"Sous la maison" de Jesse Jacobs (Tanibis), une exploration de la face colorée du monde

3 octobre 2018 0 commentaire
  • Un lave-linge peut ouvrir vers un monde insoupçonné... Les personnages de "Sous la maison" du Canadien Jesse Jacobs, et le lecteur avec eux, passent beaucoup de temps à explorer ce monde "surréel", constamment changeant et coloré. Entre voyage fantastique et trip psychédélique.

Sous la maison de Jesse Jacobs - la troisième bande dessinée du dessinateur canadien éditée par Tanibis - est assurément l’un des livres les plus colorés de cette fin d’année. La majorité des pages de son ouvrage sont un véritable arc-en-ciel déstructuré puis recomposé dans d’innombrables formes géométriques, parfois abstraites, parfois figuratives et souvent envoûtantes.

Daisy, jeune fille au sortir de l’enfance, vient d’emménager dans un pavillon d’une banlieue nord-américaine, l’une de ces maisons comme il y en a des millions. Elle a découvert, pour ainsi dire par hasard, un « portail » ouvrant sur une dimension parallèle à la nôtre, présentée comme supérieure. Seule une minorité peut y accéder, après une longue ascèse ou grâce à un passage comme celui qui se cache dans la buanderie de cette maison si banale.

D’abord seule, puis avec une camarade de classe qui n’est pas encore tout à fait une amie, Daisy explore cette dimension étrange, aux décors et aux personnages sans cesse mouvants, aux couleurs en nombre certes limité mais combinées de mille façons, à l’ambiance étrange. Alors que le monde réel est monochrome, ou du moins dessiné par Jesse Jacobs en un seul ton, ce monde parallèle est un véritable océan coloré.

Sorte de trip psychédélique sous LSD, état de conscience supérieur ou petit monde caché dans le vide sanitaire -le titre original de Sous la maison est Crawl Space- du pavillon ? Des pistes nous sont données, mais la réponse n’est finalement pas le plus important. C’est bien l’exploration de cet espace qui concentre l’intérêt du livre.

La variété des formes et l’emploi des couleurs offre en effet autant de plaisir que d’étonnement, aussi bien grâce au mélange du figuratif et de l’abstrait que du fait de l’ « instabilité » des formes en question, qui s’associent, se séparent et se transforment sans que le lecteur puisse le prévoir.

Ce monde a cependant un sens, si ce n’est une explication totalement rationnelle. Les formes et leurs évolutions suivent les émotions, les sentiments et même les intentions de ceux qui le parcourent. Ainsi, Daisy a droit à de merveilleux chatoiements en toute quiétude. Mais d’autres, à qui elle fait découvrir le passage du lave-linge et venus avec des idées plus négatives, se retrouvent dans un milieu hostile, effrayant et même cauchemardesque.

Ce que vit Daisy en dehors de cette dimension est dès lors secondaire. Sa difficile intégration dans sa nouvelle école et le chemin ardu vers l’amitié, ses parents semble-t-il aux abonnés absents et sa vie ballottée d’une ville à l’autre l’incitent pourtant à se réfugier « de l’autre côté » du lave-linge, à y retourner de plus en plus souvent et à s’y oublier. Mais, pour elle comme pour le lecteur, ce qui reste, sur la rétine et en tête, ce sont bien les couleurs et les formes endiablées de Jesse Jacobs.

"Sous la maison" de Jesse Jacobs (Tanibis), une exploration de la face colorée du monde
Sous la maison © Jesse Jacobs / Éditions Tanibis 2018
Sous la maison © Jesse Jacobs / Éditions Tanibis 2018
Sous la maison © Jesse Jacobs / Éditions Tanibis 2018
Sous la maison © Jesse Jacobs / Éditions Tanibis 2018

(par Frédéric HOJLO)

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Sous la maison - Par Jesse Jacobs - Éditions Tanibis - édition originale : Crawl Space, Koyama Press, 2017 - traduit de l’anglais (Canada) par Madani - 19 x 26 cm - 96 pages en quadrichromie - couverture cartonnée - parution le 19 septembre 2018.

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