Spider-Man fête ses 50 ans (1/4) : Un héros sans emploi

  • Cela ne devait pas passer inaperçu : ce bon vieux "webmaster" de Spidey fête ses cinquante balais cette année. C'est en effet dans l'Amazing Fantasy #15 d'août 1962 que l'Homo Arachnideus a fait pour la première fois ses sauts entre les buildings de New York. On vous raconte l'histoire?
Spider-Man fête ses 50 ans (1/4) : Un héros sans emploi
Tome 1 de l’Intégrale Spider-Man en français
Ed. Panini Comics

Tout grand héros a sa légende : parmi les différentes versions évoquées, la plus courante est que Stan Lee est allé voir son patron, Martin Goodman, pour lui exposer l’idée d’un personnage qui aurait les pouvoirs de l’araignée. L’éditeur de la Maison des idées est moyennement convaincu : entre les particuliers-chauves-souris et les hommes-poissons, bienvenue dans la ménagerie ! En plus, l’araignée est plutôt un animal répulsif pour bon nombre de lecteurs. Gros doutes. Mais Lee se fait insistant : le héros serait un timide teenager dans lequel les jeunes s’identifieraient... Goodman accepte de le faire paraître dans le N°15 de sa revue de BD de SF Amazing Adult Fantasy, simplifié en Amazing Fantasy pour l’occasion. Genre : je teste, mais je ne promets rien.

Au dessin, Stan Lee fait monter au créneau Steve Ditko, lequel ayant fait ses études sous la houlette de Jerry Robinson, un homme réputé d’avoir créé le Joker sur la série Batman, avait rejoint ensuite Joe Simon et Jack Kirby, les créateurs de Captain America, la crème des crème de l’époque, pour y réaliser force encrage et décors aux côtés de Mort Meskin, l’un des plus habiles dessinateurs de cette génération. On n’aurait pu rêver mieux comme écolage !

Peter Parker alias Spider-Man est un jeune adolescent timide.
Stan Lee et Steve Ditko - (C) Marvel comics

Dikto avait commencé à travailler pour Atlas (future Marvel) au milieu des années 1950 sur des aventures de SF souvent signées... Stan Lee, il ne découvrait donc pas le bonhomme. On passera sur les allégations qui prêtent à Jack Kirby la création graphique de l’Homme-Araignée (on ne prête qu’aux riches) [1] pour nous concentrer sur l’apport effectif de Ditko : une identité visuelle qui, c’est curieux pour une araignée, fait mouche dès le premier coup d’œil, un dessin souple, inventif, qui prend en compte la nouvelle grammaire graphique apportée par Jack Kirby aux comic books : une forme d’emphase un peu grandiloquente, tout en s’inscrivant dans la ligne plus classique d’un Bob Kane resté, à y regarder de près, dans la tradition du comic strip d’avant-guerre. Et puis un humour, une distanciation toujours présente.

La mise en place de Stan Lee est particulièrement habile. Si la prémisse est un peu naïve (Peter Parker reçoit ses super-pouvoirs de la piqûre d’une araignée fraîchement irradiée), le mécanisme de l’univers est d’entrée installée avec la célèbre sentence qui perle dès la planche 11 : "...with great power there must also come --- great responsability !" (que l’on traduit communément par "un grand pouvoir implique de grandes responsabilités").

Tome 2 de l’Intégrale Spider-Man en français
Ed. Panini

Entre culpabilité (Peter Parker ne se pardonnera jamais d’avoir laissé s’échapper un voleur qui devint ensuite l’assassin de son oncle), timidité avec les filles et double identité, l’originalité de Spiderman s’inscrit d’abord le profil de son héros : ce n’est pas un adulte comme Batman, Superman, Captain America, ou les 4 Fantastiques, mais un jeune étudiant sans le sou angoissé par les difficultés financières de sa vieille tante (qui en est à mettre ses bijoux de famille au clou) dont il est directement la cause puisqu’elle a perdu son époux, l’oncle Ben, à cause de lui !

L’un des aspects les plus touchants de ces premiers épisodes est d’ailleurs cette quête d’un job d’appoint que les lycéens des États-Unis des années 1960 devaient connaître avec autant d’acuité qu’aujourd’hui. Fort de sa fraîche réputation spidermanienne, le jeune homme va voir les 4 Fantastiques (créés un an auparavant) pour leur demander un emploi. Il est surpris d’apprendre que nos bonhommes travaillent... pour rien : " - Nous ne payons ni salaire, ni bonus, lui disent-ils. Le moindre profit que nous faisons va à la recherche scientifique." La Torche lui assène " - T’as pas frappé à la bonne porte, mon pote. On n’est pas chez General Motors ici !", faisant allusion à la grande société de Detroit, Michigan, qui assurait à l’époque un emploi à vie à ses employés. [2]

Dès l’épisode 4, l’identité de Spider-Man est révélée. Il va falloir ramer pour la dissimuler à nouveau...
Stan Lee & Steve Ditko (c) Marvel

La suite est connue : Peter Parker travaillera pour le plus grand ennemi de Spider-Man : le magnat de la presse J. Jonah Jameson, à la tête de Now Magazine (le Daily Bugle n’arrive que plus tard), lequel inaugure une impressionnante galerie de "méchants" que Stan Lee et Steve Ditko vont animer avec une déconcertante facilité.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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- Lire la deuxième partie : Spider-Man fête 50 ans (2/4) : Un générateur de "super-vilains"

- Lire la troisième partie : Spider-Man fête ses 50 ans (3/4) : De John Romita Senior à Todd Mcfarlane... La vie tourmentée de Spidey

- Lire la quatrième partie : Les 50 ans de Spider-Man (4/4) : Du début du millénaire jusqu’à aujourd’hui

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Toutes les images sont (c) Marvel Comics

[1Nous vous renvoyons à l’excellente étude de Tristan Lapoussière (Dir.) dans The Steve Ditko Index (2 vol.), Recherche d’Etudes Bibliographiques ès Comics Américains REBECA, Le Vauroux, 1997.

[2Spider-Man Vs. The Chameleon, planche 4.