Shadows House : ombres sans visage

22 juin 2020 0 commentaire
  • Fable gothique aussi originale que touchante, "Shadows House" est notre coup de cœur de printemps. On y suit la vie de Kate Shadows, héritière de la noble famille des Shadows, et sa servante Emilico. Un détail cependant, et non des moindres : Kate est une ombre, et n'a pas de visage.
Shadows House : ombres sans visage
SHADOWS HOUSE © 2018 by Somato / SHUEISHA Inc.

Kate Shadows est une ombre. Elle n’a pas de traits au visage, pas de relief, et peut de fait difficilement exprimer ses émotions. C’est précisément ce rôle que remplit donc Emilico, sa poupée vivante personnelle chargée d’incarner son visage lors de ses apparition publiques. Elle doit être capable d’identifier l’humeur de sa maîtresse à chaque instant pour la reproduire, dans la joie comme dans la colère.

La seule expression des sentiments permise à Kate se traduit par des émanations de suie qu’elle génère lorsqu’elle ressent une émotion négative. C’est là le seul indice dont dispose sa servante pour apprendre à lire en sa maîtresse.

Au début du premier tome, on rencontre Emilico quelques heures après sa "naissance". Elle vient à peine de rencontrer sa maîtresse, et ignore encore tout de ses obligations, qui vont du ménage dans les appartements de Kate jusqu’à son rôle de visage. Elle devra en outre apprendre les règles bien particulières qui régissent la vie au manoir des Shadows, aux côtés des autres membres de la noble famille et de ses collègues poupées.

Dans le second tome, on s’immerge plus en avant dans la vie des petites mains du manoir, et leurs luttes (littérales) quotidiennes contre la crasse. Dans cette partie, le manga prend un tournant quasiment horrifique, à grand renfort d’images bien effrayantes à ne pas mettre entre toutes les mains.

SHADOWS HOUSE © 2018 by Somato / SHUEISHA Inc.

La relation qui s’installe entre les deux protagonistes est touchante aux larmes. D’un côté, une poupée ingénue toujours de bonne humeur et prête à tout pour rendre fière sa maitresse. De l’autre, une adolescente qui vit sa condition comme une malédiction et qui ignore comment s’ouvrir aux autres. Le concept très original de nous présenter des personnages sans visage est pour le moins audacieux mais fait indéniablement mouche.

Alors qu’au départ, on doute de pouvoir ressentir la moindre empathie pour une silhouette obscure, en quelques pages le duo d’auteur qui se cache derrière le nom So-Ma-To parvient à nous toucher en plein cœur. La réserve de Kate mise en contraste avec l’attitude toujours enjouée et ultra-expressive d’Emilico rend leur relation d’autant plus incongrue et convaincante.

La question un peu triviale du ménage prend également une ampleur importante : les Shadows dégagent de la suie lorsqu’ils sont en colère, il revient aux poupées vivantes de nettoyer ces émanations salissantes. Une chambre sale est donc l’aveu des deux pires fautes qu’une servante puisse commettre : ne pas nettoyer convenablement la pièce et mettre en colère sa maîtresse. Emilico l’apprendra à ses dépends...

SHADOWS HOUSE © 2018 by Somato / SHUEISHA Inc.
SHADOWS HOUSE © 2018 by Somato / SHUEISHA Inc.

Les auteurs mettent vraiment l’accent sur les émotions, les faisant presque passer au premier plan par rapport à l’intrigue. Dans le premier tome, il n’y a d’ailleurs pas exactement d’enjeu ou d’histoire : on suit juste les évolutions des personnages à travers leurs sentiments avec d’un côté Emilico, prompte aux larmes et aux rires, et de l’autre Kate qui, bien malgré elle, ne peut exprimer quoi que ce soit.

Le tout est servi par un dessin d’une grande maîtrise dans un univers "maison de poupée" qui sied à merveille à l’histoire. Le jeu des costumes, robes à froufrous et rubans dans les cheveux, couplé aux décors grandioses et exubérants est proprement époustouflant. Chaque planche regorge de détails incarnant l’univers et ajoutant à la crédibilité de l’histoire, tout en installant une atmosphère oppressante et énigmatique de nouvelle gothique dans la droite lignée d’Edgar Allan Poe, soulignée par la qualité des ombrages et des noirs brossés qui jettent un voile glauque et menaçant sur toute la série.

Derrière des personnages à l’esthétique lolita-girly assumée, le duo d’auteurs nous emporte dans un tourbillon d’émotions qui plaira autant aux garçons qu’aux filles. Ne vous y trompez cependant pas : Shadows House est à ranger dans la catégorie seinen, non pas pour une quelconque violence ou vulgarité, mais parce que la série se veut exigeante sur le plan émotionnel, et touchera donc plus difficilement des jeunes amateurs d’action. Mentionnons également une atmosphère qui peut parfois verser dans le glauque, voire devenir carrément malsaine !

Publiés simultanément en France par Glénat ce 17 juin, les deux premiers tomes de Shadows House sont assurément une très belle surprise de ce printemps, à dévorer sans aucune hésitation. Vivement la suite !

SHADOWS HOUSE © 2018 by Somato / SHUEISHA Inc.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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