Tarzan au Musée du Quai Branly : autopsie d’un mythe

9 mai 2009 0 commentaire
  • Dans une exposition exceptionnelle, le mythe de Tarzan est démystifié au musée des arts premiers du Quai Branly à Paris : ses représentations, dont de nombreuses bandes dessinées, sont confrontées à ses sources. Ébouriffant.
Tarzan au Musée du Quai Branly : autopsie d'un mythe
Edgar Rice Burroughs (1875-1950)
DR (C) Edgar Rice Burroughs Estate

Francis Lacassin parlait de lui comme d’un «  chevalier crispé  », un « dieu nu des forêts » triomphant à travers le roman, le cinéma, puis la bande dessinée [1]. Cette figure héroïque issue du darwinisme est devenue une icône commerciale souvent imitée notamment par l’Italien Akim ou le Français Rahan.

Un héros de roman

Né dans All-Story Magazine en octobre 1912, il fit l’objet de 26 romans écrits par Edgar Rice Burroughs, un écrivain qui ne mit jamais les pieds en Afrique, sensible aux thèses de Gobineau et au racisme eugéniste. Les organisateurs de l’expo voient les origines de Tarzan dans le mythe de Romulus et Remus, dans celui d’Hercule, mais soulignent aussi la dette que Burroughs a vis à vis du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, du She de Henry Rider Haggard, voire du roman Green Mansions de William Henry Hudson.

L’édition française du roman chez Fayard
(C) Edgar Rice Burroughs Estate

Il n’est pas impossible que cette « vogue de l’Afrique » ait pu être déclenchée par le safari que fit le président américain Theodore Roosevelt en avril 1909 avec 250 porteurs au travers de l’Est africain britannique et du Congo belge jusqu’à Khartoum. Le prix Nobel de la Paix (pour son rôle dans la guerre russo-japonaise) put s’enorgueillir du massacre de 13.000 animaux dont 600 grands fauves : lions, éléphants, rhinocéros…

Du cinéma à la bande dessinée

Le cinéma fit rapidement les honneurs à « l’homme-singe ». Dès 1918 apparaissent des versions muettes (eh oui, sans le fameux « cri »), préludes à une longue carrière qui se prolongera par un nouveau film qui devrait arriver sur nos écrans en 2010.

Tarzan par Hal Foster
(C) Edgar Rice Burroughs Estate

La première bande dessinée avec ce personnage parut le 7 janvier 1929. Elle était dessinée par Harold Foster qui la cèda rapidement à Rex Maxon en 1930, avant de la reprendre en 1931, pour la laisser en 1937 à Burne Horgarth.

Foster et Hogarth sont les plus créateurs les plus marquants de la saga des origines. Alors que Foster se caractérise par le trait académique que l’on retrouvera dans Prince Valiant, Hogarth exagère les anatomies, appuie l’emphase et apporte à Tarzan une sorte de virilité affectée. Il en fait un véritable super-héros dont il ne manquerait que les collants. Leurs planches du dimanche composent l’essentiel des originaux qui seront montrés dans l’expo, une soixantaine environ, pour la plupart provenant de la collection de la galerie 9ème art de Bernard Mahé à Paris. La série sera reprise par la suite par une pléiade d’artistes comme John Celardo, Bob Lubbers, Gil Kane, Jo Kubert, Russ Manning, Jesse March, Neal Adams ou John Buscema [2].

Tarzan par Burne Hogarth
(C) Edgar Rice Burroughs Estate

Sur 600 m², tous les aspects du mythe, des romans les plus échevelés où se mêlent Vikings, Romains, hommes préhistoriques et autres Croisés perdus, aux affiches de cinéma hyper-kitchs, en passant par les figurines en plastique de chez Mattel ( !), seront confrontés aux véritables objets africains issus du musée, aux animaux empaillés provenant du Musée de la chasse ou encore aux premiers films animaliers contemporains à la fabrication du mythe.

L’exposition devrait voyager au Canada, en Allemagne, enfin à Angoulême au Musée de la Bande Dessinée en 2010.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Tarzan ! ou Rousseau chez les Waziri. Musée du Quai Branly, du 16 juin au 27 septembre 2009.

[1Francis Lacassin : Tarzan, Coll. 10/18 UGE, 1971 et La légende de Tarzan, Dreamland 2000.

[2A ce sujet, on lira avec profit le dossier spécial sur Tarzan dans Scarce N°50, association Saga, 1997.

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