Si je t’oublie Alexandrie – Par Jérémie Drès – Ed. Steinkis

1er janvier 2019 0 commentaire
  • Après avoir publié « Nous n’irons pas voir Auschwitz » (Cambourakis, 2011) et « Dispersés dans Babylone » (Gallimard, 2014), Jérémie Drès reprend la route pour Alexandrie sur les traces de ses très discrets grands-parents venus d’Égypte en France.

Pour voyager, rien de tel qu’une question. Dans « Nous n’irons pas voir Auschwitz » (Cambourakis, 2011), Jérémie Drès se posait la question de savoir s’il ne restait plus de Juifs en Pologne, comme le prétendait sa grand-mère… Chemin faisant, il en avait trouvé plein, tout en n’allant pas à Auschwitz, et des bizarres…

Dans son deuxième ouvrage, « Dispersés dans Babylone » (Gallimard, 2014), l’auteur s’interrogeait cette fois sur les raisons pour lesquelles le reggae faisait-il aussi souvent référence au judaïsme. Là encore, il promenait le lecteur entre émerveillements et faux semblants, démontant clichés et constructions.

Si je t'oublie Alexandrie – Par Jérémie Drès – Ed. Steinkis
Si je t’oublie Alexandrie – Par Jérémie Drès – Ed. Steinkis

Cette fois-ci, c’est encore une question qui le fait voyager. Il s’interroge sur un silence : pourquoi ses grands-parents maternels, des Juifs ayant vécu en Égypte avant d’immigrer en France, pourquoi ces braves gens, laborieux et discrets, sont-ils si peu diserts sur le pays où ils sont nés ?

L’auteur imagine bien des raisons qui expliquent cette discrétion : une vie sous le régime du Khédive puis du Royaume d’Égypte sous la contrôle de l’Empire britannique où les Juifs, sortis de leur dhimmitude (état de tolérance accordées aux Chrétiens et aux Juifs, mais qui ne leur accorde pas la pleine citoyenneté), commencent à s’épanouir ; puis la création de l’État d’Israël en 1948, et sa conséquence : l’expulsion de quasiment la totalité des Juifs égyptiens par Nasser en 1953, certains d’entre eux étant issus d’une lignée qui remontait au temps de Moïse !

Si je t’oublie Alexandrie – Par Jérémie Drès – Ed. Steinkis

Drès nous raconte cela dans un rythme lent, posé, tachant, avec sa mère, de retrouver, à partir des archives familiales, les lieux de la jeunesse de ses grands-parents et des documents qui pourraient lui raconter leur histoire, SON histoire finalement.

La récolte sera maigre… Entre indifférence et non-dits, secrets de famille et dénis, notre dessinateur dresse une esquisse fantomatique, vaporeuse, incomplète, mais riche et ô combien poétique, de cette histoire d’Orient dont les ressorts émeuvent jusqu’à aujourd’hui.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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