Superman a 70 ans

1er juin 2008 14 commentaires
  • Le 1er juin 1938, Superman naissait sous la plume de Jerry Siegel et Joe Shuster. Plus qu’un personnage de BD parmi d’autres, il est devenu une figure mythique, d’abord l'incarnation du désir de l’immigré de s’intégrer à la nation américaine, ensuite symbole de sa superpuissance.
Superman a 70 ans
La première apparition de Superman en 1938

Quelle belle figure que Superman ! Umberto Eco ne s’y est pas trompé qui le classait d’emblée au rang de mythe [1], une forme vide dans laquelle chacun pouvait s’investir. Foncièrement, Siegel & Shuster n’inventent rien : les héros en collant existent avant leur créature (Brick Bradford (1933), Flash Gordon (1933)…), la double identité qui travestit Superman sous le nom de Clark Joseph Kent est déjà présente dans Zorro (1919)… Quant aux héros dotés de super-pouvoirs, la Bible et l’Olympe en sont remplis. Il est néanmoins le fondateur d’une industrie qui prospère jusqu’à aujourd’hui : le comic-book de super-héros.

Ce mythe contemporain doit peut-être son succès au fait que leurs auteurs en ont été dépossédés d’emblée, vendant leur personnage à vil prix à leur éditeur DC Comics. Dès lors, une multitude d’artistes ont pu s’en saisir, investissant chacun un bout de leur A.D.N. créatif dans cet archétype de la bande dessinée mondiale. Dans les années 1940, cette création de deux petits Juifs rencontrés dans un lycée de Cleveland était une sorte de fantasme de soldat absolu, seul capable de combattre le mal dans une communauté internationale qui se peuplait peu à peu de dictateurs : Mussolini, Staline, Hitler… Après la guerre, il sut s’adapter aux goûts changeants du public en dépit de l’arrivée de super-héros plus sophistiqués que lui (Batman, X-Men, Spider-Man…). Mais il reste indéboulonnable car il rassemble un matériau mythique fondamental où l’on retrouve des échos de la Bible (Moïse, Samson, la Messie…), de la tradition juive (le Golem…), au point que les nazis en premier ont pu stigmatiser, en s’appuyant sur les origines juives de ses créateurs, la judéité du personnage !

Superman par Alex Ross
© DC Comics

C’est évidemment le cinéma qui a construit son image universelle. Des dessins animés des Fleischer dans les années 1940 à ceux des années 1970, en passant par les films live plus récents comme le feuilleton Smallville, Superman a réussi à traverser les âges et à subsister sur tous les supports. C’est là que se niche sa dimension mythique, et ce n’est pas le moindre de ses exploits.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Les illustrations sont © DC Comics

Les albums de Superman sont publiés en France par Panini Comics.

[1in Communications N°24, la bande dessinée et son discours, pp.24 à 40, Paris, 1976.

 
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14 Messages :
  • Superman a 70 ans
    1er juin 2008 10:38, par THOMAS HUTEAU

    On en a parlé, ce matin à 08h, sur France Info, avec une interview de Mr. Didier PASAMONIK

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  • Superman et Spirou ont 70 ans
    1er juin 2008 11:16

    "Ce mythe contemporain doit peut-être son succès au fait que leurs auteurs en ont été dépossédés d’emblée, vendant leur personnage à vil prix à leur éditeur DC Comics."

    Il manque un point d’interrogation dans cette phrase. Ce point est pourtant celui d’une question importante : celle du séculaire combat entre le copyright et le droit d’auteur.

    Le copyright défendrait-il mieux l’idée d’oeuvre collective ? Possible. En tout cas, ce qui est certain, c’est que le droit d’auteur protège mieux l’expression d’un individu.

    Cette année, on fête les 70 ans d’un autre héros en costume. Spirou est la propriété des éditions Dupuis. Dès lors, une multitude d’artistes ont pu s’en saisir, investissant chacun un bout de leur A.D.N. créatif dans ce petit bonhomme de la bande dessinée européenne.

    Maintenant, si Siegel et Shuster avaient été protégés par le droit d’auteur, qui sait ce que serait devenu Superman ? Un personnage comme Tintin ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 1er juin 2008 à  11:34 :

      Il manque un point d’interrogation dans cette phrase.

      L’hypothèse exposée par le vocable "peut être" suffit sans qu’on ait à ajouter un point d’interrogation. La langue française est précise. Inutile de porter une ceinture quand on a des bretelles...

      Le copyright défendrait-il mieux l’idée d’oeuvre collective ?

      C’est exactement l’interrogation qui sous-tend l’article, merci de le souligner.

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      • Répondu le 1er juin 2008 à  12:11 :

        L’hypothèse exposée par le vocable "peut être" suffit sans qu’on ait à ajouter un point d’interrogation. La langue française est précise. Inutile de porter une ceinture quand on a des bretelles...

        Je ne parlais pas de grammaire. Vous posiez, avec votre "peut-être", une question pertinente et je me contentais de la souligner.

        Le copyright défendrait-il mieux l’idée d’oeuvre collective ?

        C’est exactement l’interrogation qui sous-tend l’article, merci de le souligner.

        Sans parler "gros sous", suivant les cas, le copyright est plus intéressant artistiquement que le droit d’auteur. Je me suis souvent demandé s’il ne serait pas intéressant d’avoir le choix entre les deux systèmes. Mais comment rendre les choses possibles en évitant des abus ? Vaste débat qui pourrait "peut-être" faire l’objet d’une université de la BD...

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 1er juin 2008 à  12:31 :

          Sans parler "gros sous", suivant les cas, le copyright est plus intéressant artistiquement que le droit d’auteur. Je me suis souvent demandé s’il ne serait pas intéressant d’avoir le choix entre les deux systèmes. Mais comment rendre les choses possibles en évitant des abus ? Vaste débat qui pourrait "peut-être" faire l’objet d’une université de la BD...

          Sans entrer dans la technique juridique (je vous renvoie à la fiche Wikipedia très bien faite), la différence est simple : dans le cas de Spirou ou Superman, seul l’éditeur est décisionnaire et peut débarquer l’auteur quand ça lui chante. Dans le cadre du droit d’auteur, le créateur ne peut pas être aussi difficilement débarrassé de son œuvre.

          Plein de personnages européens appartiennent à leur éditeur : Spirou, Blake & Mortimer, Pif, Boule & Bil, Modeste & Pompon, Achille Talon... Parce que les ayant-droits leur ont cédé le personnage par contrat.

          Il est donc parfaitement possible de gérer des séries comme le font les Américains en dehors du droit sur le Copyright. Mais je laisse les lecteurs juristes qui nous lisent ajouter leur commentaire à ce fait.

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          • Répondu le 1er juin 2008 à  12:52 :

            Plein de personnages européens appartiennent à leur éditeur : Spirou, Blake & Mortimer, Pif, Boule & Bil, Modeste & Pompon, Achille Talon... Parce que les ayant-droits leur ont cédé le personnage par contrat.

            Si un auteur veut que sa création lui survive et que son adaptation en dessin animé ou en prise de vue réel puisse se développer sereinement, céder ses droits à un éditeur est "peut-être" la plus sage solution.

            Je ne suis pas juriste mais je vais poser la question à celui qui s’occupe de mes contrats...

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  • Superman a 70 ans
    1er juin 2008 13:03, par Gill

    Pour vérifier si la judéité de ses auteurs a une réelle importance dans leur envie de créer cette série, on pourrait consulter les premiers épisodes :

    - Superman était-il un "Captain America" anti-nazi, formellement engagé dans la guerre contre les Allemands ou les Japonais (crâne rouge) ?

    - Superman n’était-il finalement rien d’autre qu’un fantasme d’adolescent, frêle et malmené, qui combat le crime organisé interne aux USA (ou autres super-humains), représentant les uns et les autres, de manière manichéenne, le "mal" à combattre ? Un "mal" individualiste et non politisé ?

    N’oublions pas qu’à cette époque, les "petits formats" comportaient quasiment tous cette pub-BD bien connue montrant un jeune homme hâve et maigre rêvant d’impressionner les jeunes filles grâce à une musculature et un bronzage que le produit devait procurer.

    A mon avis, le succès de l’INDUSTRIE du comics vient donc surtout de la psychologie adolescente traditionnelle qui en fait un "genre" éternel (vous l’avez prouvé en citant la Mythologie).

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  • Les américains comprendront-ils un jour que la BD peut traiter d’autre chose que de combats de super-héros ?

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    • Répondu par Jean-Paul Jennequin le 9 juin 2008 à  14:34 :

      Sans remonter à George Herriman ou Milton Caniff, on peut citer Robert Crumb, Art Spigelman, Chris Ware et Shaun Tan parmi les Américains qui ont fait autre chose que des BD de super-héros. Les deux derniers cités ont même eu des prix du meilleur au Festival d’Angoulême pour leurs œuvres. Si quelqu’un doit comprendre quelque chose, ce ne sont pas les Américains…

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    • Répondu par Harry Naybors le 9 juin 2008 à  14:47 :

      Les américains comprendront-ils un jour que la BD peut traiter d’autre chose que de combats de super-héros ?

      C’est quand même bien mal connaitre la BD américaine, M. Blondel...

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    • Répondu par christophe le 9 juin 2008 à  19:30 :

      reduire la bande dessinee americaine aux super-heros est un"jugement"ridicule",pour reprendre votre terme.C’est comme si on voyait que par le personnage d’asterix pour designer la bd franco-belge.de plus,c’est mesestimer tout un pan de la production americaine,notamment les independants et leurs artistes engages et sensibles(eisner,thompson,kubert,burns..).Quant aux editeurs mainstream(dc,marvel),ils sont capables d’engendrer des oeuvres certainement plus consensuelles,mais qui sont revelatrices des preoccupations de nos societes actuelles (cf kingdom come,civil war ou la place du surhomme dans l’amerique post 2001)
      c’est la,toute la force des americains et leurs artistes:se remettre perpetuellement en question.quid d’asterix,retranche dans son village depuis 50 ans ?
      Merci de m’avoir lu.
      christophe

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  • Superman a 70 ans
    10 juin 2008 02:41, par Alex

    Discuter l’importance de la bd américaine hormis les super-héros est une discussion nulle et non-avenue. La bd de super-héros est une caractéristique typique de la bd américaine. Cela dénote aussi d’une profonde méconnaisssance de la bd de ce pays. Car bien avant Superman il y avait ceux que l’on appelait les "Mystery-Men". Tous avec des pouvoirs aussi étranges -et absurdes- les uns que les autres. Il y avait des héros avec des masques qui terrorisaient les bandits, d’autres pouvaient geler l’eau... Mais Superman était le premier à être FORT ! Quand à son costume, vous ne pouvez pas éluder les contraintes techniques d’impression de l’époque. Bleu, Rouge...

    Un peu intrigué par la phrase de Mr DP dans son article. Superman, devenu célêbre grâce au cinéma ? J’en doute. Il est vrai que la vague des serials -ou dessin animé... en 1ère partie- devait trouver un autre public mais toutefois l’accès à un comics était beaucoup plus aisé et moins cher qu’un ticket de cinématographe...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 juin 2008 à  09:04 :

      Je ne suis pas un spécialiste des comics mais il me semble que Gilgamesh, Samson ou Hercule sont d’autres hommes forts bien plus anciens que Superman...

      Quant au succès généré par le cinéma, je ne parle pas seulement des serials des années quarante mais des usage récurrents sur une longue période. Il est probable que le Superman des années soixante-dix avec Christopher Reeve a accru sa notoriété de façon exponentielle.

      Dans les années quarante, les médias déterminants sont la radio où Superman apparaît en feuilletons dès cette époque et les journaux où il est distribué dès 1939 au travers des syndicates.

      Ce succès entraîne la nécessité de mobiliser d’autres équipes que les créateurs originaux et surtout (pour la radio) de nombreux scénaristes. Le récit des origines est considérablement modifié à la suite de ces apports.

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      • Répondu par Alex le 13 juin 2008 à  22:27 :

        "Je ne suis pas un spécialiste des comics mais il me semble que Gilgamesh, Samson ou Hercule sont d’autres hommes forts bien plus anciens que Superman..."

        Absolument ! Et d’ailleurs il me semble me rappeler qu’un avatar de Samson paraîssait dans un de ces magazines de "Mystery-Men" (Fantastic Comics, si ma mémoire est bonne). Finalement ils étaient très humains... très terriens en fait. Leurs pouvoirs, assez inexplicables et inexpliqués. Superman ? Il venait d’une autre planète (sa juiveté ?). Sans être un vrai spécialiste je ne crois pas me souvenir qu’un autre super-héros soit venu d’une autre planète à cette époque, me trompe-je ?

        "Dans les années quarante, les médias déterminants sont la radio où Superman apparaît en feuilletons dès cette époque et les journaux où il est distribué dès 1939 au travers des syndicates."

        Nous sommes bien d’accord, l’importance de la radio est énorme dans la construction du mythe du héros. Ou plutôt dans sa prolongation. Car la radio elle-même est la prolongation des mythes populaires développés par les "Pulps" eux-mêmes héritiers des "Dime novels", cette presse bon marché de la fin du 19e siècle. Elle-même influencée par le roman victorien, lui-même influencé... J’arrête la.

        Ce que je voulais dire c’est que non, la bd américaine n’est pas réductible au genre du super-héros. Il est déplorable néanmoins de mépriser ce genre, continuateur d’une riche tradition populaire. Comme vous l’avez démontré vous-même avec brio, Mr Pasamonik, on peut apposer sur ces mythes un corpus de références absolument confondant.

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