Staline : La véritable histoire vraie

9 avril 2020 2
  • Après Hitler, le duo Swysen et Ptiluc s’attaque à un autre des « grands méchants » de l’Histoire de l’humanité ! Joseph Staline devient un ours qui, sous des dehors souvent débonnaires, cache une cruauté innommable !

Il aurait dû être cordonnier, sous la houlette d’un père brutal et incapable d’imaginer un autre destin que celui de pauvre hère dans un monde dominé par les nantis, tsars et compagnie. Il aurait pu devenir prêtre et aider les ouvriers, les moujiks, à ne pas accepter leurs conditions de (sur)vie.

Iossif Vissarionovitch Djougachvili, se faisant appeler Koba, du nom d’un héros populaire de sa Géorgie natale, a préféré unir son destin à la révolution, la plus sanglante d’abord, la plus politique ensuite, la plus totalitaire finalement. Il est devenu Joseph Staline, un des dictateurs les plus meurtriers du vingtième siècle.

Staline : La véritable histoire vraie

Et cet album nous le raconte. Ou, plutôt, nous le montre racontant sa vie à un fonctionnaire qui, on le sait, ne va pas survivre à ses confidences. C’est un peu, en voix off, un Papy qui se souvient de son existence, qui l’enjolive très peu, qui reste fier de tous ses débordements, de son enfance difficile, de ses crimes, de la religion qui l’a fait athée, et du pouvoir absolu que le Socialisme de Lénine lui a offert !

La thématique de cette collection de chez Dupuis n’est pas de faire œuvre didactique et pédagogique lourde, mais, tout au contraire, de nous montrer de près les pires des humains qui, qu’on le veuille ou non, ont été à la source de notre société contemporaine. Et de le faire par le biais, à la fois, de la vérité historique avérée et d’une manière graphique d’aborder cette vérité de façon décalée, en pratiquant ainsi un humour parfois sombre, souvent cynique, mais toujours fidèle aux buts affichés de cette collection : éveiller la mémoire du passé pour qu’il ne se reproduise plus !

Et dans cet album-ci, on sent la liberté que s’est octroyée le dessinateur Ptiluc, dans la mise en scène du scénario de Bernard Swysen.

L’anthropomorphisme graphique de Ptiluc fait merveille, incontestablement, dans cette approche très particulière de l’Histoire, dans ce qu’elle peut avoir de plus « répugnant ». Son trait souple, ses personnages se faisant, animaux, la caricature des humains et de leurs dérives, la réalisation de ses décors, qui, dans une sorte de flou mettant en évidence les personnages, tout cela participe à une distanciation nécessaire pour un récit de ce genre.

Ptiluc, en tant qu’auteur, est né dans la filiation des plus grands novateurs de la bande dessinée, de Franquin à Delporte, en passant par les grands auteurs réalistes. Il a choisi la voie de l’humour, toujours, de l’anti-réalisme, même, pour ne jamais arrêter de caricaturer, et donc de critiquer, le monde qui est le sien, qui est le nôtre. Ptiluc est un auteur qui a un regard, un vrai regard, tout comme celui de ses personnages…

Dans ce livre, il y a un travail commun de deux complices très différents l’un de l’autre. D’une part, il y a Bernard Swysen, l’auteur d’un scénario qui, historiquement, se doit d’être parfaitement documenté, et, d’autre part, il y a Ptiluc, un dessinateur qui se fait metteur en scène pour faire passer au mieux, derrière la narration biographique, ses idées sur le bien et le mal, sur l’utopie et les barrières de la réalité politique, sur le pouvoir qui est toujours un jeu de dupes, sur ces dictatures qui, finalement, semblent condamnées à toujours se recommencer !...

Agrémenté d’une préface signée par Marie-Pierre Rey, historienne spécialiste de la Grande Russie, agrémenté aussi d’un petit dossier simple en fin de volume, ce « Staline » est un livre qui se lit avec plaisir, même si, parfois, les dialogues sont un peu trop présents, reconnaissons-le.

Et le plaisir est aussi celui d’une mémoire qu’on réveille, qu’on éveille même, sans doute, chez pas mal de lecteurs. Mémoire d’une horreur trop oubliée de nos jours, mémoire de l’avènement d’une dictature déshumanisante toujours possible, souvent réelle, même, encore, de nos jours. La réussite est au rendez- vous, sans aucun doute, de ce livre qui ose, avec le sourire, nous parler du quotidien de l’horreur !

Sept volumes sont déjà parus dans cette collection, et tous méritent d’être découverts. Je me demande si le directeur et scénariste de cette collection, Bernard Swysen, aura le courage un jour de nous offrir, dans la même veine des « vrais grands méchants de l’Histoire », un album consacré à Napoléon… Il y aurait là, me semble-t-il, un vrai courage éditorial !...

(par Jacques Schraûwen)

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2 Messages :
  • Staline : La véritable histoire vraie
    12 avril 2020 18:00, par Breugnol

    Les prochains titres de cette collection seront ils consacrés à Mao (la "révolution culturelle" des dizaines de millions de morts), ou à Pol Pot (un quart de son peuple mourut de ses sévices,) ?
    Je pose cette question parce que pendant qu’on nous bassine avec les exactions de Hitler, Mussolini, Pétain, et autres Pinochet, la mouvance communiste me semble être très discrète sur le sujet.
    Donc maintenant, il faudrait peut-être qu’ils fassent à leur tour aussi repentance, et présentent leurs excuses publiques.
    Sinon, ces livres auront au moins le mérite d’informer et d’instruire.

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    • Répondu par jacques schraûwen le 13 avril 2020 à  07:35 :

      Je crois sa voir qu’un livre consacré à Mao existera, oui... Cela dit, votre réaction m’étonne dans la mesure où ce livre-ci, justement, nous parle des exactions dues à un régime communiste ! Cela dit, aussi, la repentance et les excuses publiques n’auront jamais, à mon sens, que négation de l’Histoire. On ne peut pas, et c’est une simple règle scientifique, juger le passé à partir du ressenti du présent. Mais ce qu’on doit faire, et cette série d’albums y aide, c’est garder mémoire de ce qui fut et ce qui ne peut plus être !.... La mémoire, donc l’éducation, !...

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