The Walking Dead : quand l’irréversible se fait irrévocable

6 juin 2019 0 commentaire
  • Attention: l'article qui suit dévoile un événement majeur de la série culte "The Walking Dead". Il vient de se produire dans la publication américaine, avec la parution du chapitre 192. Celui-ci concluera le tome 32, à paraître en France dans quelques mois. Lecteurs, vous êtes prévenus...
ATTENTION SPOILERS
The Walking Dead : quand l'irréversible se fait irrévocable
Bel et bien mort
The Walking Dead #192 © Robert Kirkman

S’il y a bien une chose que l’on peut dire de la série de Robert Kirkman et Charlie Adlard The Walking Dead, c’est qu’elle a inscrit l’irréversible au cœur de sa matrice narrative. Lorsqu’un personnage meurt, c’est pour de bon, et sa transformation en zombie n’est finalement là que pour nous le rappeler. Il faut tuer à nouveau, définitivement, pour faire le deuil et accepter l’inacceptable : il n’y a pas de retour possible, sinon ce simulacre vide de sens que constitue le statut de "marcheur". Pas de remède à cet état, pas de possibilité de conserver avec soi un proche devenu zombie. C’est cette leçon que ne cessent de devoir apprendre les héros de la série. C’est bien cela qui rend le tragique si prégnant, l’émotion si poignante à chaque mort importante (que l’on songe à Glenn ou Andréa).

Du temps donné à la mort dans des planches impressionnantes
The Walking Dead #192 © Robert Kirkman

Mais il est possible de subir de nombreuses blessures et mutilations, tout en continuant son chemin. Les corps de Rick Grimes, le héros principal, et de son fils, Carl, nous le rappellent constamment, entre prothèses et cicatrices bien visibles. Une manière d’inscrire la dureté de ce monde y compris dans la chair des personnages majeurs. Mais aussi une façon d’éviter de confronter le lecteur à cet ultime irréversible, celui de la disparition du point d’ancrage de tout le récit. Un autre point de non retour, jamais franchi, toujours possible mais comme impensable car signifiant potentiellement la fin de la série.

Et bien voilà, le Rubicon se trouve désormais franchi avec le chapitre 193 qui met en scène la mort, crue, sans le moindre doute, de Rick. Et il va désormais falloir faire avec, ou plutôt sans. L’irréversible touche désormais le cœur du récit, son point de focalisation principal, si principal qu’on le croyait unique. Rick Grimes est mort et il suffit de le dire pour comprendre qu’un thème, l’irréversible, est devenu irrévocable par la force de sa mise en images et en mots : le héros disparaît et cette histoire n’aura plus la même voix, ne pourra plus être racontée de la même manière.

Ce que l’on pensait ne jamais voir
The Walking Dead #192 © Robert Kirkman

Il sera temps, dans quelques mois, de revenir sur les circonstances qui ont conduit à cette situation incroyable, et de se demander dans quelles directions peut désormais voguer cette aventure (mais déjà Carl semble habilement prendre le relai de son père). Et ce sera aussi l’occasion de dire au revoir à Stefano Gaudiano, encreur de la série depuis le chapitre 115 et les difficultés de Charlie Adlard à assurer tout le travail lui-même, qui signe avec le chapitre 192 sa dernière contribution à l’œuvre.

La mort de Rick Grimes, aussi impossible qu’elle puisse sembler, et pourtant aujourd’hui réalisée, apparait rétrospectivement (déjà !), comme probable et même nécessaire. Elle pousse une logique narrative, celle de l’irréversible, au bout d’elle-même et nous rappelle que la nature profonde de The Walking Dead n’est pas celle du "Happy Ending" mais celle du deuil, et que son propos n’est pas tant la destinée d’un homme que celle d’un monde.

Et en attendant, pour le plus loin possible, l’ultime irrévocable, celui craint par dessus tout par le lecteur de la série, celui du "The end" qui clôturera la saga, merci Robert Kirkman de vous montrer si cohérent et puissant dans la logique et le traitement de votre formidable univers narratif.

Le destin d’une communauté
The Walking Dead #192 © Robert Kirkman

(par Aurélien Pigeat)

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