Sherlock Holmes, loin d’être sur le déclin, se décline en bande dessinée

2 janvier 2016 0 Actualité par Charles-Louis Detournay
  • Le narcissique détective de Conan Doyle continue de prospérer ces dernières semaines et en ce début d'année. Découvrons tour à tour une suite de "Sherlock Holmes Society" chez Soleil, une intégrale de l'adaptation des quatre romans chez Akileos, ainsi que la suite du "Holmes" de Brunschwig & Cécil chez Futuropolis qui nous arrive après plus de trois ans d'attente !

Sherlock Holmes, loin d'être sur le déclin, se décline en bande dessinéeLe détective créé par Conan Doyle n’aura jamais autant fait parler de lui que lors de ces derniers mois ! Entre l’enquête policière et le récit fantastique hérité de la littérature gothique anglaise, il reste -avec Dracula !- l’un des personnages de la littérature les plus déclinés dans le 9e Art.

Nous vous avions déjà présenté en détail la nouvelle mini-série de quatre tomes intitulée Sherlock Holmes Society publiée par Soleil. Le détective est en effet devenu le fer de lance de la Collection 1800, éclipsant tous les autres titres. il faut dire que son scénariste Sylvain Cordurié avait d’emblée surpris en proposant un premier tome dans lequel Holmes & Watson partaient à la chasse aux zombies ! Quelques mois plus tard, le tandem revenait à Londres pour s’associer à un autre célèbre personnage de la littérature anglaise du XIXe siècle : Mister Hyde !

Ce troisième tome fait la part belle au complot qui menace la couronne britannique…et la papauté ! "Le Concile" est formé de hauts personnages qui demeurent dans l’ombre, mais Sherlock Holmes se met à leur poursuite.

Sherlock Holmes Society T3 - Par Cordurié & Alessandro Nespolino (Soleil)

Cordurié réalise un excellent travail avec cette mini-série. Chaque tome développe autant l’intrigue de fond que les petits suspenses, tout en proposant de formidables personnages. À défaut de réelles énigmes, ce tome 3 repose d’ailleurs essentiellement sur ces personnalités hors normes : M Hyde à l’humeur versatile, de diaboliques ennemis capables de rivaliser avec le détective, sans oublier Holmes lui-même et son frère Mycroft qui nous régalent avec leurs savoureuses disputes.

La couveture du quatrième et dernier tome laisse deviner une déclinaison steampunk

Privé (temporairement) de Watson et de Mrs Hudson, Cordurié doit se résoudre à oublier les répliques aussi sarcastiques qu’humoristiques qu’il plaçait dans la bouche du détective. Les quelques longues discussions ne permettent pas de tenir le niveau atteint dans les précédents tomes, mais elles apportent les éléments nécessaires à un fabuleux cliffhanger ! Le lecteur ne devra heureusement atteindre que quelques mois avant d’obtenir la conclusion de cette intéressante déclinaison d’Holmes, plus portée sur les machinations et le fantastique que sur les énigmes policières, mais toujours dans la droite ligne de la Collection 1800.

Au dessin, Alessandro Nespolino qui avait déjà réalisé Sherlock Holmes : Crime Alleys avait la tâche difficile de se fondre dans un graphisme commun aux trois autres dessinateurs. Rappelons en effet que pour tenir le défi de quatre tomes à paraître en neuf mois, l’éditeur Jean-Luc Istin avait réuni quatre dessinateurs, chacun se chargeant d’un album. Nespolino propose une intéressante immersion dans la capitale britannique. Si sa mise en scène met le suspense en valeur, ses scènes d’actions sont moins bien réussies, avec des personnages trop statiques et manquants de mouvement. On regrette d’ailleurs que Jean Bastide qui a signé les couleurs des deux premiers tomes ait cédé la main à Gonzalbo.

Ces quelques bémols ne ternissent pas la réussite de Sherlock Holmes Society, qui propose une thématique certes éloignée de Conan Doyle, mais avec un personnage fidèle à son image. Plaisir garanti avant une conclusion prévue pour le 27 janvier !

Les révélations sur la familles Holmes

Bottons directement en touche les considérations sur le délai pris entre deux albums de la série réalisée par Cécil & Luc Brunschwig : voilà près de dix ans que les deux auteurs avaient proposé le premier tome de leur série au sein de la défunte Collection 32 de Futuropolis, et cette vitesse d’exécution ne va pas changer pour les deux prochains tomes qui clôtureront la série.

On accepte mieux cette lenteur de réalisation en ouvrant le quatrième tome paru il y a quelques semaines : chaque planche est une petite merveille dépeignant avec acuité et réalisme la société britannique du XIXe siècle, au temps de sa splendeur impériale, illustrant à merveille la théorie la lutte des classes entre privilégiés et exploités.

Holmes T4 par Brunschwig & Cécil (Futoropolis)
L’album augmenté du cahier graphique

La trame se déroule en deux temps : une intrigue policière conduite par Watson et son épouse d’un côté et le jeune détective Wiggins de l’autre, le tout en 1891 (Holmes est alors laissé pour mort dans les chutes de Reichenbach) ; tandis qu’en 1854, on en apprend davantage sur le passé de la famille Holmes, bien moins reluisant qu’on ne le pensait.

Chaque tome permet de mieux comprendre la subtilité du récit proposé par Luc Brunschwig, et le lecteur est récompensé pour sa patience ! Après avoir abordé récemment les relations d’Holmes jeune avec les femmes et les raisons de son combat contre Moriarty, le scénariste revient en détail sur les parents de Sherlock & Mycroft, ainsi que l’enfance des deux frères.

Plus précisément, La Dame de Scutari se concentre sur l’évocation de la mère Holmes, une personnalité forte engagée dans une société où on laissait encore peu de place aux femmes. En suivant à 45 ans d’intervalle le destin de deux femmes (la mère du détective et une femme accusée d’infanticide), Brunschwig dépasse le cadre fictionnel déjà passionnant pour continuer à décrire la société londonienne sous l’angle des mouvements radicaux (politiques, guerriers et sociaux) à l’œuvre à cette cette époque.

Même si les phylactères épistolaires sont parfois un peu plus compliqués à déchiffrer, chaque planche du récit apporte son lot d’information et d’éblouissement. Les amateurs de Sherlock Holmes qui n’auront pas encore découvert la série devront combler ce manque sans tarder. Pour les connaisseurs, la version limitée de cet album comporte un cahier complémentaire de seize pages. Moins figuratif que le dossier du troisième tome, celui propose de comprendre les étapes d’une planche d’Holmes : du découpage aux multiples crayonnés, du cadrage aux scènes hippiques. Un cahier qui met en évidence le soin qu’apporte Cécil à chaque planche !

Holmes, dans toute sa splendeur

Si certains esprits chagrins regrettent cette inflation de développements autour du détective de Conan Doyle, ils se raviseront peut-être en découvrant l’intégrale qui vient de paraître chez Akileos. L’éditeur avait effectivement précédemment publié les quatre adaptations de Ian Edginton & I.N.J. Culbard (en 2010 et 2011) ; les voici regroupées dans un imposant recueil de près de cinq cents pages !

Les deux auteurs anglais avaient choisi d’adapter les quatre romans écrits par Conan Doyle et qui mettaient en scène Sherlock Holmes : Une Étude en rouge, Le Signe des quatre, Le Chien des Baskerville et La Vallée de la peur. L’ensemble restait très fidèle aux intrigues originales, que cela soit dans la construction du récit, le système des déductions ou dans les dialogues. On remarquera d’ailleurs que les auteurs ont choisi de s’intéresser plus spécifiquement aux intrigues, résumant un peu plus brièvement les éléments connexes, comme la partie consacrée aux Écumeurs dans La Vallée de la peur

Culbard, qui a déjà également adapté des romans de Lovecraft a ici choisi de focaliser son cadrage sur les personnages. Son style semi-réaliste joue sur la physionomie des protagonistes et les cadrages serrés au fil du récit. Au long de ces cinq cents pages, l’apparence qu’il donne à Holmes varie, notamment dans Le Chien des Baskerville. Le cahier graphique complémentaire livre d’ailleurs des études de personnages, ainsi qu’une reconstitution du premier étage du fameux 221b Baker Street.

Cette intégrale permettra donc aux passionnés de Sherlock Holmes de découvrir sous un nouveau jour ces quatre romans qui mêlent énigmes et action. C’est aussi l’occasion pour de plus jeunes lecteurs de se familiariser avec le célèbre détective, avant de mieux passer, peut-être, aux romans.

Les Aventures illustrées de Sherlock Holmes- Par Edington & Culbard (Akileos)

Et si vous n’êtes pas rassasiés après ces centaines de pages dédiées au détective de Conan Doyle, sachez qu’en plus du quatrième tome de Sherlock Holmes Society prévu pour fin janvier, on attend aussi pour février prochain le second tome des intégrales des aventures du détective... en manga !. Ce volume contiendra Un scandale en Bohême, L’Homme à la lèvre tordue, La ligue des rouquins et La deuxième Tâche. Accompagnés, comme à l’habitude, par les textes originaux !

(par Charles-Louis Detournay)

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Sur le même sujet, lire :
- notre chronique de Sherlock Holmes Society t2 dans notre article traitant de la rentrée 2015 de Soleil
- Sherlock Holmes dans tous ses états
- Holmes T3 – Par Cecil & Brunschwig – Futuropolis

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