Sorcières, mes sœurs - Par Chantal Montellier - La Boîte à Bulles

21 septembre 2006 0 commentaire
  • Chantal Montellier continue son retour. Ce recueil reprend ses travaux publiés dans {(A Suivre)} au cours des années 1980. On y retrouve les caractéristiques de l'auteure : son goût pour le collage et son combat pour le droit des femmes.

Le Moyen-Âge est cette période de l’histoire de l’Europe qui a permis de redécouvrir l’antiquité grâce à la rencontre entre les savants arabes, juifs et chrétiens, notamment en Andalousie, autour des textes authentiques hébreux, grecs et latins, mais aussi aux Croisades qui ramènent les textes chrétiens des origines en Occident. En les examinant, les clercs se rendent très vite compte qu’ils diffèrent notablement des textes courants de l’Église, une vulgate truffée de faux et de fabrications politiques établies au fil des ans. Une refonte du dogme est nécessaire dont le point culminant est le IVème Concile de Latran (1215), un concile qui crée en même temps l’Inquisition destinée à combattre les hérésies et les conditions d‘une nouvelle croisade. En bon juriste, le pape Innocent III impose aux seigneurs d’être le bras armé de la foi, à défaut de quoi ils seraient excommuniés et leurs vassaux se trouveraient dans l’obligation de se saisir des biens de leur suzerain. Cet instrument spirituel va devenir une terrible arme politique au moment de la Réforme : les bûchers s’enflamment dans toute l’Europe pour les Protestants, les Hussites, les Juifs, les savants trop imaginatifs et... les sorcières, rebouteuses indispensables à nos campagnes, premières victimes de la mainmise de l’Église sur les familles dont la survie dépend du clergé et de lui seul, et dont le contrôle des âmes est assuré par la confession rendue obligatoire.

Montellier a raison de souligner à quel point cette image forgée au moment où la Peste Noire, autre cadeau des Croisades, dit-on, frappe l’Europe au XIVème siècle, est aussi un instrument d’asservissement de la femme. Jules Michelet, l’historien de la Révolution, s’était appliqué à en démonter les ressorts. Il est abondamment cité dans ce livre, qui est avant tout une vision personnelle, et dans lequel Chantal Montellier appelle à la vigilance face à la montée actuelle de l’obscurantisme. Elle nous rappelle cette profession de foi athée signée Shakespeare : « Le ciel est vide, tous les « démons » sont ici, et il n’y a que l’esprit et la sagesse humaine pour les combattre ».

Sorcières, mes sœurs - Par Chantal Montellier - La Boîte à Bulles

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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