Spider-Man pour les nuls

21 avril 2014 1 commentaire
  • À la fin de ce mois d'avril, Spider-Man va essayer pour la cinquième fois de capturer dans sa toile les spectateurs du monde entier avec un nouveau film. L'éditeur Panini profite de l'occasion pour proposer une anthologie des histoires courtes les plus marquantes de la carrière de l'homme-araignée. Est-ce que ce recueil rend hommage à ce célèbre personnage qui affiche déjà plus d'une cinquantaine d'années au compteur ?

L’ambition de cet album est de présenter des histoires courtes qui ont marqué la carrière de Spider-Man, des histoires qui permettent de comprendre les principes fondamentaux du personnage et les évolutions qu’il a pu connaître au fil des décennies. [1]

Ces histoires sont accompagnées de nombreux articles qui permettent d’avoir d’une vision d’ensemble, et même précise, de l’univers de l’histoire de ce personnage. Il s’agit là d’une démarche bienvenue qui permet aux néophytes d’accéder immédiatement à une connaissance sûre du personnage, et aux amateurs d’en compléter la vision.

L’anthologie débute avec les premières aventures du héros signées du duo Stan Lee/Steve Ditko en 1962 : on y retrouve dès ces premières pages toute la tragédie qui va marquer jusqu’à nos jours le personnage et le rendre si attachant aux yeux des lecteurs.

Si vous n’avez pas connaissance de la genèse de ce super-héros, en voici les grandes lignes : Peter Parker est un orphelin élevé par son oncle et sa tante dans le Queens, à New York. Passionné de sciences, le jeune homme visite un jour une exposition scientifique consacré aux radiations. Lors de sa visite, il est mordu accidentellement par une araignée irradiée : cette morsure lui confère des pouvoirs surhumains comme celui de s’accrocher à n’importe quelle surface ou de pressentir instinctivement un danger avant qu’il ne se produise.

Spider-Man pour les nuls
En 1962, Spider-Man se lance à l’assaut du monde.
© Marvel - Panini Comics

Peter profite de l’occasion pour se faire de l’argent et aider financièrement la modeste famille qui l’a élevé. Grâce à son agilité et à sa force, il parvient à se faire un nom dans le milieu du catch et de la télévision. Cette réussite rend Peter égoïste : il refuse d’aider les forces de l’ordre à arrêter un cambrioleur dans les studios de télévision, alors même qu’il avait la possibilité de l’arrêter.

À son détriment : quelques semaines plus tard, le même cambrioleur tue son oncle lors de l’un de ses nombreux méfaits. « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » lui avait enseigné l’oncle Ben, victime de ce meurtre... De la culpabilité de cette faute morale va naître le nouveau justicier de New York : Spider-Man.

Après cette introduction, l’anthologie propose des histoires de Stan Lee correspondant aux premières années du personnage. On retrouve le scénariste en binôme avec Steve Ditko dans les épisodes qui expliquent la haine que voue le magnat de la presse J. Jonah Jameson au super-héros, puis avec John Romita Sr, le temps d’une histoire où Peter a failli renoncer à son rôle, le poids du costume étant devenu trop lourd à porter pour sa vie privée.

Les choix d’histoires opérés dans ce recueil sont judicieux et marquants, le lecteur pouvant comprendre à travers ces récits incontournables les difficultés auxquelles se retrouve confronté l’homme-araignée dans sa vie de tous les jours.

Un Spider-Man sûr de sa vocation et de sa mission.
© Marvel - Panini Comics

On retrouve ensuite un classique parmi les classiques des années 1970, écrit par Gary Conway et dessiné par Gil Kane : La Mort de Gwen Stacy. Il s’agit là d’un épisode incontournable pour n’importe quel amateur de Comics, mais aussi une lecture chaudement recommandée pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir le personnage de Spider-Man dans sa dimension tragique : drogue, paranoïa, vengeance, violence et humanité sont au rendez-vous de ce drame qui a traversé les décennies et constitue une très bonne pioche pour ce recueil.

Un moment décisif dans la vie de Spider-Man : la mort de sa fiancée Gwen Stacy.
© Marvel - Panini Comics

L’anthologie nous fait aussi le plaisir de nous présenter une histoire incontournable des années 1980 née de la collaboration entre David Michelinie et Todd McFarlane : l’introduction de Venom, un antagoniste on ne peut plus marquant de l’univers de l’homme-araignée. Négatif de Spider-Man, Venom est violent, assoiffé de vengeance et diaboliquement mortel grâce aux pouvoirs surhumains que lui procure son symbiote extra-terrestre (que Peter a porté quelques temps après le crossover des années 1980 qui prenait place dans l’espace, Les Guerres secrètes). Une autre référence qui donne du crédit aux choix opérés pour composer cette anthologie.

Venom (Eddy Brock) affiche déjà un sourire carnassier qui n’aura de cesse plus tard d’évoluer vers quelque chose de plus en plus monstrueux.
© Marvel - Panini Comics

Pour illustrer les années 1990, le choix s’est porté vers le travail de John Marc DeMatteis et Sal Buscema. Dans l’aventure proposée, Peter et sa femme Mary-Jane vont devoir subir les foudres de leur ami Harry qui vient de sortir de prison et ne rate pas l’occasion pour reprendre le costume du Bouffon vert. Là encore, le choix ici opéré est pertinent pour l’anthologie, notamment parce qu’il permet une nouvelle fois de creuser la question des répercussions des actes héroïques de Spider-Man sur la vie quotidienne de Peter Parker tout en apportant sa puissante dramaturgie au recueil.

En ce qui concerne les années 2000, c’est bien évidemment l’incontournable run de John Michael Straczynski et de John Romita Jr qui a été retenu (le duo est lauréat d’un Prix Eisner en 2002).

On retrouve également dans ce recueil un épisode intéressant relatif aux quarante ans de Spider-Man : les circonstances amènent Peter à voyager dans le temps, passé et futur compris, et il se retrouve confronté aux différents choix fondamentaux qu’il a pu vivre dans sa vie. Est-ce que Spider-Man peut se permettre de modifier son destin ? De plus, le recueil nous propose un récit qui transcende son média : l’épisode où Spider-Man est confronté aux attentats du 11 septembre 2001 à New York.

Spider-Man face à une indiscible horreur : celle des attentats du 11 septembre 2001 qui touche sa ville.
© Marvel - Panini Comics

Épisode singulier s’il en est, ce récit est un témoignage vibrant de la société américaine suite à ce traumatisme. Poignant et porté par un travail impeccable au dessin de Romita, le lecteur est invité à une mise en abyme inédite : quel super-héros peut-il être plus héroïque que la femme ou l’homme de la rue qui se sacrifie pour son prochain dans une situation aussi critique ? Une nouvelle fois, un épisode incontournable dans la carrière de Spider-Man.

Même dans l’univers Ultimate, le lien qui relie Mary-Jane à Peter est important.
© Marvel - Panini Comics

Malheureusement, toute l’anthologie n’est pas du calibre évoqué précédemment : de nombreuses histoires qui complètent la carrière du personnage durant les années 2000 ne sont pas aussi marquantes. Ainsi se risque-t-elle à faire un détour par la version Ultimate du personnage (un univers parallèle de l’univers classique), mais le récit choisi est bien trop anecdotique et ne rend pas hommage au travail remarquable de Brian Michael Bendis sur le tisseur de toile.

De même, l’épisode on ne peut plus commercial publié lors de l’investiture de Barack Obama en 2009 est présent dans ce recueil : certes le clin d’œil fait à l’Histoire en marche peut faire sourire, mais le fond de cet épisode est assez indigent et loin des standards des grandes aventures présentées auparavant (ce qu’il ne l’empêche pas d’être l’un des épisodes les mieux vendus de l’histoire du super-héros).

Une rencontre placée sous le signe de l’intérêt mutuel : celle de Spider-Man et de Barack Obama.
© Marvel - Panini Comics

Je suis Spider-Man est une anthologie de qualité. Les choix qui ont été faits sont pertinents et mettent principalement l’accent sur le côté tragique de ce super-héros. Le caractère ironique et même humoristique de l’homme-araignée n’apparaîtra pas au néophyte dans cette première approche du personnage, mais on ne peut pas tout avoir du premier coup.

Toutefois, l’anthologie n’est pas exempte de regrets : pourquoi ne pas avoir ménagé ne serait-ce qu’une confrontation avec le Docteur Octopus ? Pourquoi ne pas avoir placé des épisodes qui ont fait date comme le mariage de Mary-Jane et de Peter ? Quid de l’épisode où Peter révèle son identité publiquement, sur les conseils de Tony Stark/Iron Man, durant Civil War ? Pourquoi cette absence de Felicia Hardy/Chatte noire dans le recueil (une aventure plutôt récente de Mark Millar et Terry Dodson aurait fait l’affaire) ? Pourquoi ne pas avoir tenté, pour illustrer l’univers Ultimate, d’insérer la disparition de Peter Parker, voire l’introduction du jeune Miles Morales avec ce costume ?

Ces considérations engagées ne remettent cependant pas en question l’efficacité de ce recueil qui propose une première approche solide de l’univers de l’homme-araignée.

(par Romuald LEFEBVRE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Je suis Spider-Man – Collectif – Panini Comics

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[1Amazing Fantasy 15, 1962, Stan Lee & Steve Ditko.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #1, 1963, Stan Lee & Steve Ditko.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #50, 1967, Stan Lee & John Romita Sr.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #121-122, 1973, Gerry Conway & Gil Kane.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #300, 1988, David Micheline & Todd McFarlane.
Spectacular Spider-Man (vol. 1) #200, 1993, J.M. DeMatteis & Sal Buscema
Amazing Spider-Man (vol. 1) #500, 2003, J.M. Straczynski & John Romita Jr.
Amazing Spider-Man (vol. 2) #36, 2001, J.M. Straczynski & John Romita Jr.
Ultimate Spider-Man #13, 2001, Brian M. Bendis & Mark Bagley.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #248, 1984, Roger Stern & Ron Frenz.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #583, 2009, Zeb Wells & Todd Nauck.
Amazing Spider-Man (vol. 1) #601, 2009, Brian M. Bendis & Joe Quesada.

 
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