Silver Surfer : Parabole - Par Stan Lee et Moebius (trad. Makma / Ben KG) - Panini Comics

16 juin 2014 8 commentaires
  • Galactus menace la Terre et le Silver Surfer doit protéger les hommes d'eux-mêmes: Stan Lee offre un scénario à Moebius pour qu'il s'essaie au comics. Plus de 25 ans après sa sortie, Panini édite enfin un volume dédié à cette mini-série d'exception.

Alors qu’il avait promis de ne pas s’en prendre aux hommes, Galactus revient sur Terre, subjuguant le monde entier par sa puissance. Considéré comme une divinité absolue, il invite les hommes à se libérer des lois et des contraintes morales, plongeant la planète dans le chaos.

Tandis qu’un faux prophète se prétend la voix de Galactus parmi les hommes et met en place une nouvelle religion dédiée au dévoreur de mondes, son ancien héraut, le Silver Surfer, se dresse contre le demi-dieu pour tenter de sauver la Terre de la destruction, pour empêcher les hommes de courir à leur propre perte.

Silver Surfer : Parabole - Par Stan Lee et Moebius (trad. Makma / Ben KG) - Panini Comics
La majesté de Galactus en impose
Parabole © Moebius / Marvel / Panini comics

Cette intrigue mitonnée par Stan Lee renoue avec la dimension religieuse des premières aventures du Silver Surfer. Si cette tonalité se montre propice aux questionnements existentiels et métaphysiques, les dialogues saturent cette courte histoire - série en deux numéros pour une cinquantaine de pages au total - jusqu’à la rendre péniblement verbeuse.

Ils se révèlent en effet effroyablement lourds, enfonçant les portes ouvertes avec le ton sentencieux du locuteur persuadé de la subtilité de son propos. Désireux d’épouser une parole biblique dans le phrasé et les tournures employés, ces échanges tombent le plus souvent à plat, leur dimension théâtrale confinant plutôt au pédant surlignement.

Le Silver Surfer de Moebius plane dans les airs... tout en se posant beaucoup de questions
Parabole © Moebius / Marvel / Panini comics

De fait, ce récit apparaît maladroit quand il se veut profond. En revanche, deux éléments particulièrement intéressants font de Parabole un volume à ne pourtant pas manquer.

Arrivée tonitruante de Galactus, portée par un graphisme presque minéral.
Parabole © Moebius / Marvel / Panini comics

Le premier, correspond à son sujet, même s’il se montre au final approximativement traité. Car c’est bien du fanatisme religieux et de son influence sur le politique dont il est question dans Parabole ; de la manière dont un discours fallacieux, sous couvert d’idéal et d’absolu, se révèle capable de provoquer des mouvements de foule tout aussi irrationnels qu’impossibles à enrayer.

Difficile de ne pas convenir de la permanente actualité d’un tel sujet et la superbe solitude du Silver Surfer, du début à la fin de cette aventure, n’en est que plus tragique.

Le second point qui appelle à la lecture de Parabole, c’est bien évidemment le dessin de Moebius qui confère une grâce sublime au Surfer, rehaussée par sa confrontation à un Galactus que l’auteur qualifie lui-même de "monumental", ce qui transpire littéralement de son dessin.

Le style si reconnaissable de Moebius ne fait pas le moindre doute et son incursion dans le comics ne l’a pas conduit à modifier ses codes graphiques et esthétiques. C’est ce qui rend son appropriation du Silver Surfer si intéressante.

Enfin, cette édition comprend nombre de bonus qui la rendent précieuse. Notamment les commentaires de Moebius sur les différentes étapes de son travail, tout bonnement passionnants : tel dessin retouché pour telle raison, telle aporie rencontrée, telle considération sur l’usage des couleurs dans les comics, sur le lettrage dans la bande dessinée en général .

Plus intéressants même que l’histoire racontée serions nous tentés de dire, comme si cette genèse du volume l’emportait sur la Parabole narrée.

À gauche la planche refaite pour le volume, à droite la planche initiale abandonnée
Parabole © Moebius / Marvel / Panini comics

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- Silver Surfer : Parabole. Par Stan Lee et Moebius. Traduction Makma / Ben KG. Panini Comics, collection "Graphic Novels". Sortie le 23 avril 2014. 80 pages. 14,95 euros.

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8 Messages :
  • Il a fait sont petit effet Moeb avec son passage sur le personnage du Silver Surfer c’est le moins qu’on puisse dire !Il a marqué le monde des comics et du média en général.

    Mais la question reste en suspens :

    qui a dessiné le meilleur Silver Surfer Kirby,Buscema ou Moebius ?

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    • Répondu par JF. le 16 juin 2014 à  19:09 :

      Je suis un fan absolu de Moebius. Je considère Kirby comme le Maître du comics et pourtant, c’est Buscema qui a dessiné le plus beau Surfer selon moi !

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    • Répondu par Ludo le 16 juin 2014 à  22:25 :

      qui a dessiné le meilleur Silver Surfer Kirby,Buscema ou Moebius ?

      C’est dans les dialogues de Tarantino pour le film USS Alabama ça.

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    • Répondu le 16 juin 2014 à  23:49 :

      Maintenant je sais plus d’où vient cette question triviale.Dans quel film Hollywwodien cette même question a été posée ? Répondez svp, je l’ai sur le bout de la langue et ça m’enerve !

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      • Répondu par Franck Biancarelli. le 17 juin 2014 à  17:08 :

        On vient de vous le dire :
        USS Alabama de Tony Scott.
        Mais il n’ y a pas Buscema dans le dialogue.

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        • Répondu le 17 juin 2014 à  22:49 :

          Les commentaires ne sont pas publiés "en direct". Rien sinon le message de "plume occulte" ne figurait sur cette page avant mon commentaire. Le "on vient de vous le dire" est superflu. Mais merci d’avoir rappeler que Buscema n’était pas mentionné dans ce dialogue, vous êtes brillant.

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    • Répondu par La plume occulte le 17 juin 2014 à  17:10 :

      Je ne suis pas sûr que dans le USS Alabama de Tony Scott Buscema soit mentionné.Débattre sur quel artiste a donné la meilleure version de tel personnage est un vieux jeu du monde des comics.

      La dramaturgie que Buscema a amené au personnage est pour beaucoup dans l’excès de dialogues emphatiques que Stan Lee s’est régalé à écrire et qui font partie du paysage de la série.A l’époque Buscema sur le personnage, Stan Lee donnait la lecture dans les universités.Il était considéré comme « le Shakespeare de la pop culture »et il adorait ça.Il s’en est donc donné à cœur joie sur le personnage du Surfer à qui il a donné une vraie dimension christique.La théâtralité reprochée de l’ensemble fait partie intégrante de la palette du titre .Episodes de Moebius y compris.

      Pour en revenir à Moeb,il a secoué le cocotier de l’industrie des comics en souhaitant faire le lettrage lui-même.Les réponses qu’il a amené aux pourquoi qui ont suivi ont durablement donné à réfléchir à tout un tas d’intervenants du milieux.Oui le lettrage fait partie intégrante de l’esthétique de la planche.Le confier à une autre main ,qui a sa propre sensibilité ,convient à court-circuiter passablement la cohérence l’ensemble.De nombreux artistes des comics -lettreurs y compris-ont été sensibles à cette remarque.L’un des gros apports de Moebius aux comics.

      Moebius a surtout fait comprendre à l’industrie des comics que l’on pouvait interpréter fortement des personnages iconiques (Galactus dans ce cas)à partir du moment où ils restaient parfaitement identifiables.On peut supposer que les artistes en étaient déjà convaincus bien sûr:c’est surtout l’éditorial un brin frileux et conservateur qui en a pris fait et cause.

      Moebius ,qui à l’époque cherchait à tracer plus précisément son chemin au pays de l’Oncle Sam ,à réalisé ces épisodes du Surfer comme une commande stratégique.Et à mon sens ça se voit.Ça manque parfois de conviction et il en a gardé beaucoup sous la pédale.Mais ça reste du Moeb.Et l’impact a été énorme.

      A la suite de ce succès ,l’éditorial de Marvel a proposé un pont d’or à Moebius pour dessiner les X-men sa série phare qui à ce moment faisait exploser les chiffres de vente.Chris Claremont le "monsieur mutant"tout puissant de l’époque était enthousiaste à l’idée.Las ,vérité ou autre,Moebius à décliné la proposition ,affirmant avoir un Blueberry à dessiner en urgence.Tant pis pour les mutants.

      Oui le Surfer de Moeb a eut un impact énorme.A la même époque John Buscema(a qui Moebius ne s’est pas gêné de tailler un costard au passage avant de lui-même, l’age venant, tomber dans les même travers )a proposé "Judgement Day "un superbe Graphic Novel, avec seulement de pleines pages, du Silver Surfer qu’il avait conçu,dessiné et encré sur des dialogues de Stan Lee.Le tout en grand format.Une première pour marvel.http://whencallsgalactus.com/2013/10/20/silver-surfer-judgment-day/

      C’était la fête du Surfer.

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