Simone Veil, une immortelle qui entre au Panthéon comme dans la bande dessinée

1er juillet 2018 5 commentaires
  • Conçu bien avant son décès et avant son entrée au Panthéon, "Simone Veil, L’immortelle" est un roman graphique qui tente de dresser le portrait d’une femme remarquable. Entre le combat pour l’adoption de la loi sur l’IVG et les souffrances liées à la Shoah, le portrait est clair et concis. Trop peut-être.

Une année s’est écoulée entre la disparition de Simone Veil et la cérémonie la consacrant -avec son mari- parmi les illustres de la Nation française. Un délai bien juste pour entreprendre cet hommage dessiné bienvenu.

Pascal Bresson et Hervé Duphot s’y sont employés en partant de sa carrière politique : en novembre 1974, après d’intenses débats ponctués de violences verbales, la « Loi Veil » qui autorise l’interruption volontaire de grossesse est adoptée par l’Assemblée Nationale. Les Français découvrent une femme déterminée, nommée ministre de la santé quelques mois plus tôt qui attaque le pouvoir masculin en son cénacle . « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement . »

Simone Veil, une immortelle qui entre au Panthéon comme dans la bande dessinée
© Bresson-Duphot / Marabulles

Citant les débats de l’Assemblée et s’appuyant sur les témoignages de la Ministre et de ses proches, les auteurs déroulent le récit de ce moment historique, le soutien distant du Président Giscard d’Estaing et l’appui solide du Premier Ministre Chirac. Ils composent avec une ligne claire dépouillée qui confère une grande efficacité à leur narration.

Le trait est à peine rehaussé d’une bichromie, dont les teintes évoluent au fil des époques qui reviennent en flash-back. Le parti-pris graphique apparaît d’autant plus judicieux lorsqu’il s’agit de la jeunesse de Simone Veil, née Jacob. Le rehaut affiche alors une jaune pâle, ce jaune que les autorités forçaient les juifs à arborer en étoile sur leur poitrine. Et quand il s’agit de décrire le calvaire d’Auschwitz que la jeune Simone subit en compagnie de sa mère et de sa sœur, le jaune tourne au gris de cendre et la ligne claire offre une distance nécessaire pour dépeindre l’insoutenable extermination à l’œuvre.

© Bresson-Duphot / Marabulles

Au lecteur d’imaginer que la détermination de Mme Veil est liée à la tragédie, que cette femme au verbe droit refuse de redevenir victime. En revanche, le récit s’attarde peu sur l’après 1974. Ainsi, on ne saura pas ici, comment Simone Veil devint une première fois « Immortelle » -sous-titre du livre- en étant élue à l’Académie Française. Comment cette rescapée, naguère discrète, est devenue un symbole de la lutte contre le négationnisme. Comment elle consentit aux historiens le rôle de s’emparer du devoir de mémoire dépassant le témoignage de ses compagnons de martyre. Comment, Présidente de la Fondation du Mémorial de la Shoah, elle fit évoluer des études encore dirigées vers l’unicité du drame à un travail de mémoire partagé avec les autres génocides et crimes de masse. Tout cela on ne le saura pas non plus. Cette biographie-là reste encore à dessiner. Dans une nouvelle édition ?

(par Laurent Melikian)

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Simone Veil, L’immortelle – Par Pascal Bresson et Hervé Duphot – Marabulles

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5 Messages :
  • … Encore un album fabriqué à l’emporte-pièce par un dessin minimaliste proche du tag éphémère ou du graffiti urbain.
    Un « beau » dessin réaliste et d’observation avec de vrais personnages et de vraies ambiances s’impose pour souligner l’authenticité et la dimension d’un tel sujet…
    Au final, ce « bouquin » se limite à l’aspect banal au guide d’utilisation d’un aspirateur fabriqué en 2 coups de cuillère à pot… c’est terriblement décevant !!

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    • Répondu par Kyle William le 5 juillet à  10:45 :

      Je n’ai pas lu le livre mais les extraits proposés ne ressemblent pas à du dessin "à l’emporte-pièce", "minimaliste" et "proche du tag".
      Les pages sont bien composées, le dessin est juste ; le sttyle ligne claire en bichro est maîtrisé. La difficulté majeure consistant à représenter les camps de concentration est abordée avec humilité et retenue. Bref, le niveau est plutôt largement supérieur au tout-venant du roman graphique biographique.

      Quant au point de vue selon lequel un "beau dessin réaliste d’observation" s’imposerait pour certains sujets, il ne s’agit que d’un parti pris personnel. A le suivre, faudrait-il redessiner Maus avec un "beau dessin réaliste d’observation…" ?

      Plus concrêtement, rappelons que les avances sur droits proposées par les éditeurs pour dessiner un roman graphique ne permettent généralement pas de passer plus d’une journée sur une planche… (à moins de vivre très en dessous du SMIC…), dans ces conditions le "beau dessin réaliste d’observation" que vous appelez de vos voeux demande trop de temps d’exécution. Les dessinateurs et dessinatrices cherchent au contraire des solutions pour aller vite et bien ; ici ça paraît plutôt réussi.

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      • Répondu par CHRIS le 7 juillet à  11:01 :

        … Pour ma part, lorsque je m’oriente sur l’achat d’une « bande qui est dessiné »,
        j’attache en priorité de l’importance à la qualité professionnelle et esthétique
        de l’iconographie. Si l’éditeur n’est pas dans la capacité de proposer autre chose
        que de la signalétique graphique d’usage habituel au rabais dans son ouvrage,
        je m’oriente vers un livre traditionnel à texte intégral. J’ose espérer ne pas
        être seul à avoir ce reflex !
        La lecture d’un livre se révèle souvent plus intéressante et plus instructive
        qu’un illustré de linéaire ! 

        Pour inscrire cet événement dans l’actualité, Il y a par ailleurs
        des œuvres littéraires et des publications photographiques
        de bien meilleure qualité sans imagerie schématique à « 2 balles »
        comme c’est le cas généralement dans la BD actuelle.

        Au passage, la photo de couverture de la réédition « Une vie »
        me semble très inspirée d’un magnifique tableau mythique
        de Vermeer « La jeune fille à la perle ».

        Concernant votre référence à Art Spiegelman, j’ai une préférence pour
        le graphic novel « Yossel « de Joe Kubert, son dessin réaliste N&B et
        ses personnages poignant de vérité me parlent davantage que des souris !

        Pour émettre sa vision du sujet, Kubert aurait dû présenter son récit avec
        un dessin juvénile plus « linéaire » avec du remplissage chromatique
        sans nuances, donc plus rentable, pour rejoindre votre argumentation ?

        Je suis bien conscient des « États généraux de la bande dessinée » !!!
        Les auteurs sont de moins en moins rémunérés, et le prix des albums
        est de plus en plus élevé !!
        Une industrie économiquement en bonne santé installée sur
        une main-d’œuvre bon marché, ce n’est pas nouveau !
        Ce qui est nouveau, c’est de fabriquer une jeune génération
        de travailleurs pauvres devant sa porte et dans sa propre nation !

        Cordialement

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        • Répondu par duphot le 12 juillet à  19:17 :

          Bonjour,
          Pour commencer, il y a erreur sur l’intitulé de l’article. Le livre a été entamé en décembre 2016. Simone Veil était encore en vie donc le livre n’a pas été fait pour son entrée au Pantheon !? Mme Veil est décédée fin juin 2017, nous étions en milieu d’album. En ce qui me concerne, il m’a fallu quasiment 1 an et demi pour dessiner cet album donc si pour vous c’est bâclé et vite fait alors ok. Je ne reviendrai pas sur vos avis que je ne partage pas, mais je tenais à rétablir cette vérité, sur un dessin que j’ai voulu ainsi et en étant respectueux et en accord avec le personnage.
          merci à Kyle d’avoir apprécié :-)

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 22 août à  19:04 :

            Vous avez raison, on aurait dû y penser/ C’est corrigé.

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