Newsletter ActuaBD

Sine Qua Non - par Marcel Ruijters - Editions de l’An 2

4 juillet 2005 0 Albums par Laurent Boileau
🛒 Acheter
  • L'auteur néerlandais Marcel Ruijters fait preuve d'une imagination sans limite dans cet ouvrage pastichant l'iconographie médiévale et la technique de la gravure. Il offre une plongée quelque peu irrévérencieuse au sein des croyances et des superstitions du Moyen Âge.

"Les enluminures médiévales paraissent décrire un univers étrange, aux rouages incompréhensibles. Toutes choses étant alors considérées comme créées par Dieu, elles devaient obéir à un dessein semi-caché. Chaque créature, chaque détail symbolise un signifié invisible. (...)
Ce monde était encore plein de magie, de mystères et de dangers, surtout au-delà de l’horizon. (...) Le monothéisme médiéval place l’homme quelque part entre Dieu et la Nature, plutôt qu’il ne le considère comme partie intégrante de la Nature. Les images de cette époque expriment la relation altérée de l’homme avec la Nature, en présentant des animaux fantastiques, des cartes du monde presque abstraites, des perspectives chaotiques. Quoi qu’il en soit, le refus de décrire le monde en termes que nous tiendrions pour réalistes a été ancré pendant des siècles - pour notre plus grand divertissement."
déclare Marcel Ruijters en avant-propos de ses 150 pages d’illustrations séquencées en 8 chapitres.

Le découpage est minimaliste (entre 1 et 4 cases par page), pour mieux rester dans la représentation médiévale. Dans le même esprit, l’auteur n’utilise pas de bulles classiques. Sa bande dessinée est quasi-muette, il se contente de lâcher ici et là quelques mots écrits en latin avec de magnifiques lettres gothiques. Pour le lecteur ne connaissant pas la signification de "splendor mundi" et autres expressions classiques, un "glossarium" est proposé en fin d’ouvrage. Pour apprécier Sine qua non, il est recommandé de connaître certains symboles et références bibliques.

Ruijters a fait le choix du noir et blanc et d’un trait épais et grassouillet. Pour autant, son graphisme reste très net. Il utilise également la technique de la gravure qui sied à merveille au ton de son récit. Le dessin foisonne de détails et de subtilités toujours en rapport avec le sujet principal, laissant imaginer une véritable ébullition dans la tête de l’auteur. Créatures mythiques, visions apocalyptiques traversées par des nonnes aux visages impassibles, tout nous place dans un bestiaire de l’imagerie religieuse et des superstitions moyenâgeuses. L’auteur, également peintre et sculpteur, traite ici son histoire avec audace et maîtrise.
À travers les péripéties de la vie monastique, Ruijters nous offre, avec humour, un paradoxe : celui d’un monde qui semble s’apaiser dans la violence.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Newsletter ActuaBD