Sherlock Holmes : « Recueil 2 » - Par Shôtarô Ishinomori & Morihiko Ishikawa – Isan Manga

6 octobre 2016 0 commentaire
  • Oui, c’est toujours lui le plus grand des détectives, celui de Baker Street ! Dans ce second recueil des enquêtes de Sherlock Holmes à la sauce nipponne par Shôtarô Ishinomori — feu le « roi du manga » — et Morihiko Ishikawa, le liant continue à être obtenu à base de respect du mythe et d'un effet vintage bien plus doux que le wasabi…

Ce deuxième copieux volume propose les adaptations de quatre enquêtes du plus célèbre des détectives privés, Sherlock Holmes : « Un Scandale en Bohême », « L’Homme à la lèvre tordue », « La Ligue des rouquins », parues en 1891, et « La Deuxième Tache », de 1904. Celles-ci font partie des récits courts de recueils de nouvelles, qui en forment le corpus avec quatre romans dont Le Chien des Baskerville, narrés en majorité par le docteur Watson. Ils ont été publiés, d’abord dans le Strand Magazine, de 1888 à 1928.

Sherlock Holmes : « Recueil 2 » - Par Shôtarô Ishinomori & Morihiko Ishikawa – Isan Manga
Tous les clichés développés autour du mythe, ayant parfois échappé à son auteur, sont présents : violon, opiumerie des docks, deerstalker (casquette en tweed) à la Sidney Paget illustrateur originel dans le "Strand Magazine", etc.
© ISHIMORI PRO INC./KUMON PUBLISHING CO., LTD. / Isan Manga 2016

Shôtarô Ishinomori (Shôtarô Onodera, 1938-1998), avant même le succès de sa série Cyborg 009, — même si c’est moins connu — adapta tôt dans sa carrière plusieurs auteurs britanniques. Dans sa préface, il rappelle quelle importance a revêtu pour lui le personnage vedette de sir Arthur Conan Doyle. On ne s’en étonnera guère !

En effet, à l’instar des raisonnements déductifs de son héros, le détective de Baker Street, hérités de la formation de carabin à Édimbourg de son créateur écossais, il procédait d’une implacable logique que le « roi du manga » disciple d’Osamu Tezuka s’y intéressât.

Comment aurait-il pu en être autrement, de la part de cet autre grand nom de la bande dessinée nipponne ? Surnommé aussi le « Stan Lee japonais », il a certes transplanté la figure du super-héros au pays du Soleil-levant. Néanmoins, très productif, il y traita vraiment de tous les genres.

Le policier, en particulier britannique, relève non seulement de la notion de genre, si importante au Japon dans la littérature, le cinéma ou le manga, mais y trouva une terre d’élection au cours de l’ère Meiji (1868-1912). Quand l’Archipel, après s’être fermé des siècles à l’influence étrangère, chercha à adopter une forme de modernité. Dans ce but, il s’appuya sur son patrimoine spécifique et par des emprunts voulut imiter l’Occident dans ce qu’il pouvait lui offrir de meilleur à ses yeux, afin de tenter de le dépasser.

Sherlock n’a pas l’apanage du déguisement, mais l’homme à la lèvre tordue s’en trouvera pincé !
© ISHIMORI PRO INC./KUMON PUBLISHING CO., LTD. / Isan Manga 2016

Des passeurs tel Edogawa Ranpo, l’auteur du Lézard noir, s’y montraient alors autant admirateurs d’Edgar Allan Poe, en partie inspirateur de son pseudonyme, que du père de Sherlock. L’Écossais, qui prisait également l’Américain, étendit comme lui son influence sur de nombreux imitateurs orientaux, amateurs de whodunit ("qui l’a fait ?"). Les rangs de ses adeptes augmentèrent encore pendant la génération suivante, celle de Shôtarô Ishinomori.

Autre cliché, à propos des roux, et ce qui se cache en dessous...
© ISHIMORI PRO INC./KUMON PUBLISHING CO., LTD. / Isan Manga 2016

Morihiko Ishikawa, quant à lui, s’est fait une sorte de spécialité d’adapter les enquêtes de célébrités de la littérature anglophone. Sa deuxième contribution notable a consisté à illustrer des mangas issus d’une série d’anime de la chaine de télévision NHK (2004-2005). Elle mélangeait celles de Miss Marple et d’Hercule Poirot d’Agatha Christie...

Dans ce tome 2, supervisé en tant que directeur de collection par Shôtarô Ishinomori, Morihiko Ishikawa s’en sort honorablement, en dépit de passagères difficultés avec la morphologie des personnages, littéralement tirée par les oreilles, pas bien réussies. En revanche, aidé d’autres assistants du studio Ishinomori, il confère aux décors de rues londoniennes traversés de cabs des airs de tableaux de John Sutton.

L’attention se focalise dans ce volume surtout sur les interventions de la belle aventurière Irène Adler. Le détective la désigne en tant que « la » femme. Elle demeure l’unique capable d’éprouver son impassibilité légendaire, jusqu’à lui faire ressentir dans ses intimes retranchements d’ordinaire cadenassés une forme d’amour, chez Conan Doyle.

La belle Irène entre en scène...
© ISHIMORI PRO INC./KUMON PUBLISHING CO., LTD. / Isan Manga 2016

C’est moins prégnant ici. Et, comme le soulignait notre rédacteur en chef Charles-Louis Detournay à propos du recueil 1 de cette série, l’aspect juvénile des deux protagonistes, obéissant aux codes de représentation du manga, peut gêner le lecteur profane occidental. Toutefois, cela affectera en priorité le Sherlockian (fan inconditionnel de Sherlock) appréciant davantage ses côtés matures et sombres.

Pour les autres, public plus jeune motivé par l’idée de découvrir ses exploits dans une optique shônen, ou plus âgé et désireux de renouer avec un grand classique que se sont réappropriés un mangaka de renom et son studio, l’adhésion sera au rendez-vous.

Comme à son habitude, l’éditeur ajoute les traductions des récits originaux en fin d’ouvrage. Elles permettent à chacun de déduire le degré de réussite de telle ou telle adaptation à l’aune de sa subjectivité. L’implication suscitée redouble le plaisir de leur dégustation.

(par Florian Rubis)

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