« Social Fiction » par Chantal Montellier (Vertige Graphic)

24 juin 2003 0 commentaire
  • Dans {Métal Hurlant}, au milieu des années quatre-vingts, ses pages étaient parmi les plus mal dessinées du mensuel mythique de la nouvelle bande dessinée française. Les esthètes en étaient troublés : Le dessin de Montellier ne faisait vraiment pas le poids aux côtés des arpèges graphiques d’un Yves Chaland ou des fulgurances de Philippe Druillet et de Moebius. Les scénarios, en revanche, avaient une densité et des thèmes qui faisaient un violent contraste avec la mystique lyrique de Jodorowsky. "Wonder City" , "Shelter" et "1996" annonçaient un futur douloureux où l'individu se retrouvait broyé par la vie.

Le trait en était noir, les personnages peu sympathiques. On entrait dans ces récits cependant et l’on ressentait, en lisant Shelter, une lente claustrophobie qui était celle des protagonistes de l’histoire en découvrant qu’ils se trouvaient enfermés contre leur gré dans un supermarché sous prétexte d’une explosion nucléaire qui serait survenue à l’extérieur de l’abri anti-atomique. Le pouvoir, l’argent, le sexe, la liberté sont autant de thèmes constituant ce triptyque fascinant dont Jean-Pierre Dionnet donne la portée : « Ce qu’elle nous dit c’est que les humains ne savent pas où ils vont et se font du mal, non pas par haine des autres, mais par haine d’eux-mêmes ». Ce n’est pas le seul propos intéressant de cette préface. Soulignant, comme nous l’avons dit, que Montellier « ne savait pas très bien dessiner », il ajoute aussitôt : « sa maladresse fait sa force ». Ajoutant que l’auteur de l’ouvrage « n’est pas intelligente », il dit qu’on attend des artistes non pas de l’intelligence, mais de l’instinct. Enfilant les paradoxes, la préface se conclut sur cette affirmation péremptoire adressée à Chantal Montellier : « Tu es définitivement l’un des auteurs les plus importants. Car un des rares auteurs véritables de la bande dessinée française ».

Ajoutons que Vertige-Graphic a eu la bonne idée de donner à cette compilation la forme d’un comic-book. Du coup, les maladresses de Montellier s’effacent et le récit s’en trouve renforcé.

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(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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