï, qui a récemment changé d’équipe de rédaction en chef, le fondateur Frédéric Vidal étant parti. Mais BoDoï n’est pas un magazine critique, il n’y a que 30 critiques par mois alors qu’il sort mensuellement quelques centaines de BD. Il existe très peu de magazines critiques et d’après moi, c’est un problème. Quant aux magazines de pré-publications, c’est un vaste débat, cela peut devenir un énorme problème pour la nouvelle génération d’auteurs de BD franco-belge, par rapport aux BD d’Asie. Il y a un problème d’émergence, de support, et de lisibilité. La BD franco-belge s’est coupée d’une partie du lectorat et, on le voit très bien, le manga s’est engouffré dedans. Le lectorat franco-belge est vieillissant, il ne meurt pas petit à petit, mais quand même...

Justement, comme vous avez fait partie du comité d’organisation du festival d’Angoulême, n’y manque-t-il pas actuellement ce côté populaire et fou du manga ?

SL : Ma position, c’est de dire que la BD asiatique, c’est avant tout de la BD. Même si je suis spécialisé dans le manga, je n’aime pas que ce genre-là. Concernant le FIBD, il essaie petit à petit de s’intéresser au public des lecteurs de mangas, mais celui-ci est pour l’instant très différent du lectorat de la BD franco-belge. Le festival évolue, il y a, depuis trois ans une programmation et un espace spécifique dédié aux mangas. En même temps, son but n’est pas d’organiser des cosplays, fédérant les fans comme à la Japan Expo. Ce n’est pas la vocation du festival, qui doit ouvrir au contraire les fans de mangas à d’autres BD, et faire venir les amateurs de comics et de BD franco-belges vers les mangas : "Regardez cette bande-dessinée, elle est effectivement en noir et blanc, en 38 volumes, elle se lit à l’envers. Néanmoins, si vous prenez le temps de la regarder et de la lire, vous verrez que c’est une BD, et parfois de la très bonne BD".

Sébastien Langevin : "Grâce aux mangas, les jeunes reviennent dans les librairies de bande dessinée".
Patrick Abry et Sébastien Langevin à la médiathèque José Cabannis de Toulouse.
Photos : Thomas Berthelon

Patrick Abry : Moi, je n’interviens pas, car j’ai beaucoup de choses à dire, et je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit (rires).

C’est amusant de voir à quel point le cloisonnement est important entre les comics, les mangas, et la BD franco-belge...

PA : Le cloisonnement est partout, jusque dans les librairies.

C’était particulièrement frappant il y a deux ans au cosplay d’Angoulême. Lors d’un quizz, les membres du public devaient défiler un par un et citer un titre de BD franco-belge pas encore cité auparavant. A part Astérix et Titeuf, les participants ne savaient pas quoi répondre...

PA : C’est tout à fait vrai.

SL : C’est clair que, pour l’instant, le lectorat de mangas ne se tourne pas forcément vers la BD franco-belge. Les libraires spécialisés BD nous disent qu’ils sont contents de voir des jeunes dans leur boutiques, car cela faisait un long moment qu’ils n’en voyaient plus. En allant au rayon manga au fond, peut-être choperont-ils des BD franco-belges au passage ?

Le projet sur lequel vous êtes actuellement engagé est en rapport avec l’association des libraires de BD, qui édite la revue Canal BD. Il y aurait une spin-off ?

SL : Un petit frère, Canal BD Manga, reprenant le même principe que Canal BD. Ce sera un magazine gratuit, disponible à partir du mois de juillet, à l’attention des lecteurs de mangas. J’en serai le rédacteur en chef, sous l’influence de l’association des librairies de BD...

Il y a pas mal de libraires qui écrivent dedans...

SL : Cela va me permettre d’être très proche des lecteurs. Sur Virus manga, ce n’était pas forcément le cas.

Virus manga avait un esprit critique, mais pas vraiment connecté avec la masse des lecteurs de mangas.

SL : Mais, avec Stéphane Ferrand, nous l’avions fait en connaissance de cause ! Nous avions envie de parler des mangas autrement, et pas forcément au coeur de cible, entre 10 et 15 ans, mais plutôt à un public entre 15 et 30 ans. Et nous nous sommes plantés... Mais ce ne sera pas le même objectif avec Canal BD Manga, ce ne sera pas un magazine critique. Son ambition sera de faire sortir quelques titres de la masse des mangas et BD asiatiques.

Patrick Abry, cela va peut-être vous aider à entrer dans le réseau de librairies, s’il n’est pas encore conquis ?

PA : Certainement. Je ne défends pas une identité de la BD chinoise car on a du mal à la caractériser, mais j’essaie de mettre en valeur ses différences par rapport aux mangas. Cela va m’aider à avoir plus de visibilité, et permettre aux gens de mieux comprendre et apprécier la BD chinoise. Aujourd’hui, elle peut toucher à la fois un public de fans de mangas, de BD franco-belges, et encore d’autres, par exemple, les gens qui aiment les illustrations, pas nécessairement des fans de BD. Nous avons vraiment un grand panel. Il y a des revues qui en parlent un peu plus et qui élargissent maintenant le panorama, comme Animeland et Coyotte, qui depuis deux numéros, parlent de la BD chinoise de Xiao Pan. En tout cas, j’espère que ce projet de magazine verra le jour, car j’ai des informations récentes, je connais bien Michel Clair [2], qui est un ami de longue date, qui me dit qu’il a du mal aujourd’hui à boucler son budget, qu’il manque d’annonceurs pour Canal BD Manga, j’espère qu’il arrivera à trouver le nécessaire...

SL : Normalement, c’est bon, d’après les infos de la semaine.

PA : Ben, écoute, c’est tant mieux, parce que j’ai mangé avec lui mercredi, et il était encore inquiet (Rire général). C’est sûr qu’il faut bosser, mais il avait encore des soucis de rentabilité globale. Toutefois, j’espère bien que cela va se faire.

(par Xavier Mouton-Dubosc)

(par Thomas Berthelon)

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En médaillon : Sébastien Langevin. Photo : © Thomas Berthelon.

Cette interview a été réalisée en direct dans l’émission "Supplément week-end" du samedi 12 mai 2007

[1Bachi-bouzouk est un mensuel d’actualité de bande dessinée lancé en février 1999 pour l’éditeur Jean-Pascal Fix par Emmanuel Lemieux à la suite de BDscope (1996). Il s’arrêta de paraître au septième numéro en novembre 1999. Au sommaire, figuraient notamment des journalistes comme Vincent Bernière, Patrick Gaumer, Antoine Dreyfus, Christophe Quillien, Pascal Paillardet, Sébastien Langevin, Stéphane Ferrand, Virginie Maillard, Emmanuelle Mahoudeau, Christian Marmonnier et un certain... Didier Pasamonik.

[2Délégué Général de l’Association des Libraires de Bande Dessinée.

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