Stéphane Heurteau signe deux livres sur l’Ankou...

19 octobre 2004 0
  • Après avoir signé un superbe voyage onirique, {Itinérêve d'un Gentilhomme d'Infortune}, {{Stéphane Heurteau}} revient à une bande dessinée plus classique en publiant {Winston Hoggart} (chez Carabas). Un livre aux ambiances proches de {X-Files} et de {Sherlock Holmes}. Herteau signe également ce mois-ci les illustrations pour l'{Ankou, Voyage Au Pays des Morts}. Nous avons rencontré cet auteur, à l'œuvre atypique, afin d'en savoir plus...

Tu signes ce mois-ci les illustrations de l’Ankou, Voyage Au Pays des Morts. Comment est né ce projet ?

Stéphane Heurteau signe deux livres sur l'Ankou...Je désirais réaliser un livre sur ce thème depuis des années. Albin Michel était intéressé par cette démarche, mais nous n’étions pas sur la même longueur d’onde quant à la manière de le traiter. Je voulais réaliser un livre plus « onirique », et l’éditeur voulait quelque chose de plus « littéraire ». Je savais que Dieter souhaitait écrire un livre illustré... Il a été très enthousiaste à l’idée de travailler avec Elisabeth Haroche, directrice littéraire aux éditions Albin Michel, et moi-même ! Cela fait trois ans que nous y travaillons ensemble, et Elisabeth s’y est tellement impliquée que je pourrais presque dire qu’elle en est également « auteur ».

Ce projet est pratiquement né au Festival Quai des Bulles à Saint-Malo ...

Oui. J’avais un rendez-vous avec Elisabeth à ce festival, et elle est tombée sur une de mes illustrations représentant l’Ankou. Elle s’est montrée très intéressée. Quelques heures après, Dieter me confie (à nouveau) qu’il aimerait travailler avec moi. Le projet a mis un an à se concrétiser, puis fut signé lors de l’édition suivante de Quai des Bulles ! Et l’Ankou, Voyage Au Pays des Morts paraîtra juste avant cette édition du festival, en plein Halloween... Vous avez dit coïncidence ?

Qu’est-ce qui t’a séduit dans le texte de Dieter ?

Nous voulions en faire un carnet de route des « enclos paroissiaux » de la région du Finistère, mais vu sous l’angle de la Mort. Dieter a établi quelques liens avec la Mythologie Bretonne. Cela ne pouvait que me séduire ! La trame de ce récit est d’une facture fort classique : un jeune clerc de notaire est envoyé dans le Finistère pour des raisons immobilières. L’action se passe fin du 19e siècle. Au fur et à mesure de ses rencontres, notre héros se retrouve confronté à la mort et sa représentation armoricaine, c’est-à-dire l’Ankou. Nous sommes finalement fort proches de la trame des grands romans classiques du genre, comme par exemple Dracula...

l’Ankou, Voyage Au Pays des Morts

La couverture de l’album est assez sombre et inquiétante...

L’album contiendra ce type d’ambiance : noire, mais jamais sanguinolante ou gothique. On en est parfois proche, mais nous ne passons à aucun moment dans le « côté sombre de la force ».

Quelles techniques graphiques as-tu utilisées pour ces illustrations ? Des encres acryliques ?

Des techniques mixtes : encres de chine, encres acryliques, acryliques, pastels secs, aquarelles et crayons gras. La plupart des illustrations sont réalisées en mélangeant ces outils...

Tu sembles décrire Elisabeth Haroche comme une personne proche des auteurs. As-tu l’impression d’avoir passé une étape en travaillant avec une structure plus importante que le Cycliste ou Carabas ?

Pas du tout ! J’ai de bonnes relations avec mes autres éditeurs. Mais il est certain qu’il est plus facile de travailler avec Albin car c’est une structure plus grande...

Tu souhaitais publier un quatrième album d’Itinérêve d’un Gentilhomme d’Infortune... Qu’est-il advenu de ce projet ?

J’ai effectivement envie de dessiner un nouvel album, qui donnerait aux lecteurs toutes les explications et toutes les clefs pour mieux comprendre cette série « atypiqu ». Quant à sa sortie ? Il faudrait demander aux éditions du Cycliste s’ils se sont enfin décidés à le publier ... Mais je suis prêt à m’y mettre le plus tôt possible. Le récit a pour cadre la contrée où vit Dracula. L’ambiance y sera plus noire et violente que dans les trois autres albums. Ces derniers étaient franchement bucoliques et contemplatifs.

Tu sors également le premier tome de Winston Hoggart (Les Chemins de l’Ombre), aux éditions Carabas. Pourrais-tu nous résumer l’intrigue ?

L’action se passe au début du 20e siècle. Deux musiciens anglais, Winston Hoggart et Andy Goodfellow, sont en tournée en Bretagne. Ils se retrouvent mêlés à une série de meurtres commis par l’Ankou ! Les atmosphères du récit sont à rapprocher de X-Files et de Sherlock Holmes...

Winston Hoggart

Tu travailles pour l’occasion avec un scénariste, Fanch Debois. Comment est née cette collaboration ?

Jean-Luc Istin (Les Contes du Korrigan) nous a mis en contact l’un avec l’autre. Le travail avec Fanch Debois est très agréable, car nous nous partageons le travail. Il s’est chargé du synopsis de l’histoire. Il me laisse beaucoup de liberté pour le découpage et la mise en scène...

Il me semble que tu reviens à un style graphique plus classique pour cet album...

Effectivement. J’avais envie de revenir à un style plus traditionnel, plus facile à comprendre pour le lecteur. J’ai mis de côté mes envies pour aller vers la demande du public. C’est aussi une des raisons qui m’ont poussé à accepter des collaborations avec des scénaristes.
Et puis, je cherche à modifier mon graphisme sur chacune de mes séries. Et là, je reviens à mes premières amours : le semi-réalisme.

Tu avais publié, en 2003, le premier album d’une trilogie : Le Miroir des Fantasmes. Un récit étrange et fort expérimental...

C’est une histoire à laquelle je tiens beaucoup. Je me suis énormément investi et documenté pour ce récit. Il s’agit d’un conte décalé, que l’on pourrait rapprocher de Brazil (Terry Gilliam) ou d’une histoire surréaliste de Boris Vian.
C’est avant tout une histoire d’amour fort classique dans un univers qui ne l’est pas.

L’histoire se passe sur « Là ». Ambre est mariée, et mère de deux enfants. Chaque fois qu’elle se regarde dans son miroir, elle voit une sorcière. Jusqu’au jour où elle rencontre Otto. À ce moment-là, l’image reflétée dans le miroir va progressivement changer, et devenir très belle. Sauf que c’est elle qui se transforme en sorcière !

Elle habite « Ici » et Otto habite « Ailleurs ». Leur rêve, c’est de vivre loin, car c’est mieux « qu’ici » et pas plus mal « qu’ailleurs »...

Tout le monde est obligé de travailler à « l’Uzine » gérée par un patron, un despote tyrannique. Jusqu’au jour où le marchand de sable, un terroriste, conteste l’autorité du patron ...

Winston Hoggart

Quels sont tes projets ?

Je vais bientôt m’atteler aux premières pages du tome 2 de Winston Hoggart pour les éditions Carabas... J’ai différents projets avec Serge Perrotin (Lance Crow Dog) et avec Fanch Debois. Ma collaboration avec Dieter va probablement continuer...

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Soulignons que les planches de Stéphane Heurteau seront mises en valeur au Festival Quai des Bulles de Saint-Malo (du 29 octobre au 31 octobre 2004), au travers d’une magnifique exposition orchestrée par Alain Goutal.

Images :

© Heurteau, Dieter & Albin Michel pour « l’Ankou, Voyage Au Pays des Morts »

© Heurteau, Fanch Debois & Carabas pour Winston Hoggart

Photo © Heurteau

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