Si je reviens un jour... Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky – Par Stéphanie Trouillard et Thibault Lambert – Editions Des ronds dans l’O

15 octobre 2020 1 commentaire
  • À l’heure de la disparition des derniers survivants de la Shoah, les témoignages n’en sont que plus précieux. Certains franchissement le temps, comme les lettres de Louise Pikovsky, déportée et morte à Auschwitz en février 1944 à l’âge de 16 ans, retrouvées en 2010 et qui donnent naissance aujourd’hui à un album… pour qu’elle ne disparaisse pas une seconde fois.

En 2016, Khalida Hatchy, documentaliste du lycée Jean-de-La-Fontaine situé dans le XVIe arrondissement parisien, contacte Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24. Avec l’aide d’une professeure de mathématiques, elle cherche à reconstituer l’histoire d’une jeune fille dont quelques lettres manuscrites ont été retrouvées dans un placard de l’établissement, alors collège et lycée de filles.

Avec passion et énergie, la journaliste s’empare de l’affaire, réalise un travail de recherche extrêmement fouillé et complet et réalise un Webdocumentaire un an plus tard.

Si je reviens un jour... Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky – Par Stéphanie Trouillard et Thibault Lambert – Editions Des ronds dans l'O
Louise en 1942 (détail de la photo de classe)
© Mémorial de la Shoah

Son enquête l’amène à tirer des fils à partir d’indices très minces comme des noms au dos de photos de classes jaunies, ou à effectuer des recherches généalogiques complexes. Avec son expérience et l’aide du Mémorial de la Shoah, qui est aujourd’hui propriétaire de ces documents, elle exploite la moindre piste et éclaire les zones d’ombres.

Son travail rencontre un grand succès et remporte plusieurs prix, en France et dans le monde (Dont le prix du reportage multimédia Philippe Chaffanjon en 2018.)
Naît alors le désir de faire partager à un public plus large ses découvertes et le souvenir de Louise. Et pour cela, le médium BD lui semble approprié.

Louise Pikovsky est une jeune fille brillante. Première dans presque toutes les matières, elle fait l’admiration de ses camarades et de ses professeures, en particulier de Mademoiselle Anne-Marie Malingrey, enseignante de latin et grec. Elles vont développer une profonde relation amicale, d’abord par une correspondance au cours de l’été 1942, puis lorsque la jeune fille va étudier chez elle.
Les lettres laissent percevoir une adolescente très mûre pour son âge, s’interrogeant sur la religion et la philosophie, sur l’amour et l’amitié.
En janvier 1944, elle est arrêtée avec sa famille (ses parents, ses deux sœurs et son frère), internée à Drancy quelques jours puis déportée à Auschwitz. Ils seront tous gazés dès leur descente du train.

Le dernier message de Louise, transmis à la hâte à sa professeure en janvier 1944
© Mémorial de la Shoah
Le traitement graphique de ce mot par Thibault Lambert
© Thibault Lambert - Des ronds dans l’O

L’album reprend fidèlement le travail réalisé par Stéphanie Trouillard. Le trait de Thibault Lambert est vif, la mise en page met bien en valeur les lettres, au centre de tout ce travail. Il faut s’attarder sur les détails et surtout consulter le Webdocumentaire. En effet, le dossier en fin d’ouvrage est un peu maigre, même s’il présente l’intégralité de la correspondance de Louise (six lettres et deux documents). Mais le travail de recherche du dessinateur est beaucoup plus poussé et de nombreux détails graphiques prennent une toute autre dimension à la lumière du documentaire. Par exemple, certains lieux n’ont pas changé (le lycée, l’immeuble où vivaient les Pikovsky), une camarade de classe, que l’on voit dans l’album, est interviewée...

Ainsi, s’il est bien fait mention du Webdocumentaire « pour aller plus loin » en fin d’album, sa consultation est totalement indispensable et complémentaire.

Louise a été une jeune fille, certes brillante et peut-être promise à un bel avenir, mais surtout une jeune fille comme les autres, à laquelle les adolescents d’aujourd’hui peuvent s’identifier. Malheureusement, elle n’a pas vécu à une époque où les Juifs pouvaient choisir leur avenir librement. Les nazis, avec la complicité du gouvernement de Vichy, lui ont imposé l’étoile jaune, la peur du lendemain, et finalement l’oubli. Celui-ci aurait pu être définitif sans l’amour (au sens filial) de sa professeure qui va conserver ses lettres, puis sans une chaîne humaine qui va conduire à un travail de recherche impressionnant pour qu’au moins son nom et sa mémoire ne disparaissent pas tout à fait.

Le grand regret que portera Mlle Malingrey toute sa vie : ne pas avoir pu retenir Louise, et la sauver de l’arrestation
© Thibault Lambert - Des ronds dans l’O

(par Jérôme BLACHON)

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