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Thierry Coppée ("Les Blagues de Toto") : « L’histoire m’a toujours fait rêver »

  • Pour les dix ans de l'un des best-sellers les plus discrets de la bande dessinée pour la jeunesse, son auteur offre à Toto l'occasion de visiter les âges, de la préhistoire à nos jours. En conclusion, un album centré sur les pitreries du cancre, mais aussi à l'affût des errements de l'humanité.

Depuis combien de temps mijotiez-vous l’idée de présenter Toto au travers de l’Histoire ?

Thierry Coppée ("Les Blagues de Toto") : « L'histoire m'a toujours fait rêver »Cela faisait deux ou trois ans que l’idée me travaillait ! J’avais précédemment présenté un projet de petites histoires (5/6 pages) qu’un autre dessinateur aurait mis en images. Ces histoires auraient revisité la Grande Histoire mais à la mode Toto. Le projet n’a pas vraiment emballé mon éditeur. Je me suis donc dit : "Puisque la version longue ne plaît pas, je vais la faire sous forme de version courte, de gags". Je pense que c’est un bon choix, je me suis bien amusé à faire cet album et cela m’a effectivement permis de changer un peu d’univers tout en restant dans celui de Toto.

Chaque album de Toto se construit autour d’une année scolaire. Mais dans ce tome 10, tout se place durant le séjour dans un bibliothèque : une invitation au voyage pour les enfants en mal de lecture ?

Il fallait introduire ce voyage dans le temps que je proposais au lecteur. Le fait que ce soit dans une bibliothèque me semblait naturel. C’est encore un lieu de savoir, où on peut avoir accès à l’Histoire de l’homme, même si Internet devient un concurrent sévère en ce qui concerne la recherche et le traitement de l’information. Je pense que je n’aurai pas pu faire ce livre il y a dix ans. Niveau documentation, Internet m’a vraiment beaucoup aidé. Une invitation à la lecture ? Peut-être. En tout cas, je sais que beaucoup d’enfants lisent ou apprennent à lire dans Toto. Le côté historique va peut-être les faire voyager, en effet.

Quelle est l’importance de l’Histoire pour vous ?

Je crois qu’il est important de savoir d’où on vient pour savoir où on va. Je suis quelqu’un de très attaché à ses racines. Par curiosité, mais aussi pour éviter de répéter ses erreurs. Je ne suis pas un érudit, un historien d’académie. Mais l’histoire m’a toujours fait "rêver" et en tant que dessinateur, cette matière m’a fourni beaucoup d’images. Les dates n’étaient pas une chose que j’aimais apprendre, je préférais imaginer, reconstituer les évènements.

Une fois de plus, même s’il s’agit d’une série jeunesse, on est bluffé du soin que vous apportez à chaque dessin : de la lisibilité, mais beaucoup d’arrière-plan ! Chaque personnage vit vraiment l’action ! N’êtes-vous pas lassé de passer autant de temps pour des détails qu’une partie des lecteurs ne lira jamais ?

Beaucoup de détails, oui. Sans doute cela cache-t-il un manque d’assurance... Je veux m’assurer que le lecteur comprenne bien ce que je veux dire, mais il y a surtout beaucoup d’amusement à les faire. J’ai envie que le lecteur comprenne qu’il y a de la vie dans mes récits. Que certains ne voient pas le travail fourni, ce n’est pas important. Que d’autres prennent du plaisir à "entrer" dans ces images, c’est évidemment très gratifiant.

Par la même occasion, cette thématique historique agrandit votre lectorat, car les adultes trouvent des pistes de lecture complémentaires par rapport aux albums précédents. L’album devient d’ailleurs un vecteur intergénérationnel, car l’adulte peut expliquer à l’enfant les raisons de certains détails. Étiez-vous conscient de cette possibilité en réalisant l’album ?

Oui, quand j’ai fait ce livre, je me suis dit que certains enfants allaient avoir besoin de clefs pour comprendre le gag. L’Histoire n’est plus étudiée en classe comme il y a 20 ou 30 ans, les programmes ont ouvert la discipline aux autres continents. C’est légitime, mais cela s’est fait parfois au détriment de notre propre histoire. Cela ne doit pas être évident pour un enfant dont les grands-parents ont grandi en Afrique du nord, par exemple, ou pour un jeune Chinois ou un jeune Afghan arrivé récemment sur le territoire européen d’appréhender l’Histoire du pays dans lequel il vit. Cet album aidera peut-être certains à mieux le comprendre ou leur donnera envie d’aller plus loin. Des parents m’ont déjà dit lors de la parution de tomes précédents, qu’ils racontaient les blagues à leur gamins (le soir, avant d’aller au lit), je me suis dit que sur cet album-ci, ils seraient mis encore un peu plus à contribution.

Vous présentez un hommage marqué à "Il était une fois... l’Homme" qui marqua la génération des années 1980...

C’est un hommage à une série que j’ai vraiment beaucoup aimée. Je la suivais à la télé, ma maman m’achetait les albums (captures d’écran légendées). Bien avant le magnétoscope, le DVD et YouTube, je relisais et relisais ces livres. J’ai peut-être vu une ou deux fois chaque épisode, mais je les connaissais par cœur pour les avoir lus dans ces albums. Ici, avec mon dixième album, j’ai voulu me faire plaisir, comme dit plus haut, j’ai voulu rendre hommage, oui. Mais si, en plus, on pouvait rendre curieux (ou un peu plus curieux) les lecteurs, c’est mieux encore. Je ne dis pas “éduquer”, mais intéresser, faire poser des questions, c’est déjà un excellent début d’apprentissage.

Une dizaine de gags comporte une rudesse historique atténuée par l’aspect humoristique de la série : de quoi éveiller les enfants sans les rebuter.

Vous lancez une petite pique finale contre le livre numérique : une volonté d’afficher votre détermination à défendre le livre-papier ?

Ce dernier gag n’est pas une pique, mais une inquiétude. Va-t-il rester encore longtemps des livres, ailleurs que dans les bibliothèques municipales ? Les gens lisent toujours, mais le support change, ainsi que toute une économie. Comme pour la musique, le cinéma, le livre et la BD en particulier voit son mode de consommation remis en question. les auteurs voient leur revenu modifié, les éditeurs ne les rassurent pas trop, puisque eux non plus ne savent pas trop où ils vont, donc on tâtonne, on hésite, on essaie... Ce gag allait plutôt dans ce sens, et rappelle qu’en attendant, on peut se rabattre sur une valeur sûre, qui a fait ses preuves depuis plusieurs siècles, le livre !

Mais bon, évolution des techniques oblige, alors que ce livre portait un regard sur le passé des hommes (surtout l’évolution de l’éducation à travers les âges), cet album a été entièrement fait sur ordinateur. le seul papier utilisé l’a été pour imprimer les bandes dessinées.

Avez-vous déjà une idée parallèle pour le tome 11 ?

Je travaille sur le tome 11 qui traitera du sport à l’école et à la maison. J’avais déjà évoqué ce thème dans le tome 5 avec la piscine, et de temps en temps dans des gags dans la salle de gym, mais pas sur un album complet. Peut -être que pour le tome 20 (ou avant, je l’ignore), je ferai un album plus spécifiquement scientifique (avec des gags sur la chimie, la biologie, la physique, l’électricité, la géologie,...). Je crois qu’il y a matière rigolote. Par contre, faire un Toto Globe-trotter (voir le Boule et Bill) ou Toto qui visite les départements de France, me paraît moins drôle, même si cela n’empêche pas d’imaginer des gags de temps en temps sur ce sujet.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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17 Messages :
  • bonne continuation, faites en nous encore beaucoup des "toto" pour nous faire rire, à notre prochaine rencontre,

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  • on est bluffé du soin que vous apportez à chaque dessin : de la lisibilité, mais beaucoup d’arrière-plan !

    Je pense le contraire, un manque de lisibilité flagrant à cause des décors surchargés au trait trop épais. Peyo est un maitre de la lisibilité, et Franquin dans Gaston, malgré des décors fouillés reste très lisible.

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    • Répondu le 17 janvier 2014 à  02:43 :

      (message en réaction au post de "itre")

      je suis sans voix face à la dureté des gens du milieu de la bd. Votre commentaire reste plus ou moins "soft", il n’est en aucun cas insultant... mais il reste dérangeant. L’auteur dit dans l’interview qu’il travaille beaucoup ses décors sans doute par "manque d’assurance", alors expliquez-moi comment vous est venu l’idée de poster ce message ? Cela va-t-il aider l’auteur à s’améliorer ? Cela va-t-il vous valoriser face aux internautes anonymes ? Ou alors cela a-t-il pour seul et unique but de donner votre avis ?

      Pourquoi est-ce que je poste ce message à rallonge ?
      Car je reste assez interloqué devant cette profusion d’avis érigés en vérités inébranlables, et qui ne se soucient jamais de l’effet produit chez les personnes concernées. En quelques mots, en quelques lignes, vous dévalorisez tout le travail (dantesque je peux vous l’assurer) d’un auteur fortement apprécié des plus jeunes.

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      • Répondu par Joe le 17 janvier 2014 à  12:38 :

        Certes, mais on a le droit de critiquer un travail, même si ça fait de la peine aux auteurs. D’autant plus que le commentaire d’Itre est modéré et argumenté (il ne se contente pas de dire « c’est de la merde »).

        Pour ma part je suis assez d’accord avec Itre. Pourtant je n’ai rien personnellement contre Thierry Coppée. Incroyable, non ?

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      • Répondu par lebon le 17 janvier 2014 à  13:00 :

        les critiques s’évaporent, les albums restent. Et je vous encourage à critiquer mon intervention.

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        • Répondu par un auteur BayDay le 17 janvier 2014 à  15:09 :

          Moi ce qui m’afflige c’est cette espèce d’inversion des opinions.
          J’aimerai bien que l’on fasse des critique sur la génération "queue de vache (graphique) dans la main" et qui se prennent pour le demi-dieu Midas, croyant que tout ce qu’ils touchent se transforme en or :trondheim, sapin, sfar, Larcenet, Vives... manque de pot ça ne marche pas à tout les coups...
          Je pense qu’il y a un profond mépris des gros lecteurs de BD mais aussi du milieu BD en général pour la BD "populaire".
          C’est un peu une réaction épidermique comme pour dire, "oui mais la BD c’est pas que pour les enfants"...
          Le travail de Coppée est honnête et l’auteur a une réelle humilité. Et son succès n’est pas un hasard même si ça fait mal aux bides de certains...

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          • Répondu par Michel Dartay le 17 janvier 2014 à  19:51 :

            J’ai rencontré Thierry Coppée il y a plus de cinq ans, dans une médiathéque de la banlieue parisienne (Puteux ou rueil-Malmaison)où il dédicacait (de mémoire, il y avait aussi de Gieter, et peut-être Eddy Paape et Kiko). Je dois dire que je connaissais pas l’oeuvre de cet auteur, donc je suis allé discuter deux minutes avec lui. D’une stupéfiante humilité, il m’avait expliqué qu’une série de dessins animés était en cours d’élaboration, et m’avait indiqué les chiffres de vente de sa série chez Delcourt (dont il était déjà un gros bestseller, sinon le premier !). Il a du être dépassé depuis par les Légendaires, mais je crois me souvenir que sa série se vendait surtout dans le cicuit de la grande distribution (Carrefour, Auchan...), et pas trop dans le circuit des libraires spécialisées BD.

            Je garde dans tous les cas un agréable souvenir de cette rencontre impromptue.

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            • Répondu le 18 janvier 2014 à  00:21 :

              L’iconographie de l’article a été complètement changée depuis sa parution. En espérant que cela relativise les commentaires hâtifs et trop souvent blessants des "spécialistes-minute"...

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              • Répondu le 18 janvier 2014 à  12:59 :

                C’est fou ce que ça relativise en effet ; un décor de bibliothèque, waouh ! Des cubes, des quadrilatères ! Ca fait rêver comme dans une bd de com’, j’en ai plein les yeux.

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        • Répondu le 22 janvier 2014 à  13:39 :

          Les albums sont pilonnés, nuance

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  • je l’ai connu instituteur et il a réalisé son rêve : faire de la bd. Bravo. Il est doué (Toto aussi !)

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  • Je viens d’assister à un spectacle réjouissant.Un petit attroupement de gamins bigarrés gros joueurs de consoles et de cartes à collectionner,lecteurs enthousiastes et presque exclusifs de mangas façon Bleach ,One Peace et autres Naruto,,qui se foutent de la courbure idéale de la ligne claire comme de la dernière supposée révolution esthétique ;les mains pleines d’albums des éditions Bamboo et....des Blagues de Toto.Ça s’agitait ferme.Et avec sérieux.Le rire des enfants c’est du sérieux.Et leur jugements sans appels.

    Et vas-y que je te lis un gag puis un autre : trop marrant .J’attrape un autre livre je me marre encore .Je montre au copain, qui rit aussi ,il me montre son livre : je ris tout autant.Oh celui là il a l’air chouette.Je l’ouvre.Je ris encore.Je montre aux autres.Ils font de même.Ça rit.Dans la frénésie.Trop trop marrant.Et la couverture là .J’adore.Ce dessin.Trop drôle .Trop trop bien fait.ENCORE !!!

    Heureusement que des personnes ont le bon goût et le talent de s’adresser au grand public et aux enfants. Tout sauf facile.De leur faire découvrir la saveur ou prolonger l’appétit pour les histoire en petites cases.De perpétuer ou renforcer le lien qui uni -autrefois avec une belle évidence aujourd’hui moins naturellement-le grand public et la BD.Un gros travail de fond .Et d’importance.Le style global gagne du terrain.Surtout sur les plus jeunes.Il est primordial de garder au fond de l’œil une place pour le trait et la narration franco-belge.Thierry Coppée en est un exemple vivant.Un exemple vivant surtout de ces personnes de goût et de talent.Magnifique.Merci à eux.Et à lui.

    Pas d’autres choses à dire au final que :

    Bravo.

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    • Répondu le 22 janvier 2014 à  21:19 :

      Bien-sûr, on y croit. C’est pas la plume occulte, c’est la plume mytho.

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      • Répondu le 22 janvier 2014 à  22:21 :

        C’est vrai que c’est mieux de faire rêver les bobos avec les bd télérama.

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        • Répondu par Oncle Francois le 23 janvier 2014 à  10:32 :

          C’est vrai que les bd teléramas sont d’excellents soporifiques, très pratiques en cas d’insomnie prolongée.

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          • Répondu par Fred le 23 janvier 2014 à  18:56 :

            C’est vrai que les bd teléramas sont d’excellents soporifiques

            Moins que vos posts réactionnaires.

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          • Répondu le 23 janvier 2014 à  20:48 :

            Et puis les BD télérama, ça donne quand même la possibilité à l’auteur, d’être dans une sélection officielle d’Angoulême... Parce que les auteurs Coppée, qui vendent des millions d’albums, il manquerait plus que ça quand même !

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