Sex Story - Par P. Brénot et L. Coryn - Les Arènes

29 juin 2016 1
  • Une bande dessinée didactique qui vous révèlera tout de la sexualité, de nos ancêtres préhistoriques jusqu’à nos jours, en passant par toutes les étapes de notre histoire sentimentale et surtout sexuelle.

La bande dessinée didactique a le vent en poupe. Nous avons déjà évoqué les entreprises éditoriales du Lombard ainsi que les premiers albums publiés par les Arènes, BD comme par exemple L’Empire : Une histoire politique du christianisme. L’éditeur continue sur cette voie avec Sex Story, la première histoire de la sexualité en bande dessinée.
Sex Story - Par P. Brénot et L. Coryn - Les Arènes
Comme pour L’Empire, l’album associe un scientifique et un dessinateur de BD, en faisant l’économie d’un scénariste de métier, ce qui explique d’ailleurs quelques maladresses dans la construction. Les textes sont de Philippe Brénot, un psychiatre et anthropologue qui dirige les enseignements de sexologie à l’Université Paris-Descartes, tout en publiant régulièrement des ouvrages sur la sexualité.

Le dessin est assuré par Lætitia Coryn, ancienne élève de l’école Estienne, qui a publié deux tomes du Monde merveille des vieux.

L’objectif affiché est de proposer « une éducation vraie à la sexualité ». Il est certain que se pencher sur l’évolution du rapport des hommes (et des femmes) au sexe (et à la reproduction), à l’amour et au plaisir, permet de prendre du recul sur toutes ces questions et de mieux comprendre nos propres pratiques et leur histoire.

On apprend en effet bien des choses dans cet album : l’absence d’os pénien qui différencie l’homme des primates qui ont un petit os pour soutenir l’érection ; l’évitement de l’inceste déjà en vigueur chez nos cousins primates et à notre origine ; la liberté de l’amour pour les hommes à Babylone, tandis que les femmes mariées étaient voilées, seules les prostituées se promenant tête nue ; l’égalité sexuelle entre hommes et femmes dans l’Égypte ancienne, où furent également utilisés les premiers préservatifs (en boyau), les premiers tampons contraceptifs (en mélangeant dattes, coloquinte et miel) et les premiers stérilets (avec un morceau d’acacia placé dans l’utérus) ; les masturbations rituelles des pharaons dans les eaux du Nil ; l’acceptation dans le monde romain de l’homosexualité uniquement dans le cas où le citoyen conserve un rôle actif (avec un esclave ou un prostitué par exemple), alors que tout comportement passif ou efféminé était dénoncé ; l’inadéquation des organes sexuels et buccaux dans le monde romain, où le cunnilingus était infamant et où la fellation devait être réservée aux vieillards impuissants ; la passivité sexuelle de l’épouse légitime romaine, qui ne devait pas avoir de plaisir pour procréer, à l’inverse de la prostituée, qui, elle, se place de manière très active sur l’homme, modèle qui demeura pendant près de 2000 ans, le clergé médiéval imposant la position « du missionnaire », attitude naturelle car la femme est en position inférieure ; la révolution de l’amour courtois, qui fait de la femme l’objet de tous les désirs, suzeraine du chevalier qui devient son vassal, permettant la découverte de la sensualité, et, par exemple, la jouissance clitoridienne, dédaignée jusque-là dans le cadre des relations mariales ; l’invention de la ceinture de chasteté, non pas au Moyen Age, mais à la Renaissance, et qui se développa surtout… dans les jeux érotiques du XIXe siècle ; la syphilis, ramenée par les marins de Christophe Colomb en 1493 et qui ravage l’Europe à partir de 1495, contre lequel Gabriel Fallope inventa le « gant de Vénus », fourreau de toile trempé dans une solution de mercure, qui servait tout autant de préservatif que de pansement pour guérir du chancre syphilitique ; la démonstration par la sexologie post soixante-huitarde des vertus de la masturbation, élément central de la construction érotique permettant la maturation sexuelle et l’entretien du désir au cours de la vie.

L’album va jusqu’à aujourd’hui, avec, par exemple, l’invention des sextoys connectés permettant la jouissance à distance de deux amants, ou encore la rencontre par géolocalisation qui fait presque disparaître les rituels de séduction. Il va même au-delà, en proposant quelques hypothèses sur les évolutions à venir, comme la reproduction asexuée permise par le clonage, l’apparition de virus transmissibles par simple contact buccal, la séparation définitive de la sexualité et de la reproduction, etc.

Cet album a une visée clairement pédagogique, et il remplit bien cet objectif : à la fin du volume, un mémo propose ainsi une courte synthèse des notions fondamentales développées dans l’album, comme par exemple « Amour », « Interdits », « Mariage », « Normalité », etc. On trouve également un index des personnages et une bibliographie des ouvrages ayant servi à réaliser chacune des parties.

Comme pour L’Empire, le parti-pris est celui de l’humour didactique et cela marche plutôt bien, permettant de rendre léger et distrayant un propos parfois technique. Le dessin est très classique, mais expressif malgré une mise en couleurs une nouvelle fois sans nuance. Et même si quelques répétitions sont à déplorer, ce long récit se lit néanmoins avec plaisir et pourra répondre aux questions secrètes que se posent bien des lecteurs sur leurs propres pratiques sexuelles !

(par Tristan MARTINE)

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