Tintin au Congo - "Pas raciste", dit la Cour d’appel de Bruxelles

6 décembre 2012 18 commentaires
  • Le feuilleton se termine, du moins sur le plan belge : Dans un arrêt rendu hier, le mercredi 5 décembre 2012, la Cour d'appel de Bruxelles a confirmé le jugement rendu en première instance en février dernier : Tintin n'est pas raciste. il ne reste plus aux plaignants qu'à saisir la Cour Européenne de Justice.
Tintin au Congo - "Pas raciste", dit la Cour d'appel de Bruxelles
Bienvenu Mbutu Mondondo : il portera sans doute l’affaire devant des instances européennes
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

M. Bienvenu Mbutu Mondondo s’en doutait. La dernière fois que nous l’avions rencontré, le 8 décembre 2010 au Salon de la bande dessinée africaine à Paris, il nous confiait qu’il ne pensait pas qu’une cour bruxelloise serait capable de contrarier l’opinion belge : Tintin est une institution dans le Plat Pays. Et d’envisager déjà un recours auprès la Cour européenne de justice.

Soutenu par le CRAN, M. Bienvenu Mbutu Mondondo pensait s’appuyer sur la loi belge de 1981 destiné à réprimer certains actes racistes et xénophobes (une sorte d’antécédent belge à la Loi Gayssot) pour obtenir l’interdiction de l’album d’Hergé. Après un premier jugement en première instance défavorable pour le plaignant, la Cour d’appel de Bruxelles en a décidé autrement. Dans ses attendus, elle souligna justement qu’Hergé ne "pouvait avoir en 1930 le même état d’esprit que celui qui allait inspirer, un demi-siècle plus tard, la loi de 1981."

La Cour a eu cet autre argument : "Hergé s’est borné à réaliser une œuvre de fiction dans le seul but de divertir ses lecteurs. Il y pratique un humour candide et gentil." Bon, là nous ne sommes pas obligés de la suivre : après tout, Hergé lui-même concéda au micro d’Apostrophes qu’il travaillait alors dans un journal conservateur (il dit même : d’extrême droite) qui véhiculait les idées racistes les plus ordinaires, le Congo étant alors une colonie belge. Tintin au Congo est un à n’en pas douter un excellent outil de propagande coloniale.

Mais aujourd’hui, la République du Congo est un pays indépendant et chaque parent qui achète l’album pour son enfant -surtout s’il est africain- peut prendre en compte le caractère daté de son histoire. L’intention raciste ne peut donc être véritablement établie.

Alors, fin de partie ? Pas sûr car, au niveau européen, le tribunal trouvera peut-être moins d’excuses au passé colonial belge.

Tintin au Congo (1930) : raciste ou pas raciste ?
(c) Hergé, Casterman & Moulinsart.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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18 Messages :
  • Tintin au Congo - "Pas raciste", dit la Cour d’appel de Bruxelles
    6 décembre 2012 06:42, par Jean-Philippe

    Mais d’où ce Monsieur Mondondo sort-il les finances nécessaires à ces procès ? Il représente une association ? Un lobby ? Quel est son but ? Est-ce une action personnelle ou cache-t-elle autre chose ?

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    • Répondu le 6 décembre 2012 à  11:32 :

      sans doute subventionné par des associations bien-pensantes, non ?

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      • Répondu par Oncle Henri le 7 décembre 2012 à  18:18 :

        s’il gagne, sera t-il prix Nobel de la Paix ?

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  • Les Belges ont-ils réglés leur Histoire avec le Congo ?
    Cet album est ouvertement raciste. Faut vraiment être hypocrite pour ne pas le reconnaître.

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    • Répondu le 6 décembre 2012 à  14:36 :

      Mais ça veut dire quoi raciste dans ce cas ? Qu’il fait une différence entre les ethnies humaines (blancs/noirs) ou qu’il considère les européens supérieurs aux africains ou l’inverse (ce qui n’est pas le cas de Tintin au Congo).

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      • Répondu le 6 décembre 2012 à  23:26 :

        Euh si c’est clairement le cas, relisez-le.
        Mais c’est normal, le contexte des deux albums (1929 puis 1946 je crois) était très différent d’aujourd’hui, et Hergé lui-même a évolué.

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        • Répondu le 7 décembre 2012 à  09:27 :

          Cet album pose aujourd’hui la question du rapport de la Belgique au Congo. La décision de Justice prise à Bruxelles est politiquement stupide : elle ne pourra qu’envenimer la situation. Tintin est (encore plus que Spirou) le personnage allégorique de la nation Belge. Il n’appartient même plus à ses héritiers mais aux Belges. C’est l’héritage de tout e la Belgique et même avant la disparition de Hergé, Tintin l’était déjà. En France, le personnage allégorique, c’est Astérix, en Angleterre, James Bond, aux USA, depuis Uncle Sam, ils ont eu Superman, Captain America, Batman, Spiderman (le super héros). Donc, pour en revenir à Tintin, que le veuille où non ces héritiers, il continue d’incarner un discours, et comme ce discours évolue ou doit évoluer, l’interprétation du personnage avec. Cet album doit donc être replacé dans son contexte et être réédité avec l’avant-propos qu’il mérite, c’est même indispensable parce qu’autrement, le message qu’envoie la Belgique de son passé colonial n’est franchement pas clair, genre : "non, je ne regrette rien".
          Une réédition de Tintin au Congo s’impose.

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    • Répondu par totocarolo le 6 décembre 2012 à  21:28 :

      Réglons cette histoire et apposons une notice d’avertissement précisant le contexte historique de l’histoire. Cela appaisera les deux parties. Et pour ceux qui auront toujours du mal à supporter ce livre en vente, ils n’auront qu’à pas l’acheter tout simplement...

      Que d’histoires pour une bande dessinée vieille de plus de 80 ans !!!

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      • Répondu le 7 décembre 2012 à  00:25 :

        Réglons cette histoire et apposons une notice d’avertissement précisant le contexte historique de l’histoire.

        C’est déjà ce qui est en pratique en Suède ce qui n’a pas évité la menace de retirer ces ouvrages à l’exposition dans les bibliothèques publiques (sous le prétexte que les enfants ne lisent pas les notes d’avertissement). À ce point il n’y a aucune bonne solution juridique- et cette histoire n’est pas terminée ou ressurgira éventuellement -et forcément ! Je prévois à plus ou moins long terme un retrait de la vente de cet ouvrage. Il sera toutefois disponible en bibliothèque publique, sans être néanmoins exposé mais pourra être consulté sur demande. Ce scénario n’est nullement ce que je souhaite mais ce qui me parait plus que plausible dans un futur plus ou moins proche. De toute manière, qui sait ? Tintin peut très bien s’avérer totalement obsolète d’ici 10 ans. Rien ne garanti sa perrénité, c’est un produit soumis aux lois du marché. C’est peut-être ainsi le début de la fin de Tintin (à la vente) auquel on assiste. Il existe déja un musée, non ?

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  • Elle ne vous semble pas bizarre cette couverture du livre ? Les roues sont de travers et la voiture ne fait pas d’ombre sous elle, c’est comme si elle volait au dessus du sol.

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    • Répondu par totocarolo le 7 décembre 2012 à  09:52 :

      C’est ce qu’on appelle la ligne claire je crois :-/

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    • Répondu par Norbert le 7 décembre 2012 à  10:50 :

      Grâce à votre regard acéré, la BD devrait enfin faire un grand pas ! Heureusement que l’œil vif des lecteurs permet souvent aux éditeurs d’éviter de publier de grossières anomalies. Nul doute que votre perspicacité devrait permettre à celui-ci de demander au dessinateur de revoir sa copie très rapidement, c’est probablement dû à une erreur d’inattention de sa part...

      PS : Ah ben zut... J’apprends à l’instant que la couverture date de 1946 et que l’auteur est malheureusement décédé depuis près de 30 ans... Que n’avez-vous réagi plus tôt, il aurait pu éviter de commettre pareille étourderie...

      Mais j’ai une autre piste pour vous : il me semble avoir remarqué que le personnage de Mickey n’a que quatre doigts à chaque main, peut-être devriez-vous intervenir, il n’est peut-être pas trop tard ?

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  • Tintin au Congo - "Pas raciste", dit la Cour d’appel de Bruxelles
    8 décembre 2012 12:29, par Géronimo

    ce qui est amusant, c’est le relativisme qui est impliqué par tout cela, venant de gens qui prétendent se fonder (je suppose) sur des valeurs "universelles" donc valables pour tous les temps.
    En effet, en 1930, la vision des noirs telle qu’on la trouve dans Tintin au Congo était à peu près partagée par tout le monde (à quelques exceptions près)chez les occidentaux
    C’était donc non pas Hergé ou son journal qui étaient racistes, mais l’époque...
    Une condamnation de l’époque étant impossible ou risible , on cherche à condamner un auteur.
    Demain, peut être ce sont nos postulats politiquement corrects qui paraitront risibles...
    En tous cas, le "racisme" colonial belge au Congo n’est pas allé (faute sans doute de moyens) à obliger les noirs à combattre pour leurs colonisateurs dans les tranchées en 14-18 ( même s’ils ont certainement combattu en Afrique contre les forces allemandes au Tanganyika), alors que la France l’a fait.
    Croyez-vous que la France officielle s’en repente ? L’antiracisme officiel actuellement dominant en France se concilie tout à fait avec cette attitude historique, les braves noirs étant supposés être venus mourir librement pour les valeurs égalitaires de la République...

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    • Répondu le 9 décembre 2012 à  14:31 :

      Vous avez une manière de raconter l’Histoire originale. Mais bon. Cela n’empêche qu’au jour d’aujourd’hui, Tintin au Congo pose problème. Mettez-le entre les mains d’enfants et posez leur des questions, vous verrez.

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  • Bonjour,
    J’aimerais apporter un petit témoignage, car il y a beaucoup de gens qui mettent des points de vue théoriques. Personnellement je suis métisse et mon père (qui est blanc) m’a fait découvrir Tintin que j’ai adoré dans plusieurs albums, mais un jour j’ai lu (vers 10 ans) Tintin au Congo et ça a été un choc pour moi à l’époque : "Mon héros se moquait certes gentiment mais tout de même de façon condescendante de petits noirs", du haut de mes 10 ans je ne connaissais pas le contexte historique mais j’étais très très déçue par mon héros, que j’ai moins aimé par la suite, même s’il s’est rattrapé à mes yeux au Tibet. Après je ne parle pas d’un gros traumatisme, je ne pense pas qu’il faille nécessairement censurer ce livre, mais dire qu’il n’y a rien pour offenser dedans n’est pas vrai non plus. La vraie question est : "Est-ce qu’un lecteur de 10 ans blanc peut assimiler inconsciemment quelques idées racistes en lisant Tintin ?" je pense que ces idées, il les trouvera hélas ailleurs et de façon plus claire. En grandissant j’ai pris plus de recul vis à vis de cette histoire, et j’ai commencé à faire découvrir Tintin à ma fille. Pour Tintin au Congo, rien ne presse, je lui expliquerais les choses, le contexte, mais qu’il y ait une petite note en début de livre, à mon avis, ce n’est pas du luxe... Quand j’avais 10 ans, j’y ai quand même appris quelque chose qui m’a fait grandir : "Même le plus grand des héros peut avoir eu des défauts", l’évolution du personnage dans le temps est tout de même positive.

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  • Moi j’ai appris à lire avec "Les voyages de Macoco" et j’avais 6 ans , alors si Tintin est raciste que dire de cette édifiante méthode de lecture enseignée à la t^te blonde que j’étais à l’époque ?

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  • Tintin au Congo - "Pas raciste", dit la Cour d’appel de Bruxelles
    17 mai 2013 11:21, par Pierre-Marie Bourdaud

    Sur cette affaire, voici l’article que j’avais passé sur Rue89, remanié pour l’occasion :

    En assignant l’éditeur Casterman, le Congolais Bienvenu Mbutu Mondondo, qui réside en Belgique et non au Congo, tiens donc, était l’idiot utile de tous ceux qui crient que l’antiracisme fera autant de morts au XXIe siècle que le communisme au XXe siècle.

    Certes, il y a beaucoup à faire pour lutter contre le racisme et l’esclavage, en Afrique comme au Moyen-Orient, car tous les esclavagistes et tous les esclaves ne sont pas européens (on pourra relire « Coke en Stock »).

    Il faut lutter, mais pas en s’en prenant à une BD vieillotte, simpliste - et pas qu’au point de vue des idées-, et n’intéressant plus que les gens nostalgiques de leur enfance.

    Actuellement, les enfants - qu’il convient évidemment d’éduquer au respect de la différence, expliquant que leur civilisation n’est pas, par quelque décret divin, essentiellement supérieure à toutes les autres, ne lisent pas tous Tintin, mais Titeuf et des mangas.

    Si certains doivent avoir honte, ce ne sont pas les Africains, dont les élites intellectuelles sont parfaitement à même d’enseigner les richesses du passé pré-colonial, mais les Occidentaux qui doivent reconnaître que leurs préjugés négatifs étaient totalement faux.

    A cause d’un européocentrisme suffisant, ils étaient incapables de comprendre vraiment qui étaient ces peuples qu’ils rabaissaient pour mieux les dominer.
    Le hasard veut que j’aie lu récemment deux livres anciens :

    • La BD « Les Casseboufigue en Afrique » de Guy Sabran (éd. GP - 1947), où une bande de petits Français débrouillards mène à la baguette une armée de « nègres » idiots, cupides, fainéants, naïfs, complexés et j’en passe ;

    • Un recueil de cartes postales anciennes, « Souvenirs du Sénégal » (éd Regard - Visiafric) où les mêmes « nègres » sont photographiés dans leur vérité : qu’ils soient habillés ou nus, tous dignes, fins, à cent lieues des clichés crétins que nos parents partageaient en toute bonne foi naïve.

    L’Afrique avait son histoire avant que les Occidentaux ne l’envahissent au XIXe siècle. Une histoire très riche et complexe occultée par les envahisseurs, comme fait tout envahisseur. Regardez comment, pendant longtemps dans nos livres d’histoire, nous n’avons vu la Gaule que comme un no man’s land vaguement peuplé de sympathiques nigauds.

    Sur quelques générations, l’Afrique s’est vu imposer un progrès qui, pour nous, a pris des siècles. Cela a été fait en discréditant tout ce qui constituait son patrimoine économique, culturel, religieux.

    Reste à prouver que le progrès, notre progrès, est aussi un progrès humain. Car notre Occident est quand même cette civilisation qui a pondu deux guerres mondiales et quelques génocides ; qui, avec ses moyens techniques supérieurs, pille, pollue, détruit plus qu’aucune autre civilisation avant elle.

    L’Afrique n’était pas un Eden : j’ai écrit plus haut qu’elle avait une « histoire complexe ». Elle avait déjà ses démons, mais ni plus ni moins que dans notre histoire. Nous avons tout aggravé. Nous avons fabriqué des gens partagés entre le complexe d’infériorité devant bwana (le colon blanc, en swahili) et la rancœur.

    Des gens dont le désir de se projeter dans un avenir qu’ils veulent maîtriser est contrecarré : on poursuit, sous une autre forme, notre action prédatrice sur leurs ressources humaines et matérielles. Ce pillage qui, il y a un siècle, était l’esclavage, s’appelle maintenant « l’immigration choisie ».

    On nous dit : « Ils sont aussi victimes de leurs propres dirigeants ». Et nous, on a mieux avec nos Sarkozy-Fouquet’s, nos médias asservis aux grandes fortunes et notre Medef ?

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  • Ca me fait penser à cet avocat qui porte plainte contre Ponce Pilate pour la mort de Jésus Christ.

    http://www.directmatin.fr/insolite/2013-08-02/mort-du-christ-un-avocat-porte-plainte-contre-ponce-pilate-522302

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