Silas Corey, T. 4 : Le Testament Zarkoff 2/2 - Par Fabien Nury et Pierre Alary - Glénat

2 mai 2016 0
  • Conclusion de la seconde aventure du héros à la prestance aussi naturelle que son cynisme. Au cœur de l’Allemagne en plein chaos suite à la capitulation de la Première Guerre mondiale, Nury et Alary développent un vrai cinéma de papier !
Silas Corey, T. 4 : Le Testament Zarkoff 2/2 - Par Fabien Nury et Pierre Alary - Glénat
Silas passe des complots de salons...

Après un premier diptyque plus que réussi, Fabien Nury et Pierre Alary avaient entamé en janvier 2015 un second cycle plus sombre de Silas Corey, leur héros qui alterne flegme et cynisme. Alors que Paris célèbre la fin de la Première Guerre mondiale, Silas préfère se réjouir de la mort annoncée de l’impératrice du trafic d’armes à qui il s’est opposé précédemment : Mme Zarkoff.

La fortune de la future disparue fait des envieux : les principaux actionnaires de son empire se pressent à sa porte, chacun espérant récupérer sa part du gâteau. Mais il y a une chose qu’ils ignorent : la mère Zarkoff a un héritier et c’est maintenant Silas Corey qui est chargé de retrouver sa trace, de peur que l’empire ne tombe dans de mauvaises mains !

... à la lutte armée !

Au cœur de la Bavière, quelques semaines après la capitulation du Kaiser, Silas Corey ne parvient pas à remettre la main sur l’héritier de la mère Zarkoff, . Il a néanmoins retrouvé sa femme, Nina Zichler, et a surtout découvert le triste état dans lequel se trouve cette Allemagne sortie de la guerre... En faillite, le pays traverse une crise profonde. La colère gronde dans le peuple et un mouvement, foncièrement antibolchévique et antisémite commence à prendre de l’ampleur militant pour la restauration de la grandeur de l’Allemagne. Et celui qui est à sa tête pourrait bien être le même qui cherche à s’emparer de l’empire Zarkoff…

Vu les réussites de Fabien Nury, on aurait tendance à penser que tout ce qu’il touche devient or. Avec Silas Corey, il est effectivement parvenu à créer un personnage diablement attachant. Son cynisme, son détachement, ses répliques cinglantes lui attirent plus d’attaques que de faveurs, et cela plaît. Passé l’effet de surprise positive du premier cycle, Nury devait pourtant encore étoffer son personnage, afin d’éviter que le lecteur ne prenne trop de distances avec son héros. Pari gagné avec des révélations distillées par le scénariste : sa relation avec cette espionne fatale Marthe Richer, et surtout son attachement à Nam, qui se révèle étonnamment être plus un ami qu’un domestique.

Le scénariste en vogue nous transporte également dans une période aussi chaotique que méconnue, juste après la capitulation allemande. Anarchie générale, abus de pouvoirs des reliquats de l’administration en place, sociétés secrètes, groupuscules politiques qui impriment et placent des affiches de révoltes au cœur de la nuit : plus aucun ordre ne semble régner en Allemagne. Le terreau idéal pour les malversations en tout genre et l’avènement du fascisme. Finalement, l’action et l’aspect politique de ce second opus prennent le pas sur l’intrigue du récit, faute d’un réel suspens.

Heureusement, Nury est un as du découpage cinématographique : chaque cadrage est un plan de caméra savamment pensé. Cases horizontale et verticale alternent avec les plans larges et les zooms : l’action se déroule donc comme sur un grand écran, avec les rebondissements nécessaires pour tenir le lecteur en haleine.

Appuyé sur les qualités de cette narration intelligente, Pierre Alary orchestre une magnifique mise en scène : ses personnages s’animent, et la pseudo-froideur de son héros fond progressivement devant l’implication politique et sentimentale des autres protagonistes. Le dessinateur parvient surtout à trouver le juste équilibre entre les arrière-plans riches de détails d’époque et des cadrages focalisés sur ses personnages.

Même si cette seconde partie du Testament Zarkoff est globalement un peu moins haletante que le premier cycle, la qualité atteinte par la collaboration entre Nury et Alary contribue à hisser leur série au sommet des bandes dessinées populaires du moment. La lecture s’achève sur une conclusion qui met en valeur leur héros tout en adressant au lecteur une leçon d’Histoire. Un final de haute volée qui mérite pleinement que ses auteurs prolongent la série dans ces si prometteuses coulisses de l’entre-deux guerres.

(par Charles-Louis Detournay)

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Concernant la même série, lire
- nos chroniques de la première aventure de Silas Corey : Le Réseau Aquila : première partie et seconde partie.
- nos interviews :

Illustrations : Nury - Alary - Glénat 2016.

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