TRIBUNE LIBRE À YVES FRÉMION - Crise du scénario : crise de l’imaginaire ou crise de l’édition ?

18 avril 2020 40 commentaires
  • À qui analyse les décades écoulées, un phénomène saute aux yeux : depuis quasiment le début du siècle, alors que la qualité du dessin a fait des progrès considérables chez beaucoup d’artistes, la faiblesse congénitale des histoires est patente.

On en juge en constatant l’inflation ahurissante des scénarios non-originaux. Si l’on devait enlever de la liste des parutions :

- ceux qui reprennent des séries ou les personnages abandonnés par leurs auteurs d’origine ;
- les séquelles (par exemple « le fils de », « la jeunesse de », « le petit X » et autres) ;
- les biographies et biopics (y compris familiaux) ;
- les adaptations de romans à succès, de classiques, de films ;
- les récits tels quels d’événements historiques ;
- les récits tels quels d’actualité ou de faits-divers ;
- les autobiographies…

… il ne resterait plus grand-chose dans la production BD de notre époque.

Toutes ces catégories dominantes aujourd’hui ont en commun que leurs auteurs n’ont pas à faire un usage excessif de leur imaginaire personnel. Ils s’appuient sur ce qui leur est extérieur.

Certes, de tout temps, les auteurs ont utilisé ces truchements, et cela a donné des chefs d’œuvre qu’il serait mal avisé de contester. Mais quand cela devient l’essentiel d’un domaine, on peut s’inquiéter. Ce désolant manque d’originalité, de renouvellement, de créativité, ressemble à une résignation généralisée à la facilité.

TRIBUNE LIBRE À YVES FRÉMION - Crise du scénario : crise de l'imaginaire ou crise de l'édition ?
Le dernier Album d’Astérix par Ferri et Conrad. Un tel succès est bien évidemment tentant.
© Hachette / Albert-René

Ajoutons que, par ailleurs, certains genres se complaisent dans une éternelle répétition des clichés, avec des scènes cent fois vues, des personnages tous semblables (filles déshabillées et gros cons flanqueurs de coups de poings, elfes, dragons et autres stupidités néo-médiévales).

Ce qui interroge alors, c’est le constat parallèle de l’inflation du nombre de scénaristes, autrefois l’exception, alors qu’y faire appel est devenu la règle pour les dessinateurs. On peut en tirer des interrogations pas forcément cohérentes entre elles :

- la crise de l’imaginaire est-elle d’abord celle des dessinateurs qui, n’ayant plus d’idées, ont besoin d’une béquille narrative ?

- ce métier de scénariste est-il devenu si facile que même les moins doués se lancent dans cette activité, pourtant peu lucrative (sauf stakhanovisme) ?

- la valorisation patrimoniale récente de stars classiques du scénario (Goscinny, Charlier, Moore, Christin…) a-t-elle révélé des vocations massives ?

- les sujets-même, qui ne nécessitent pas un imaginaire démesuré, rendent-ils cette activité accessible à tous et toutes, d’où une arrivée massive en période de grand chômage ?

Mais ceci est contradictoire avec le fait que d’excellents scénaristes, pas tous âgés, sont sur le marché. Même si certains se sont laissés happer par le phénomène décrit ci-dessus, ils ont produit en parallèle des histoires réjouissantes d’originalité. On ne peut donc que déplorer de les voir céder parfois à plus de facilité.

Il est aisé de voir que l’élément rémunératoire joue en cette affaire un rôle majeur. Il est clair que reprendre une série qui marche, sans avoir à faire d’effort pour élaborer ce succès, est tentant. Comme est tentante la perspective de pouvoir vivre enfin de son travail. La gloriole y-afférente n’est pas à négliger non plus.

Le dernier Blake & Mortimer s’est offert plusieurs scénaristes, sans gain qualitatif probant.
© Ed. Blake et Mortimer.

Ce qui aux yeux du vulgaire peut alors passer pour un semblant d’excuse, passera aux yeux des gens de goût pour une faute aggravante. Un artiste ‒ puisqu’aujourd’hui le moindre tâcheron revendique cette appellation de prestige ‒ est quelqu’un qui élabore un univers personnel, qui ne saurait ressembler à aucun autre. Nul ne peut le reprendre après lui, nul ne peut l’imiter avec crédibilité (ou alors c’était un univers médiocre). Seulement le plagier, voire le parodier (ce qui est un autre genre). Cela n’exclut pas le travail en commun avec un autre auteur, ni un travail collectif, mais ce sont d’autres démarches élaborant des univers communs ou collectifs.

Cet univers élaboré peut/doit se nourrir du réel, des événements, de l’Histoire (comme des autres sciences), des personnages ayant existé, des œuvres qui ont précédé, mais cela ne doit pas se faire dans la copie, le démarquage, la répétition, le plagiat.

Je ne peux croire que tant de crayons habiles, que tant de raconteurs subtils puissent prostituer leurs talents à l’hypnose du succès prévu d’avance, du rejet du risque et de la facilité-reine. Je crois plutôt que les sollicitations alléchantes mais trompeuses de marchands, fort éloignés des défis de l’art, servent de fidèles soldats du veau d’or ; que leurs promesses enjôleuses enfument ces malheureux et malheureuses comme un excès de haschich ou d’opium un soir de fête post-confinement.

Oui, la faute est évidemment aux pires manipulateurs de l’édition ! Les éditeurs les plus commerciaux, les moins sensibles à la création de haut niveau !

Alors, ressaisissez-vous ! Laissez tomber ces BD mollasses, sans idées perso, ces reprises à la mords-moi-la-case et ces biopics juste bons pour Hollywood ! Du neuf ! Des idées ! Des personnages du XXIe siècle ! Des histoires qui nous clouent au mur au lieu de nous rappeler le déjà-vu ! Et finissez-en avec l’obsession commerciale de la série ! Les vraies réussites de ces dernières années étaient des one-shots. L’affaire du Covid-19 bouleverse nos habitudes. Profitez-en pour tout changer, c’est le moment !

Picsou a été repris par de nombreux dessinateurs (ici Don Rosa). Seul Disney en profite ! La Monnaie de Paris, paraît-il, a prévu de lui consacrer une exposition cette année.
© Disney

(par Yves FREMION)

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Photo en médaillon : Sophie Vigneau.

 
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40 Messages :
  • Je pense que les éditeurs et les lecteurs sont également coupables de cette possible "crise du scénario". La multiplication des séries, avec son lot de pépites et de navets, puis l’abandon en route d’une partie de celles-ci a renvoyé les lecteurs vers des sujets "connus".
    Veulent-ils lire au sujet de thématiques qu’ils maîtrisent, pour s’assurer de ne pas être déçus ? Ou juste compléter des séries qu’ils ont aimé en espérant retrouver le plaisir d’antan ?

    Il faut pourtant reconnaître que l’art des scénaristes est aussi et justement de reprendre des sujets éculés pour les tourner avec originalité ! Van Hamme n’a-t-il pas repris le point de départ de Ludlum pour lancer XIII ? De plus, Charlier lui-même n’avait pas lancé l’un des premiers préquels avec "La Jeunesse de Blueberry" ? N’a-t-on pas salué la reprise de Blake et Mortimer par Van Hamme et Ted Benoît ?

    Je pense que le monde change, et le public aussi. On peut dénombrer les scénarios navrants, mais l’on peut aussi compter les scénarios ingénieux qui n’ont "pas trouvé leur public". La faute aux scénaristes... ou au public ? Le débat reste ouvert, mais je pense juste qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

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    • Répondu le 18 avril à  09:34 :

      Le monde ne change pas. Les histoires sont les mêmes depuis Homère. En revanche, manque d’imagination de nos contemporains pour les raconter autrement.

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      • Répondu le 18 avril à  10:00 :

        Et j’ajoute que ce phénomène n’est pas nouveau et ne s’opère pas seulement dans la bande dessinée, la musique, l’architecture, le design, c’est pareil et cela dure depuis plus de 20 ans. L’art a été remplacé par les produits culturels. Preuve encore une fois que c’est la finance qui décide de tout.
        Faites un truc original, il ne se vendra pas. L’art n’est pas fait pour être rentable, le produit culturel, oui. Le public achète ce qu’il reconnaît. Le propre du produit culturel, c’est la série. Des Campbell’s soup cans à l’infini au menu d’un éternel banquet gaulois.

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  • que ce texte sent la naphtaline, que ces penseurs gauchos deviennent de vieux réacs, ahhh, c’était mieux avant, bien sûr qu’il y a des tâcherons, il y en a toujours eu, mais il y a de magnifiques scénarios originaux, il faut juste sortir des mêmes ornières de la pensée unique pour les lire.

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    • Répondu par Sergio Salma le 18 avril à  11:55 :

      Allons monsieur Frémion un érudit de votre trempe qui tombe dans les poncifs éculés. Non seulement on peut retrouver votre texte-coup de gueule depuis 100 ans un peu partout mais en plus c’est tellement plus complexe. Ne me dites pas que vous regardez les choses et le monde en 2020 comme vous le regardiez en 1968 je dis cette année mais j’aurais pu dire une autre, excusez la malice. Faut juste être un peu plus attentif. Si oui on a quitté définitivement les années1990-2000 qui avaient créé une nouvelle génération de lecteurs , il faut vraiment être distrait pour ne pas voir la quantité invraisemblable de
      bonnes bd. Le niveau des récits et des graphismes a monté simplement parce que de plus en plus d’auteurs et d’autrices débarquent avec une culture riche et un bagage forcément plus en plus large.plus éclectique.
      S’il y a beaucoup de reprises il y a aussi beaucoup de nouveaux bouquins de nouveaux personnages . Votre désastreuse analyse sur la série ou pas -série est par contre indéfendable. La bande dessinée depuis 125 ans a montré le génie créatif par le truchement de séries. Ce qui est important c’est l’extraordinaire variété. Et les infinies possibilités. Ces albums existent en grand nombre puisque tout a été démultiplié.
      Maintenant d’accord sur le fait que noyés dans les 5500 nouveautés ,on vive un drame . Mais parler de crise du scénario et accuser accabler les acteurs du métier c’est un peu court. J’ai commencé à lire la tribune en me disant tiens peut-être un avis éclairé mais en fait non c’est la pure banalité les clichés sur la création et l’argent émis sans la moindre nuance. Sinon
      avez -vous remarqué que les arts de la narration ont vu les choses bouleversées avec internet, avec les nouvelles technologies ? Pensez-vous que ça ne puisse pas influer sur l’humeur collective ? Vous n’allez pas devenir un Eddy Mitchell bougon et fermer les yeux sur l’ensemble des phénomènes et rester comme un triste nostalgique sur vos émotions anciennes et vos passiobs qui ,comme les neiges d’antan, ont fondu au soleil. Rendez-vous dans une librairie bien à -Chaland-dée pour passer en revue les bouquins sortis depuis 4 ou 5 ans. J’en ai connu des gens qui décrochent de la bd.ou du cinéma ou des voyages... Vous savez ,vieillir c’est exactement ça.

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      • Répondu le 18 avril à  14:13 :

        Bien sûr qu’il y a de nouveaux outils, mais sauver les auteurs et la création, n’est certainement pas le credo de l’industrie du net.

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    • Répondu le 18 avril à  12:32 :

      Les effets de la mondialisation touchent également le secteur de l’édition : on a standardisé le livre comme un produit de consommation de masse, dont il faut réduire au maximum les coûts. La création originale ne peut plus y trouver sa place ; trop hasardeuse en terme de rentabilité, trop longue à s’installer auprès du public, il faut des "recettes" facile à produire et vite amortissable.

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  • C’est un problème qui n’est pas uniquement l’apanage de la BD. En fait, tous les secteurs culturels souffrent de ce genre de crise : à Hollywood, reboots, remakes et spin-off se multiplient. Ce n’est pas une nouveauté mais les studios ne jurent plus que par le mainstream, les projets innovants et originaux étant jugés trop risqués : ainsi Ben-Hur avait connu deux versions avant le grand chef d’oeuvre de 1959.

    Même chose à la télé : les séries sont copiées-collées non seulement au niveau des intrigues, mais aussi du casting et même de la façon de filmer avec des plans identiques et même des éclairages identiques.

    Le jeu vidéo est aussi atteint avec des titres qui se contentent de reprendre les grands principes avec juste assez de différenciation pour éviter le procès pour plagiat.

    En fait, quand on regarde bien, ces arts ont un point commun : le public.

    Le public qui à la fois réclame de la nouveauté et qui en même temps ne va pas voir plus loin que les "valeurs refuges" pour ne pas sortir de la "zone de comfort" dans un bel esprit schizophrène.

    Ce qui influe invariablement sur les décideurs qui, en bons commerçants, et ce n’est pas forcément un reproche, va aller dans le sens du vent.

    Pour moi, pour sortir de cette ornière, il faut que toutes les parties fassent des efforts. Le public doit se montrer plus curieux et plus ouvert.

    Les décideurs doivent oser prendre plus de risques et ordonner aux scénaristes de faire de même, en refusant par exemple tout ce qui est fait " à la manière de". Interdiction par exemple d’user d’un flic ou d’un médecin comme personnage principal. Ou alors avec assez de différenciation pour de pas faire une éternelle copie de copie, être plus dans Dr House que General Hospital.

    C’est à la fois simple et compliqué, mais pas impossible : les services de SVOD le montrent avec des séries différentes qui abordent des thèmes différents ou de façon différente des sujets bateaux : la satire du milieu artistique dans Bojack Horseman, la parentalité transgenre dans Transparent, l’éducation sentimentale et sexuelle des préados avec Big mouth, le space opéra sous acide avec Final Space, la ségrégation sociale avec 3 % et j’en passe. HBO est aussi connue pour ses séries différentes et plus osées qu’on ne verra jamais sur TF 1.

    La culture c’est comme la politique. on la critique mais au fond, elle n’est que le reflet de nos choix propres.

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  • Frémion lit des des bêtises et s’étonne qu’elles soient bêtes. Il recense des babioles marchandes et s’étonne qu’elles soient de la marchandise. Qu’il change de lectures, qu’il élargisse le champ des éditeurs auxquels il achète des livres, qu’il aille s’égarer un peu chez Cornelius, Atrabile, Adverse ou Matière, et on pourra donner du sens à une tribune aberrante. Il a su avant tout le monde voir le génie de Pascal Doury ou de Cathy Millet, qu’il ne laisse pas tomber cette curiosité-là et ce regard affuté qui est nécessairement toujours vivante quelque part chez lui.

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    • Répondu le 18 avril à  12:56 :

      "Cornelius, Atrabile, Adverse, Matière" il ne faut pas confondre Fiac avec Fnac. L’art conceptuel, même avec des cases, ça reste de l’art conceptuel.

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    • Répondu par Kyle William le 18 avril à  13:34 :

      Il y a des exceptions en effet, en particulier chez les petits éditeurs, mais le constat de Frémion est globalement juste et n’a rien de gaucho ni de réac : les gros éditeurs ne favorisent plus la créations d’idées nouvelles, de personnages nouveaux, encore moins de séries nouvelles.

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      • Répondu le 18 avril à  17:20 :

        Les actionnaires, il faut les nourrir. Ce ne sont pas des mécènes.

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  • Ce bilan sur le marché actuel de la BD n’est pas tout à fait faux en ce sens que les éditeurs ne sont plus aussi sélectifs quant à la qualité. C’est un fait, le marché actuel est surchargé de n’importe quoi.

    Néanmoins le tableau dépeint est bien trop noir. Il existe quantité d’excellentes BD actuelles (du xxi ème siècle). Même si certaines exploitent un sujet cent fois rabattus, elles accomplissent la prouesse de nous tenir en haleine malgré tout. Comment écrire un nouveau Western une histoire d’aviation militaire,..? Et pourtant certains, grâce à leur talent, y parviennent encore.

    Et puis, la BD n’appartient pas qu’à un type de lecteurs. Il en faut pour tous les publics (y compris les amateurs d’elfes et de dragons). On peut avoir des goûts éclectiques. Il n’est pas incompatible de lire Spider-man et Murena, "Le Vol Du Corbeau" ou encore le dernier Astérix.

    Aussi, je rejoins la réaction du génial scénariste qu’est Sergio Salma qui soit dit en passant m’a fait rire autant qu’un Franquin avec sa bien regrettée série "Animal Lecteur". Oui, les bons scénaristes sont toujours bien présents mais ils évoluent dans un marché, un monde qui a complètement changé par rapport au siècle dernier.

    Alors effectivement, nous sommes sans doute tous un peu nostalgiques d’une certaine époque mais cette période sera différente selon qu’on aura 80,60,40 ou 20 ans.
    L’essentiel est d’y trouver toujours son compte. Pour cela ,il faut entrer chez un vrai libraire spécialisé, écouter les conseils de ce passionné qui connaît son métier, aime la BD, ouvrir soi-même les yeux et s’ouvrir et découvrir.

    De toute façon, le mot de la fin reviendra toujours à l’acheteur car en fin de compte, c’est celui qui donne son argent qui décide si une BD doit continuer ou pas.

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    • Répondu le 18 avril à  13:58 :

      L’acheteur ne peut choisir que parmi ce qu’on lui propose.
      Et je préfère le lecteur à l’acheteur.

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      • Répondu par David Sporcq le 18 avril à  14:55 :

        Ce qu’on lui propose est vaste. Il a plus le choix que les moyens généralement.
        C’est tout de même l’acheteur (qu’on suppose aussi lecteur) qui permet de financer la BD.
        Si on laisse les livres uniquement à la lecture gratuite, cela risque de ne pas durer longtemps.

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        • Répondu le 18 avril à  17:23 :

          Peu importe qu’il lise du moment qu’il achète ! Qu’il se ruine, ce mécène !

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          • Répondu le 19 avril à  11:23 :

            C’est le talent de l’acheteur qui fait l’œuvre, c’est bien connu !

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    • Répondu le 18 avril à  14:09 :

      S’ils suffisait que le public arrête certains achats, pour qu’on ne produise plus certains produits, ça se saurait. Tout l’art du commerce c’est de vous vendre ce que vous n’aimez pas, c’est juste une question d’emballage, de mode, de réthorique publicitaire, ou de papier dans la presse.

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      • Répondu par David Sporcq le 18 avril à  15:02 :

        Cela me paraît pourtant d’une logique implacable. Si une BD ne se vend pas, l’éditeur la stoppera. S’il persiste à éditer des BD qui filent au pilon, c’est lui qui s’arrêtera.
        Mais vous avez raison, avec de la publicité, on arrive à faire acheter n’importe quoi mais c’est qu’à tout le moins, il existe tout de même un public pour le produit.
        Certaines BD mériteraient beaucoup plus de publicité.

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    • Répondu le 18 avril à  14:41 :

      "génial scénariste qu’est Sergio Salma"

      Que le monde entier s’arrache à commencer par Hollywood !

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      • Répondu par David Sporcq le 18 avril à  15:04 :

        En tous cas, moi, j’apprécie beaucoup ce qu’il fait et même plus que certains films d’ Hollywwood.

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        • Répondu par Henri Khanan le 18 avril à  19:11 :

          Oui, Yves Frémion, tout cela est bien triste. Mais je ne vois aucune raison de se lamenter. Crise d’inspiration ? Oui,des reprises sont carrément râtées, on peut le dire. D’autres sont réussies. Donc match nul ?
          Maintenant vous avez raison sur un point : il n’y a plus de lancement de nouvelles séries, le concept-même semble être mort, à part Undertaker et les Vieux Fourneaux.
          Maintenant, ce n’est pas dans Fluide Glacial (je sais, vous les avez quitté) que je vois de l’espoir. C’est dans l’ensemble peu enthousiasmant ! Je préfère acheter les albums quand ils sortiront...

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          • Répondu par Michel Dartay le 19 avril à  15:50 :

            On dirait que Yves Frémion n’a jamais lu les livres de Nury ou de Lupano, mais il y a bien d’autres nouveaux scénaristes de talent depuis le début du siècle....

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            • Répondu par Alex le 19 avril à  21:15 :

              Sergio Salma comparé à André Franquin ?
              Rien lu de plus grotesquement délirant depuis ma naissance.
              Frémion est dans le vrai, globalement.

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              • Répondu par David Sporcq le 20 avril à  16:28 :

                On est bien d’accord que Sergio Salma n’a pas tout le talent de Franquin.
                J’ai écrit qu’il m’a fait rire autant que Franquin avec sa série "Animal Lecteur". La comparaison s’arrête là et ce n’est déjà pas si mal. Des centaines de gags hilarants sur le monde de la BD dessinés par Libon. C’est admirablement observé. Je vous conseille vivement cette série.

                J’ai dit également qu’Yves Frémion n’avait pas tout faux. Simplement,il existe toujours d’excellents scénaristes actuellement et qui réalisent un travail remarquable. Cela méritait d’être rectifié. Il faut les découvrir parmi le tsunami mensuel de nouveautés. Ce n’est pas évident. Les libraires sont à bout de déballer et remballer des caisses de BD à peine visibles une quinzaine de jours. Le lecteur s’y perd. Là est aussi le problème. Les bonnes BD sont noyées dans la multitude. C’est cela aussi qui a changé par rapport au siècle dernier.

                Il y a un autre souci : plus on a lu d’albums, moins il est évident de retrouver ses premiers émois. On a déjà lu tellement d’histoires (et j’imagine facilement que c’est d’autant plus le cas d’Yves Frémion) qu’il devient compliqué de nous surprendre mais c’est toujours possible.

                On peut dès lors attendre le nouveau messie de la BD qui viendra tous nous illuminer par son audace, son audace, bon sang !
                Mais je ne suis pas convaincu que ce confinement soit tellement le moment propice à la création. L’ambiance est par moments pesante voire angoissante. Les auteurs ont aussi une famille, des amis qui peuvent être touchés par cette maladie.

                En attendant cette venue providentielle, dès le dé-confinement, j’irai chez mon libraire favori découvrir les bons albums en cours.

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                • Répondu le 20 avril à  21:19 :

                  Opposer l’imagination au recyclage. Voilà ce que je comprends du billet de Monsieur ). Pas, c’était mieux avant ou les bons scénaristes, c’est fini.
                  Ce recyclage (reprise, bd-reportage, autobiographie, préquel, séquelle, spin-off, ce qui préexiste et n’est pas de la pure création, n’est pas à l’origine, n’est pas l’essence de ce qui fait qu’un auteur est un auteur et non pas un adaptateur, un repreneur voire un suiveur, un faiseur ou un journaliste), prend aujourd’hui trop d’importance et étouffe l’originalité. Ce recyclage est une solution de facilité de la part d’éditeurs qui cherchent la rentabilité à court-terme pour nourrir leurs actionnaires et une facilité pour des auteurs qui cherchent le succès à court-terme par procuration.
                  Ce constat est pertinent et pas réactionnaire ou gaucho ou que sais-je encore. C’est un vrai problème et qui n’est pas propre à la bande dessinée mais à une manière de penser de des deux dernières décennies. Tout ça manque d’audace, de volonté et d’imagination. Les nouvelles générations ont toute la culture accessible en un clic. Mais parce que tout est devenu facile, la prise de risque, l’insolence, est devenue difficile. Je ne vois pas ce qu’il y a de réac à souhaiter un sursaut face à cette inertie.

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            • Répondu le 20 avril à  06:20 :

              Yves Frémion parle de son sentiment sur une situation générale et vous voulez démontrer l’inverse en nous sortant deux noms de scénaristes dont vous appréciez le travail. Pauvre argumentation ! Ce que dit Yves Frémion n’est pas gaucho réac, simplement la réalité. Beaucoup d’éditeurs veulent éviter de prendre des risques, de faire un saut dans l’inconnu, en appliquant des formules de recyclages. Des coups d’éditeurs. Beaucoup d’auteurs suivent pour des raisons généralement économiques mais aussi pour faire parler d’eux. Le succès par procuration. C’est navrant parce que mesquin. Solution de facilité.
              Beaucoup se prétendent auteur mais peu le sont vraiment ou alors, corrompus. L’adaptation, la reprise, la bd-reportage, l’autobiographie ne sont pas des œuvre où l’imagination peut s’épanouir pleinement, en revanche, la fiction, oui. Mais pour écrire une excellente fiction, il faut beaucoup d’imagination et être un génial menteur. Et c’est ce qui n’est pas assez mis en avant depuis le début du XXIème siècle. De l’audace, quoi !

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              • Répondu le 20 avril à  10:58 :

                De l’audace, certes, mais même le plus imaginatif et talentueux des scénaristes, si on lui refuse son travail parce qu’il n’est pas dans les normes économiques édictées par la profession, il ne peut rien faire. Sauf ranger ses scénarios au fond d’un tiroir et changer de métier. Et que dire des dessinateurs, qui n’ont même plus le temps de réaliser correctement leur travail et encore moins les moyens financiers qui vont avec... Le coronavirus a mis tout le monde par terre. Il va falloir repenser la place de chaque acteur du secteur. Sinon, cette pandémie n’aura servie à rien, on repartira de plus belle pour récupérer les bénéfices perdus, avec son lot de problèmes d’avant le virus mais plus exacerbés et la prochaine casse sera fatale !

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                • Répondu le 20 avril à  16:10 :

                  Pandémie ou pas, le coût de fabrication d’une BD et les tarifs proposés aux auteurs sont tellement bas que celui qui n’arrive pas à fourguer un scénario a un éditeur n’a tout simplement pas pas de talent.

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                  • Répondu le 22 avril à  09:59 :

                    Ce ne sont pas toujours les plus talentueux qui sont signés, comme, il y a aussi de très bons scénarios qui ne sont pas validés. La vraie question, c’est, comment opèrent les comités de lecture pour sélectionner les candidats ? Les éditeurs ne font-ils pas le coup de "l’orpaillage" : on balance un maximum d’albums et on verra bien la pépite qui en ressort...

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                    • Répondu le 22 avril à  19:40 :

                      Tous les éditeurs n’ont heureusement pas tous la même stratégie, je vous rassure. Mais c’est quand même devenu assez facile de se faire éditer.

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                      • Répondu le 25 avril à  09:11 :

                        Faux, c’est toujours très compliqué de se faire publier ! Voire quasi impossible si on n’est pas dans les canons de l’édition actuelle, faite de "reprises", de "biographie", de "témoignage du quotidien" et autre reportage, adaptation de roman ou compile en tous genres.

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                    • Répondu par Henri Khanan le 24 avril à  16:26 :

                      C’est triste à dire, mais depuis des années les éditeurs (même les gros qui ont des dizaines d’années d’expérience) sortent beaucoup de livres dont la mévente est évidente. Je fréquente des libraires Canal BD, parfois je leur demande : "vous en avez vendu ?", la réponse est souvent négative, retour à l’envoyeur d’un colis d’albums.
                      Parfois, il leur arrive de se tromper:la nouveauté est si séduisante qu’elle est épuisée en une ou deux semaines, donc il faut se dépècher de la ré-imprimer. Seconde édition ou toujours la première ? J’ai l’impression que les politiques varient d’un groupe à l’autre.
                      Tout cela ne prouve qu’une chose : ils n’ont aucune connaissance du marché.Mais il faut sortir des nouveautés, on verra bien ce qui va remonter à la surface, un peu comme la crème du lait.

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  • Histoire d’enfoncer le clou, lorsque Yves Frémion dit :
    la qualité du dessin a fait des progrès considérables chez beaucoup d’artistes, la faiblesse congénitale des histoires est patente.
    Je prends pour exemple le premier épisode de Black Squaw en prépublication dans le magazine Spirou.
    Le dessin d’Henriet est très bien, mais le récit, écrit par Yann est affligeant, une fois de plus.
    Comment oser représenter les imbéciles du Ku Klux Klan, avec leur tenue complète de pénitents et leurs torches enflammées devant l’épave de l’avion… Ces racistes vivraient en permanence avec leurs uniformes et leurs torches allumée, ils doivent naître ainsi attifés ? On prend vraiment le lecteur pour un benêt. Quand à l’héroïne qui se sert de son avion seule, sans aucun mécanicien ni intendance, le dit-aéroplane garé dans un hangar au milieu de nulle part, dans les années 1920/1930… Un scénario complètement idiot avec un dessin réaliste. Voilà un triste exemple de bandes dessinées actuelles.

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    • Répondu le 24 avril à  12:04 :

      Un scénario complètement idiot pour un dessin complètement idiot puisque réaliste.

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      • Répondu le 24 avril à  17:14 :

        Pas du tout, Henriet fait du semi-réaliste comme Marini ou Guérineau, pour le style réaliste il faut plutôt aller du côté de Bourgne, Girod, Bourgeon, Swolfs, Teng, Taduc, Follet, Gillon, Giraud, Pellerin, Dermaut, Goepfert, Blanc-Dumont, etc...

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      • Répondu par Henri Khanan le 24 avril à  19:53 :

        Tiens, ça viens de sortir ! Depuis quand le dessin réaliste est idiiot ?

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        • Répondu le 25 avril à  09:05 :

          D’accord avec Henri Khanan ; en quoi le dessin réaliste est-il idiot ? Et tous les auteurs réalistes que j’ai cité dans ma liste ont donc un style idiot d’après le jugement du second message ? Malgré quelques exceptions, il y aurait beaucoup plus à redire dans le genre roman-graphique...

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          • Répondu le 27 avril à  09:17 :

            Idiot dans le sens représentation du monde. Ce qui importe, c’est l’impression qu’on se fait des choses, l’imagination, pas d’essayer de recopier le "réel" ou du moins, la surface des choses.

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            • Répondu le 27 avril à  15:37 :

              Quel que soit le style graphique et la représentation du réel qui en est faite, il y a toujours une recherche de profondeur. Apporter de la "matière" dans son dessin plutôt que du "minimalisme", demande autant de rigueur dans l’observation de la "surface des choses". Le dessin c’est 10% de don et 90% de travail. Après, il y aura toujours des gens qui n’auront rien à faire dans un métier, car ils n’auront ni l’un, ni l’autre.

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