"Tarzan - Seigneur des signes" : une fantaisie de L.L. de Mars

26 août 2017 0 commentaire
  • L.L. de Mars voulait "dessiner un Tarzan". C'est chose faite. Dans un livre étrange, où l'hommage et l'ironie forment un drôle de ménage, il met en scène le genèse de Tarzan tout en racontant la naissance d'une bande dessinée. Un encouragement à ne pas prendre (trop) au sérieux aussi bien nos mythologies modernes que "l'art de la bande dessinée".

Le personnage créé par Edgar Rice Burroughs en 1912 n’a nul besoin d’être présenté. Il a connu de multiples vies, en littérature, au cinéma ou à la télévision, et bien sûr en bande dessinée. L’adaptation de Burne Hogarth n’est peut-être pas aussi qualitative que celles d’Hal Foster (le pionnier) ou de Joe Kubert (le modèle). Mais il est celui qui semble avoir le plus marqué L.L. de Mars, qui lui rend hommage, en particulier par son dessin touffu et presque baroque dans ce Tarzan - Seigneur des signes édité par Rackham.

Dans cet ouvrage [1] - mais nous verrons qu’il y a comme deux livres en un - le dessinateur donne de nouveau l’occasion à Tarzan de faire ses premiers pas dans la jungle, de grandir et de s’affirmer au sein d’une nature luxuriante. Son histoire est brutale et les forces qu’il provoque sont d’une grande puissance. Le trait est là pour le souligner.

Le dessin a la souplesse des lianes et la densité de la végétation tropicale. L.L. de Mars s’approprie le mythe sans pour autant lui donner une signification abusive ou en donner une quelconque interprétation. Comme dans les publications de Sagédition, qu’il prend comme référence, la priorité est à l’affrontement et à l’aventure.

"Tarzan - Seigneur des signes" : une fantaisie de L.L. de Mars
Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham 2017
Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham 2017

Ce récit de la genèse de Tarzan, que L.L. de Mars nous donne [2] à lire, demeure cependant incomplet. Parcellaire, témoignant de maints repentirs à coups de crayon, de ruban adhésif et de blanc correcteur envahissant parfois le dessin, nous ne savons pas vraiment s’il s’agit de la redécouverte d’un travail ayant séjourné plusieurs décennies dans un grenier ou de quelques planches arrachées à un dessinateur éternellement insatisfait de son travail. Il en résulte une impression étrange, moins due au goût d’inachevé qu’à l’impression que l’auteur - réel ou imaginaire - souhaite montrer l’importance des efforts que doit réaliser tout dessinateur pour fournir une œuvre lisible.

Cette impression prend son sens à la lecture d’un second récit, celui-ci plus clairement en cours d’élaboration, qui fait directement face au premier. Nous y découvrons à la fois une autre version du mythe, dans une succession de strips de trois cases parfois seulement ébauchées, et un commentaire, quelque peu bavard, des réactions qu’aurait suscitées ce récit, et placé directement sous chaque strip.

Cette logorrhée n’est pas sans rappeler certains débats, récurrents, autour de l’œuvre d’Hergé par exemple. Le recours fréquent à un vocabulaire plus ou moins savant, parfois employé par ceux qui souhaitent paraître plus fins que leurs discours ne le laissent supposer, donne à l’ensemble une dimension ironique. Cette verve caricaturale, opposée au mutisme du premier récit, renforce la dimension critique de l’ouvrage.

Tarzan - seigneur des signes from L.L. de Mars on Vimeo.

L.L. de Mars l’affirme d’ailleurs : il s’agit ici pour lui de pointer la vacuité de questions trop souvent rebattues. Il souhaite rappeler qu’il n’est pas forcément utile de s’acharner sur des positions - des postures parfois - conflictuelles. Bande dessinée classique contre avant-garde ? Roman populaire contre littérature savante ? [3] Ces confrontations sont stériles, comme le révèle finalement l’ouvrage tout entier. Par le contraste entre son "inachèvement graphique" et son commentaire laborieux et pointilleux, il montre que les ratiocinations sont rarement fécondes.

L’ironie dominante de ce Tarzan n’empêche pas quelques fulgurances graphiques et quelques compositions hardies. Pour autant, et la quatrième de couverture vient le confirmer en présentant une litanie de fausses aventures [4], il ne faut sans doute pas prendre trop au sérieux cet ouvrage, qui résonne comme un appel à la création décomplexée.

Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham 2017
Documents
Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham (...) Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham (...) Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham (...) Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham (...) Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham (...) Tarzan - Seigneur des signes Copyleft © L.L. de Mars / Editions Rackham (...)

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(par Frédéric HOJLO)

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20 x 28 cm - 80 pages couleur - broché, couverture souple - collection Le Signe noir - parution le 12 juin 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

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[1Dédié à Michel Vachey.

[2Dans tous les sens du terme, puisque ce livre est libre de droit : il peut être copié, modifié et diffusé selon les termes de la "licence art libre".

[3Ajoutons, et cela n’engage que l’auteur de ces lignes : série franco-belge contre manga ? 48CC contre roman graphique ? Bande dessinée commerciale contre bande dessinée alternative ? Que celui qui n’a jamais caricaturé...

[4"Tarzan quand ça lui chante", "Tarzan lit Marx et va mieux", "Tarzan défend la zone"...

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