Thierry Bouüaert (Petite BDTK) :"Faire comprendre le concept des Droits de l’Homme était notre objectif en réalisant cette BD"

8 décembre 2018 0 commentaire
  • Le 10 décembre, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme fêtera son 70e anniversaire. À cette occasion, nous vous proposons cet entretien avec le dessinateur Thierry Bouüaert qui avait publié dans la collection "La Petite BDTK" du Lombard, avec François De Smet, un album consacré à cette charte universelle.
Thierry Bouüaert (Petite BDTK) :"Faire comprendre le concept des Droits de l'Homme était notre objectif en réalisant cette BD"
La petite Bédéthèque des Savoirs T.16 : Les droits de l’homme. Une idéologie moderne
Thierry Bouüaert & François De Smet © Le Lombard

Qu’est-ce qui vous a motivé à dessiner cet album sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ?

Thierry Bouüaert : C’est un privilège d’avoir pu travailler sur ce projet parce qu’au fur et à mesure de l’avancement du travail, je me suis rendu compte à quel point faire cet album était important pour moi. Ce livre est important pour ce que j’ai à dire à mon fils sur le monde dans lequel il grandit. Sur le regard que je porte sur ce monde dans lequel je vieillis, ainsi que sur mes contemporains. Sur l’actualité aussi, car je travaillais sur ce livre au moment des attentats de Bruxelles. Ce ne fut pas facile... J’ai réalisé des pages sur le judéocide et ce fut éprouvant lorsque j’ai abordé la partie consacrée à Auschwitz.

Je me suis rendu à plusieurs expositions sur la Shoah. La première fois, c’était il y a une vingtaine d’années à l’ULB et ce fut un très grand choc pour moi mais en même temps, une expérience salutaire car elle m’a rafraîchi la mémoire. Je pense que ce livre invite à nous interroger sur le concept des Droits de l’Homme. Si on a compris cette idée et sa portée après la lecture de cette BD, eh bien, je pense que nous aurons atteint notre objectif.

Qui a proposé la thématique des Droits de l’Homme ? Est-ce le directeur de collection, David Vandermeulen ou est-ce que l’idée est venue de vous, les auteurs ?

David Vandermeulen et Nathalie Van Campenhoudt sont à l’origine de la collection. David en est le concepteur et il a travaillé de concert avec Nathalie sur la stratégie des thèmes abordés dans la collection.

Aborder les questions des Droits de l’Homme et de la démocratie étaient déjà présentent dans leur esprit depuis un moment, mais ils ne savaient pas encore comment mettre ces idées en place. Puis, un auteur de la collection a parlé de François De Smet à David Vandermeulen. Ils se sont très vite rencontrés et le courant est passé. Lorsqu’il a fallu définir le thème, François a proposé de travailler sur les Droits de l’Homme plutôt que sur la démocratie, car c’est un concept très difficile à traiter en bande dessinée.

Le directeur de la collection savait également que j’avais essayé en vain de compiler une série d’interviews consacrées à la notion individuelle de la démocratie, mais je me suis très vite rendu compte que c’était impossible à faire au point de vue technique car je ne suis pas un spécialiste des sciences politiques. J’avais donc renoncé à mon projet, la mort dans l’âme. Sachant cela, David est venu me proposer d’illustrer cet album.

Très concrètement, comment vous êtes-vous mis d’accord sur la direction que devait prendre cet ouvrage ?

François De Smet a soumis une note d’intention sur laquelle nous nous sommes très vite mis d’accord. Il a ensuite réalisé le découpage du scénario à la manière d’un film documentaire car il a beaucoup d’expérience dans ce genre cinématographique, ainsi qu’en narration séquentielle. Le découpage qu’il m’a remis était prêt à l’emploi, je n’ai pas dû changer une virgule. Je me suis donc directement mis au travail. Il y avait d’un côté, le descriptif de la séquence et de l’autre les dialogues ou le monologue correspondant. Ainsi que des photos jointes ou des liens vers des sites internet où je pouvais trouver toute la documentation nécessaire. François a fourni un travail remarquable et d’une grande efficacité.

Dans cet album, vous faites parler la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et vous passez en revue les grands événements de l’Histoire, surtout ceux du XXe siècle. Mais on se rend compte à sa lecture que l’application cette déclaration ne va pas de soi. On a beaucoup plus l’impression que les droits d’un individu seront respectés selon son origine ethnique ou sociale, sa nationalité, sa foi, son orientation sexuelle ou son genre. Finalement, nous réalisons que la Déclaration des Droits de l’Homme est un acte utopiste.

J’ai envie de dire que c’est exactement tout l’intérêt de ce livre. Il nous rappelle l’importance de ne pas se laisser abuser par des discours simplistes : sécurité contre démocratie, le repli sur soi contre l’accueil des migrants... Pourtant, nous savons que l’immigration a toujours dopé l’économie d’un pays. C’est quelque chose qui n’est plus à prouver.

Mais si on prend l’exemple d’un pays tel que le Liban, on se rend compte que la crise migratoire a un impact négatif sur l’équilibre démographique fragile de ce pays. À titre d’exemple, le Liban a accueilli le quart des réfugiés syriens en 2016.

Mais en même temps, il y a des contre-exemples. Prenons celui des USA qui ont accueilli un très grands nombre d’immigrés au 19e siècle. Évidemment, ce fut catastrophique pour les Amérindiens qui ont été exterminés. C’est d’ailleurs toujours une plaie ouverte dans la mémoire collective des États-Unis. C’est vrai aussi que dans les zones de guerre ou dans les pays moins stables telles le Liban, un tel afflux de migrants peut-être une source supplémentaire de conflits. La question des migrants est effectivement un sujet complexe et c’est la raison pour laquelle il faut que les États adoptent des politiques d’accueil des migrants qui soient à la fois efficaces au niveau juridique et administratif, tout en restant humaines.

Récemment, vous avez aussi contribué à La Revue Dessinée ?

Oui effectivement, j’ai illustré l’enquête “Silence au bout du fil” de la journaliste Clotilde de Gastines, consacrée au scandale des parafoudres radioactifs qui auraient provoqué de nombreux cancers parmi les salariés des Télécoms qui étaient chargés de les installer. Les parafoudres sont de petites ampoules bourrées de radon -un gaz radioactif- installées sur les poteaux et les centraux téléphoniques.

Travailler sur la non-fiction est un exercice qui me plaît et dans lequel j’ai envie de m’installer pour un petit moment car j’estime que la BD mérite d’être utilisée dans ce genre et dans l’information, au même titre que l’info télévisuelle, radio et écrite.

La BD a un rôle à jouer dans ce secteur et j’en veux pour preuve l’existence des mooks tels que la Revue Dessinée, XXI, 24h01 [1], Médor et j’en passe. Cela me fait du bien en tant qu’auteur de participer à ce genre de projet car je communique une façon de penser ou de l’information.

Je ne cherche pas à alarmer les lecteurs car faire cela serait les confiner dans une façon de penser. Je cherche surtout à informer et j’estime que ce plaisir d’informer doit être le premier critère lorsque j’accepte de travailler sur un projet.

La petite Bédéthèque des Savoirs T.16 : Les droits de l’homme. Une idéologie moderne
Thierry Bouüaert & François De Smet © Le Lombard

Voir en ligne : Visitez le site anniversaire des 70 ans de la Déclaration

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Thierry Bouüaert
Photo : Morgane Delfosse/DR

Découvrez "La petite BDTK des Savoirs T.16" sur le site des éditions du Lombard

La petite Bédéthèque des Savoirs T.16 : Les droits de l’homme. Une idéologie moderne., par Thierry Bouüaert et François De Smet, éditions Le Lombard. Album paru le 3 février 2017. 88 pages, 10 euros.

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[1Cet entretien avait été réalisé bien avant l’annonce de l’arrêt définitif de cette revue

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