Spirou & Fantasio - T48 : L’Homme qui ne voulait pas mourir - Par Morvan & Munuera - Dupuis.

6 octobre 2005 1 commentaire
  • Jamais un album de {Spirou & Fantasio} ne se sera aussi bien vendu: plus de 210.000 personnes ont acheté {[Paris-Sous-Seine->1719]}. Succès populaire ou succès de curiosité? Les deux, sans doute. De nombreux lecteurs et critiques n'ont pas retrouvé l'esprit des personnages emblématiques des éditions Dupuis dans cette histoire au rythme de lecture enlevé et à l'intrigue squelettique. Dans le deuxième album, les auteurs ont remis les compteurs à zéro.

Le graphisme du premier volet laissait également à désirer. On sentait que Munuera ne dominait pas complètement les caractéristiques graphiques des personnages principaux. Dans leur deuxième album des aventures de Spirou, L’Homme qui ne voulait pas mourir, Morvan et Munuera se sont, semble-t-il, remis en question. Ils réajustent le tir pour nous offrir un album beaucoup plus maîtrisé. Pour ce faire, ils nous trouvent une suite inattendue à l’album Spirou et les Héritiers, le quatrième album de la série, dessiné par André Franquin.

Fantasio se rend dans la maison de son oncle, Tanzafio, pour l’entretenir et y faire le ménage. À peine s’est-il mis à l’ouvrage qu’une ombre décharnée mais énergique fonce sur lui, le bouscule et s’échappe dans le jardin. Des inconnus en imperméable surgissent de nulle part et coursent le fuyard. Fantasio suit le mouvement... Le fugitif n’a qu’une seule idée en tête : se rendre dans la remise du bâtiment pour y boire le précieux liquide qui lui rendra sa jeunesse et ses traits d’antan.

Fantasio découvre avec stupéfaction que ce moribond ragaillardi par le breuvage n’est autre que son oncle. On le disait mort !

Les deux inconnus qui poursuivaient l’oncle sont des hommes de main de Zantafio, le maléfique cousin de Fantasio. Ce dernier surgit et menace maintenant les deux membres de sa famille de son arme.

L’oncle explique alors qu’il a fait une découverte fantastique lors de l’un de ses voyages : il a trouvé au Guaracha, un pays d’Amérique latine proche de la Palombie, une source de jouvence qui lui assure une vie éternelle. Il doit cependant boire régulièrement de cette eau pour que son corps ne tombe pas décrépitude.

Zantafio s’empare aussitôt du plan qui indique où se trouve la source. Une course-poursuite démarre entre les deux hommes. Appellés en renfort, Spirou et Spip vont évidemment accompagner Fantasio et son oncle sur les traces du peu scrupuleux Zantafio. Au fin fond de la jungle sud-américaine.

Les nostalgiques des aventures de Spirou et Fantasio, réalisées par Franquin et même par Tome & Janry, risquent d’être à nouveau déstabilisés en lisant L’Homme qui ne voulait pas mourir ! Morvan et Munuera cherchent à s’approprier la série en dynamisant la narration, tout en tentant de rester fidèles à l’univers mis en place par leurs prédécesseurs.

Même si certains lecteurs seront gênés par une représentation plus épurée (plus proche d’un dessin animé) des personnages, le dessinateur espagnol a néamoins su placer sa caméra dans des coins inattendus, produisant ainsi des plans qui ne manquent pas d’audace.

Munuera tente d’autres effets graphiques plus dérangeants, par exemple la duplication d’une partie du corps d’un personnage pour suggérer le mouvement, comme dans une animation. Certains de ces effets sont réussis, d’autres alourdissent inutilement le dessin et la lecture.

Jean-David Morvan nous propose là un scénario émaillé de clins d’oeil aux précédents albums de la série comme à d’autres de ses albums. Il nous sert une formidable intrigue, malheureusement gâchée par une trop longue course poursuite (en fantacoptère et puis par bateau). Il aurait été sans doute préférable que nos héros passent plus de temps avec les indiens du Guaracha, qui se révèlent particulièrement attachants.

La prochaine histoire se déroulera au Japon. Sera-il l’album de la réconciliation entre les anciens et les nouveaux lecteurs de Spirou ? On ne peut que l’espérer : les auteurs trouvent peu à peu leurs marques dans cet univers, étape nécessaire pour la porter vers d’autres sommets.

(par Nicolas Anspach)

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1 Message :
  • De l’audace, de l’audace, encore de l’audace !

    Il ne suffit pas de placer sa caméra "dans des endroits inattendus", de multiplier les angles de vues, au risque de perdre le principe de séquentialité et de clarté du récit, pour faire une bonne bande dessinée. Au contraire, le regard se perd, la linéarité en prend en coup et l’action perd de son sens. L’équilibre des masses, dans la composition de la page, est mis à mal... Bref, le risque est grand de l’écueil esthétique...

    Avec son esthétique qui lorgne vers le manga tout en simplifiant (je ne dirait pas "en épurant") les dessins des personnages à l’extrême, dans une tendance dynamique de dessin animé, cet album me paraît encore moins réussi que le précédent.

    La structure du scénario (si on peut parler de structure) fait également immanquablement penser à un dessin animé.

    La reprise d’éléments anciens qui ont fait la gloire de la série (allusion à la naissance de Spirou par Rob-Vel, référence à l’album Spirou et les Héritier, mais également à Spirou à Moscou) est une des recettes souvent utilisées (jusqu’à la corde) par les développeurs de scenarii de dessins animés issus de séries de bandes dessinées.

    Réutiliser des éléments scénaristiques, faire appel aux anciens titres... c’est peut-être aussi démontrer une faiblesse intrinsèque : l’incapacité de créer du neuf, une histoire indépendante.

    Malgré les appels en bas de page, les clins d’oeil et les inévitables rémininiscences et réutilisations de personnages, Fournier, Tome et Janry avaient réussi l’impossible pari : faire revivre Spirou sans faire de bête décalque de Franquin ni vivre sur son héritage. Ici, la reprise est écartelée entre cette esthétique moderniste, pour ne pas dire "jeuniste" et ces scripts qui s’accrochent aux titres passés.

    Pas d’originalité dans cette nouvelle reprise, mais... simplement de l’audace. Comme je l’écrivais en préambule, ça ne suffit pas à faire une bonne bande dessinée. Munuera était bien plus à l’aise dans ses Merlin, qui étaient de petits bijoux.

    Bien entendu, ce n’est que mon opinion, toute personnelle. Malgré ses défauts, j’ai attendu l’album avec impatience et l’ai lu avec intérêt. Il apporte tout de même une pierre nouvelle à l’édifice.

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