Sombres Citrouilles - Par Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz - Rue de Sèvres

31 octobre 2019 0 commentaire
  • Adaptation d'un roman jeunesse, "Sombres Citrouilles" narre une macabre veillée d'Halloween au sein d'une famille bourgeoise aux multiples secrets. Un récit de saison à l'intrigue bien ficelée mais dont la version album nous semble un peu molle.
Sombres Citrouilles - Par Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz - Rue de Sèvres
Un cadavre s’invite à la fête
© Rue de Sèvres

Sorti en 1999,Sombres Citrouilles valut à son autrice, Malika Ferdjoukh le prix "Sorcières", catégorie roman adolescent, en 2000. Vingt ans plus tard, l’écrivaine en propose une version en BD avec Nicolas Pitz au dessin. Racontant du matin au soir le déroulé d’un 31 octobre, cette histoire constitue une opportune sortie pour Halloween.

Dans sa grande et belle propriété du Loir-et-Cher, la famille Coudrier s’apprête à fêter l’anniversaire du patriarche, ancien joueur de tennis professionnel désormais en fauteuil roulant. Pour l’occasion enfants et petits-enfants sont attendus, ainsi que notables et voisins. Mais les plus jeunes découvrent, puis cachent, le corps d’un inconnu précédemment surpris par l’un d’entre eux à faire chanter Papigrand. Mais ce cadavre ne sera pas le seul à sortir du placard en ce jour de fête des morts. La famille Coudrier cache en effet de très nombreux et très lourds secrets.

De jolis paysages du coeur de la France
© Rue de Sèvres
Madeleine, notre héroïne, se fait la belle pour rejoindre la demeure familiale
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Au crédit de Sombres Citrouilles, on peut indéniablement compter la narration portée par les deux adolescents du récit, dont les voix s’entremêlent habilement pour conduire une intrigue bien ficelée, multipliant fausses pistes et révélations. Mais la galerie de personnages, aussi vaste que riche, peine à prendre corps, chacun étant simplement survolé. Voilà qui dilue l’action, perd un peu le lecteur dans l’anecdotique et donne finalement un sentiment de tableaux successifs un peu mous faisant patienter jusqu’aux révélations finales. Heureusement que l’ambiance mordorée de cet automne orangé se trouve joliment retranscrite par quelques belles planches dédiées tout entières ou presque au paysage et à la nature.

Cependant, le moment où ces révélations surviennent s’avère réussi. Amours, racisme et conformisme social forment le socle d’un drame poignant bien qu’un peu excessif nous a-t-il semblé. Là, le récit prend le temps de se déployer, de poser une situation et d’en développer tenants et aboutissants à travers des thématiques intéressantes. C’est aussi le passage où le dessin de Nicolas Pitz nous a le plus séduit, plus rond et moins rigide que dans le reste de l’album. Les teintes de gris et un découpage plus lâche nous ont alors paru mieux convenir à son trait.

En fin de compte, Sombres Citrouilles offre, un peu à la manière d’un Chabrol, la critique d’un milieu bourgeois dont on a plaisir à voir une forme de décomposition. Mais à la différence de l’œuvre du cinéaste, cet album demeure doux dans ses intentions et ses conclusions, son happy end confirmant son ancrage jeunesse initial.

En lointain fil narratif, la relation entre le plus petit des enfants et un renard pourchassé par des chasseurs
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(par Aurélien Pigeat)

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Sombres Citrouilles. Par Malika Ferdjoukh (scénario) et Nicolas Pitz (dessin). Rue de Sèvres. Sortie le 23 octobre 2019. 160 pages. 16 euros.

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