Thierry Cayman : "J’ai dessiné ’Jhen’ d’une manière naturelle"

8 octobre 2008 4 commentaires
  • Après près de dix ans d’absence, une nouvelle équipe donne vie à {Jhen}, l’un des personnages inventés par {{Jacques Martin}} en compagnie de {{Jean Pleyers}}. {{Hugues Payen}}, un scénariste mystérieux, dont le pseudonyme fait référence à l’un des fondateurs de l’Ordre des Templiers, et {{Thierry Cayman}} ont repris cette série.

Dans ce dixième album, Jhen se rend dans le Valais pour enquêter sur un phénomène de sorcellerie… Le trait de Thierry Cayman, s’est sensiblement amélioré ces dernières années. Il dessine cette histoire d’une manière plutôt personnelle et convaincante. Rencontre.


Thierry Cayman : "J'ai dessiné 'Jhen' d'une manière naturelle"Vous avez signé plusieurs séries qui se déroulaient au Moyen-âge : Sylvain de Rochefort (avec Bom) et Godefroy de Bouillon (avec Claude Rappé). Est-ce Jhen qui vous a donné ce goût pour cette époque ?

Bom avait une connaissance approfondie du Moyen-âge, et plus particulièrement du douzième siècle. Nous avions signé ensemble plusieurs histoires courtes dans le journal de Tintin à la fin des années ’80. Notre collaboration se déroulait à merveille, et nous voulions nous lancer sur un récit ayant pour cadre l’époque médiévale. A l’époque, Hermann démarrait Les Tours de Bois-Maury. J’appréciais beaucoup Jhen, un personnage créé par Jacques Martin et Jean Pleyers. Ce dernier, grâce à aux ambiances qu’il arrivait à insuffler dans ses planches, m’a donné envie de m’intéresser à la période médiévale, et plus particulièrement au quinzième siècle. J’ai commencé à investiguer, à acheter des livres et à rassembler une documentation sur ce sujet. J’ai même appartenu à une compagnie médiévale, « La Sainte Croix », créée par Bosse, le scénariste de Kogaratsu.

Comment est venue cette reprise ?

Jacques Martin et Jean Pleyers avaient réalisé neuf albums de Jhen. La série n’avait plus connu de nouveauté depuis 2000. Arnaud De La Croix, mon éditeur chez Casterman, m’a parlé de leur envie de créer une nouvelle équipe, chargée reprendre le personnage. A l’époque, je dessinai S.T.A.R. et Partie de Plaisir. En parallèle, j’ai commencé à réaliser différents crayonnés et encrages pour comprendre le dessin de Pleyers. J’ai présenté certains de ces dessins au comité Martin [1], qui a été directement partant.
Le comité Martin s’est ensuite chargé de trouver un scénariste. J’ai démarré en dessinant deux planches qui avaient été scénarisées par Jacques Martin lui-même. Il avait fait un découpage et différents croquis assez sommaires. J’ai essayé de rester le plus fidèle possible à sa volonté. Les éditions Casterman m’avait demandé de m’inspirer des premiers albums de Jhen pour le graphisme. Pleyers avait alors un dessin plus réaliste, plus fouillé. Au fur et à mesure où j’avançais sur l’album, je me suis aperçu que mon style personnel, celui que j’avais dans Sylvain de Rochefort, revenait naturellement. Avec une évolution, évidement. En dessinant Jhen, j’avais l’impression de dessiner ma première série. Les deux personnages se ressemblent d’ailleurs étrangement. C’est donc d’une manière naturelle que j’ai illustré cette histoire.

Jhen, par Th. Cayman et H. Payen

Avec plus de rigueur, on imagine.

Effectivement. Les décors ne me posaient pas de problème. J’étais documenté sur ce projet. Mais je devais être plus rigoureux dans la représentation exacte des bâtiments, des habits et autres accessoires. Je suis un dessinateur impulsif qui a tendance à dessiner rapidement. J’ai donc du apprendre à réfléchir à mes décors, à prendre un certain recul. Jhen fait partie des collections Jacques Martin, et nous nous devons d’être cohérents et plausibles dans la représentation de l’histoire.

Un autre dessinateur réalisera l’album suivant.

J’en suis heureux. D’autant plus que le dessinateur n’est autre que Jean Pleyers. Cela va me permettre de souffler, et de dessiner un nouveau projet. Je n’ai malheureusement pas eu de contact avec lui pour Les Sorcières. D’après les retours que j’ai eus de Casterman, il apprécie mon travail. Je l’ai croisé une ou deux fois, et je garde de lui un souvenir charmant.

Et le scénariste de ce nouveau Jhen, Hugues Payen ?

Le scénario transitait via Casterman. Je recevais un découpage écrit, qui m’offrait beaucoup de liberté. Notamment pour modifier certains plans.

Vous travaillez depuis quelques années avec Patrick Delperdange...

Après la faillite des éditions Claude Lefrancq, j’ai travaillé quelques années dans la publicité. Les éditions Casterman m’ont présenté à Patrick Delperdange. Le scénario de S.T.A.R. a été un choc. Dessiner cette histoire n’a pas été une sinécure ! Je n’avais jamais illustré de scénario contemporain. Je me suis donc fait aider par l’un de mes amis, Erwin Drèze, pour les voitures. Il m’a expliqué patiemment les astuces graphiques pour représenter une bagnole et les scènes d’accidents. Il a fortement contribué à la série, et surtout au premier album. Heureusement, de fil en aiguille, j’ai pris de l’assurance.

Vous signez ensuite « Partie de Plaisir ».

Oui. Un récit qui se déroule pendant les années cinquante aux États-Unis, durant la chasse aux sorcières menée contre les communistes, les homosexuels, etc. On aborde les théories du psychiatre Wilhelm Reich, qui étaient d’après certaines personnes assez fantasques. Il avait mis au point un appareil pour augmenter la libido des gens. Cela ne plaisait pas à certains. Cette thématique me permettait de parler de sexe de manière sérieuse tout en gardant « un petit côté affriolant ». L’intrigue et l’aspect dramatique de cette histoire m’ont passionné.

Vous travaillez à nouveau avec ce scénariste sur un nouveau projet.

Oui. Ce sera une histoire différente. J’ai besoin de changer d’univers régulièrement. Je suis un homme qui fonctionne plutôt à la passion. Je me sens plus destiné au récit en un album pour cette raison. C’est pour cela que je suis heureux qu’Hugues Payen réalise un nouveau Jhen avec Jean Pleyers.
Le nouveau récit réalisé avec Patrick Delperdange se déroule à Paris, en 1904. Buffalo Bill y présente aux Européens un spectacle sur le Far-West avec son énorme cirque et une troupe d’Indiens. Buffalo va retrouver une ancienne amie et va faire la connaissance de Pablo Picasso. Le peintre est alors en pleine période bleue. Vous l’aurez compris : c’est un récit romancé, et pas purement historique. Nous avons développé cette histoire pour un album unique, mais l’éditeur est assez enthousiaste. Il nous pousse à réaliser une série.
Pour cette histoire, je travaille en couleur directe. Je mélange différentes techniques : gouache, aquarelle, crayons de couleur, etc.

Allez-vous dessiner un autre Jhen ?

Oui. Pleyers illustre actuellement La Sérénissime, le onzième album de la série, qui se déroule à Venise. Un album écrit à nouveau par Hugues Payen. En avril 2009, j’entamerai le douzième album qui devrait s’intituler Le Grand Duc d’Occident. L’histoire est centrée sur Bruxelles. J’ai rencontré plusieurs archéologues spécialisés dans le quinzième siècle. Mais ma priorité va à Jhen, si je n’ai pas terminé Buffalod’ici-là, je mets cet album au frigo pour commencer Le Grand Duc d’Occident.

Extrait de Buffalo
(c) Cayman, Delperdange & Casterman

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Expo Jhen - Thierry Cayman à la Galerie "Les Dessous du Dessin"
du 3 octobre 2008 au 26 octobre 2008

Les Dessous Du Dessin"
rue Marché au Charbon,13
Bruxelles

Illustrations (c) Th. Cayman, H. Payen, Jacques Martin & Casterman (sauf mention contraire
Photo de l’auteur (c) Nicolas Anspach

[1Un comité, composé des deux enfants de Jacques Martin et de deux éditeurs de Casterman, chargé de suivre et d’avaliser les nouveaux albums des différentes séries inventées par le créateur d’Alix.

 
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4 Messages :
  • Pauvre Jacques Martin ! A-t-il réellement mérité ça ?
    Un scénario illisible et des personnages raides et sans relief. Quand on voit les efforts faits pour Lefranc, on se demande si il s’agit du même comité décisionnel.

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  • Après Alain De Kuyssche pour le Lefranc « Londres en péril », c’est au tour des Sorcières de Jhen de laisser planer le doute sur l’identité du scénariste

    Des rumeurs laissent entendre que derrière Hugues Payen se cache un autre scénariste. Plusieurs noms cités pour nourrir cette rumeur : Arnaud de la Croix directeur de collection chez Casterman Belgique ayant écrit des ouvrages très pointus sur le Moyen-Âge. Ou encore Alain De Kuyssche, Benoît Despas voir même Cothias.

    Mais celui qui est sorti d’un chapeau tel un lapin, serait Patrick Delperdange. Scénariste déjà habitué des bureaux de Casterman. Il aurait signé ce dernier album et travaillerait déjà sur le prochain album aux côté de Pleyers.

    Signalons que même le site non officiel Alix l’intrépide s’interroge sur ce mystérieux scénariste.

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    • Répondu par Un ami de la vérité le 11 octobre 2008 à  09:04 :

      Ma concierge m’a dit que Patrick Delperdange n’avait pas l’habitude de sortir d’un chapeau comme un lapin, et qu’il y avait donc peu de chances que ce soit lui qui se cache derrière le nom de Hugues Payen. Mais il arrive que ma concierge raconte n’importe quoi. Je vous tiens au courant si elle me fait part d’autre chose concernant cette affaire des plus palpitantes.

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  • Thierry Cayman : "J’ai dessiné ’Jhen’ d’une manière naturelle"
    8 octobre 2008 19:04, par Un martino bédé phage

    Expo Jhen de Cayman en ce moment aux dessous du dessin à Bruxelles :

    Voir en ligne : http://www.les-dessous-du-dessin.be...

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