Seules à Berlin - Par Nicolas Juncker - Casterman

23 mars 2020 0 commentaire
  • Dans le Berlin chaotique de 1945, rencontre entre une traductrice soviétique et une jeune allemande. Les femmes en symbole d'une humanité courageuse, et un album aussi émouvant qu'éprouvant.

Au printemps 1945, l’armée rouge entre à Berlin, scellant la défaite du régime nazi. Gonflés par l’espirt de revanche et la soif de vengeance, les soldats russes ne font pas dans la dentelle. La violence s’abat sur les civils, femmes et enfants compris. Au milieu de ces militaires effrayants, une jeune gradée de la NKVD (ancêtre du KGB) tente de mener à bien sa mission de traductrice. Elle fait la rencontre de l’hôte de quelques jours, une jeune mariée qui subit (dans tous les sens du terme) le séjour de l’armée soviétique.

D’un côté, une idéaliste cultivée qui ne voit pas immédiatement la part de sauvagerie de ses camarades, de l’autre une victime, symbole de civils berlinois débordés par la rancoeur des Russes. Mais ne croyez pas que le propos de Nicolas Juncker soit si tranché. La jeune Evgenia n’est pas totalement dupe de la violence de ses compatriotes soldats. Et Ingrid l’allemande n’a pas hésité à se marier avec un SS. L’une et l’autre ont en commun une forme de résistance, de courage, et surtout le partage de l’écrit, de la lecture. La culture et la mémoire comme dernier rempart contre la barbarie, voile élégant pour rendre supportable cette partie moins connue de la fin de la guerre 1939-1945.

Seules à Berlin - Par Nicolas Juncker - Casterman

Avec ses visages tantôt cadavériques, tantôt semblables à des marionnettes, le graphisme impressionnant de l’auteur rend la mort envahissante, au milieu d’un fracas d’excès en tous genres. Le récit inclut d’ailleurs des scènes (et surtout un passage purement textuel) très dures qui décrivent le calvaire d’Ingrid.

Chronique remarquable d’une "presque" amitié et hommage au courage des femmes, Seules à Berlin s’inspire de témoignages réels [1] et finit par laisser au second plan l’objectif principal d’alors : retrouver Hitler.

(par David TAUGIS)

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[1Une femme à Berlin (anonyme) et Carnets de l’interprète de guerre, d’Elena Rjevskaïa

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