Six auteurs Glénat décorés à Bruxelles : Une « légion » d’honneurs

  • Véritable hommage franco-belge, la ministre de la culture française a élevé six grands auteurs belges de bande dessinée au rang de Chevaliers des Arts et des Lettres. Dans la foulée, Glénat a fêté ses 40 ans au cœur de la capitale belge.
Six auteurs Glénat décorés à Bruxelles : Une « légion » d'honneurs
Dufaux, Chevalier des Arts et des Lettres

Ce n’est bien entendu pas la première fois que la République honore des auteurs de bande dessinée ! Citons, notamment Jean Giraud/Moebius et Lewis Trondheim qui ont déjà été adoubés Chevaliers des Arts et des Lettres, mais cela a été également le cas de quelques auteurs belges et étrangers dont Greg, Henri Vernes, Philippe Geluck, Roba ou Art Spiegelman [1]. Par contre, c’est la première fois qu’une brochette d’auteurs, tous natifs du Plat pays, se voient ainsi récompensés en même temps !

C’est donc au cœur de Bruxelles, à l’ambassade de France, qu’un parterre de journalistes, de proches et d’auteurs ont pu assister à la cérémonie consacrant Chevaliers des Arts et des Lettres : JF Charles, Jean Dufaux, Gos, Griffo, Hermann et Yslaire.

Il faut insister sur le caractère exceptionnel d’une telle remise : tout d’abord, le fait d’honorer ainsi plusieurs dessinateurs permet de mettre en avant la bande dessinée, souvent reléguée comme art mineur ou divertissement secondaire dans l’esprit du grand public. De plus, le fait que la France salue ainsi le mérite des auteurs belges souligne une fois de plus la synergie unique des deux pays dans le domaine du Neuvième art. La notion de BD franco-belge n’a jamais aussi bien incarnée !

Griffo, un auteur flamand élevé au rang de Chevalier des Arts et des Lettres de la République française. Proficiat !
Hermann, Chevalier des Arts et des Lettres, était bien jouasse

Honoré par la distinction de ses auteurs, Jacques Glénat entama les discours en pointant « le manque de reconnaissance générale envers la profession, et donc sa satisfaction de voir ainsi de grands auteurs reconnus pour leur mérite, surtout par les Arts (le dessin) et les Lettres (le scénario), soit la parfaite définition de la bande dessinée. »

Des auteurs touchés ... et émus

Lors de la cérémonie, la plupart des auteurs nous ont fait part de la joie ou de l’émotion qu’ils ressentaient.« Enfant, je voulais devenir chevalier ! » avoua JF Charles, « Et vous l’êtes ! » lui répond l’ambassadeur, saluant le talent du conteur qui nous fait voyager à travers les paysages et les contrées du monde entier.

Défini tel un éternel insatisfait en recherche perpétuelle, c’est surtout un Bernard Yslaire très touché qui s’adressa au public. Derrière un second degré caustique, il était fier de devenir « une exception culturelle française, en défendant sa langue maternelle dans une société où la mondialisation gagnait chaque jour du terrain ». Très ému, les larmes aux yeux, c’est en s’adressant à ses proches qu’il conclut son discours, tout en romantisme et en questionnement, comme ses héros de papier.

Témoin en son temps de la rencontre historique entre Peyo et le jeune Jacques Glénat qui voulait réaliser une revue sur les schtroumpfs, Gos qualifia cet honneur de « récompense suprême pour les presque quarante albums du Scrameustache » et souhaita à ses enfants de se réaliser autant que lui dans leur travail.

Roland Gos au garde à vous pour écouter le discours de SE M. L’Ambassadeur de France
Jean-François Charles écoutant le discours de l’ambassadeur. Celui-ci, précédemment en poste au Canada, a aimé la façon dont le dessinateur représentait la Belle Province.

Dans son allocution au grand Hermann, l’ambassadeur repris les fameux mots de Roman Polanski, commentant le travail du dessinateur : « Ça, c’est du cinéma ! », et l’Ardennais de répliquer « C’est gentil de sa part ! », faisant rire l’assemblée. L’ambassadeur salua sa liberté de penser et de créer, dans une perpétuelle recherche du dessin.

Yslaire, visiblement ému, n’a pas encore l’habitude de ses insignes de Chevalier des Arts et des Lettres

Si Hermann était le seul à arborer une cravate, il nous avoua n’avoir plus mis de costume depuis trois ans, et la cravate depuis bien plus longtemps. Très touché par l’honneur qui lui était rendu, il ne se dépêcha pas moins de vite aller se changer pour profiter de la soirée, car pour lui, « c’est une punition de porter un costume ! »

Débutant comme illustrateur d’humour et de publicité, Griffo est pourtant devenu une icône de la bande dessinée, « en particulier dans la science-fiction, tenant une grande place dans votre œuvre foisonnante », commenta l’ambassadeur. Enfin, ce fut le tour de son compère Jean Dufaux, s’extirpant in extremis d’un exceptionnel bouchon qui avait englué la capitale belge. La liste des œuvres du prolifique scénariste fut longue à énumérer, tellement importante est sa contribution à la bande dessinée. L’ambassadeur mis en exergue « les destinées sauvages et souvent tragiques de ses personnages, des scénarii écrits avec gourmandise : du grand cinéma ! »

Arleston signe chez Glénat

Après la soirée très disco d’Angoulême, Glénat fêtait également son quarantième anniversaire dans l’ambiance plus feutrée du théâtre bruxellois du Vaudeville. Jacques Glénat revint rapidement sur les années écoulées, les jalons posés pour promettre prochainement de nouvelles annonces qui devraient faire grand bruit.

Il en profita également pour confirmer une rumeur qui court depuis plus de six mois, à savoir l’arrivée prochaine d’Arleston chez Glénat. Le scénariste phare de Soleil va signer une série sur la gastronomie ! On s’en pourlèche par avance les babines...

Les Chevaliers belges des Arts et des Lettres, M. Jacques Glénat et Son Excellence, M. Dominique Boché, Ambassadeur de France en Belgique

(par Charles-Louis Detournay)

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Reportage photographique : © D. Pasamonik.

[1D’autres auteurs ont également été reconnus comme Albert Uderzo et Wolinski... D’autre part, de grands acteurs du neuvième art ont été honorés comme Guy Delcourt, Claude Moliterni, etc. De même que Jacques Glénat, évidemment.