Tintin et les contrefacteurs : « Saint-Tin » devant le tribunal

4 avril 2009 19 commentaires
  • Il fallait s’y attendre, les ayant-droits d’Hergé ont assigné devant le tribunal d’Evry les romans du Léopard Masqué parodiant les aventures de Tintin. Le contexte de l’ouverture prochaine du Musée Hergé en Belgique et du lancement l’année prochaine du film de Spielberg, Le Secret de la Licorne, n’y est sans doute pas étranger.

On l’apprend par une dépêche de l’AFP, l’éditeur Arconsil qui a publié une série de romans intitulés « Saint-Tin » parodiant les aventures du célèbre reporter à la houppe, a été assigné jeudi dernier à Evry (Région parisienne) pour contrefaçon de l’œuvre d‘Hergé. Rien d’étonnant à cela : l’auteur de ces ouvrages étant venu jusque dans nos colonnes défier la société bruxelloise.

Dans sa plaidoirie, l’avocate de Moulinsart, Me Florence Watrin, a logiquement reproché à l’éditeur d’avoir « exploité les éléments qui font la notoriété de l’œuvre », et contrefait les titres et les personnages. C’était un peu notre opinion : « les couvertures ont tout l’air d’être des contrefaçons de l’œuvre d’Hergé » écrivions–nous en novembre dernier. L’éditeur se défendait en opposant le droit de parodie : « Si une parodie ne ressemble pas à l’original, ce n’est plus une parodie. Une parodie peut être satirique, elle peut se moquer, elle peut magnifier. En l’occurrence, c’est vraiment une parodie-hommage. […] C’est important : il s’agit vraiment d’une re-création. La parodie ne peut pas être moins bonne que l’original, surtout que l’on a pas le soutien du dessin.  »

Tintin et les contrefacteurs : « Saint-Tin » devant le tribunal
Gordon Zola en novembre 2008. Il est aujourd’hui assigné devant le tribunal pour contrefaçon de l’oeuvre d’Hergé. Derrière lui des parodies de Tintin mais aussi de Harry Potter et d’Astérix qui n’ont valu aucun procès à leur auteur.
Photos : D. Pasamonik (L’agence BD)

Une argumentation tangente

À la barre, Me Florence Watrin dénonce un « coup éditorial », s’arrogeant le droit, « d’une prétention inouïe », de se saisir des albums d’Hergé pour en faire « des ouvrages assez médiocres ». Elle réclame en conséquence 160.000 euros de dommages et intérêts, demande l’interdiction de la distribution et de l’impression des livres, et la publication du jugement.

En face, l’avocate de l’éditeur Me Bénédicte Azzopard s’étonne de la virulence marquée par «  l’agressivité et la méchanceté », de l’attaque de sa consœur. Elle souligne qu’il n’y a pas eu d’atteinte à l’œuvre parodiée qui rend hommage à Hergé mais aussi à ses précurseurs, comme Rouletabille. Elle ajoute qu’il ne saurait y avoir de confusion entre une bande dessinée et un roman. La décision a été mise en délibéré au 9 juillet. « D’ici là, nous dit l’AFP, l’éditeur, dont le stock a été saisi, risque le dépôt de bilan. ».

Nous ne sommes pas plus étonnés de la suite qui est donnée à cette affaire par Moulinsart. Dans le contexte du lancement, le 2 juin prochain, du Musée Hergé et surtout du lancement en 2010 du film adapté de Tintin dont les réalisateurs, Steven Spielberg et Peter Jackson ont annoncé le début du tournage ces dernières semaines, Moulinsart ne pouvait que radicaliser la défense de ses intérêts, d’autant que, l’année prochaine, ce sera sans doute la Paramount qui gèrera le merchandising du personnage.

Si la contrefaçon nous semble patente, il est intéressant de voir dans quel sens le tribunal rendra son jugement. Une affaire récente, Moulinsart contre Bob Garcia, toujours frappée d’appel, avait rendu un premier jugement assez décevant pour l’ayant-droit d’Hergé. Dans cette affaire qui devra juger si la contrefaçon de l’éditeur peut se justifier par le droit de parodie, les argumentations sont tangentes. La conviction des juges pèsera d’autant plus sur la sentence. Il n’est pas sûr qu’elle donne raison à Moulinsart…

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
19 Messages :
  • C’est franchement pitoyable ce comportement de profiteur. C’est profiter du travail des autres pour essayer dans récolter les graines à moindre frais.Le manque de talent compensé par le manque de scrupule.
    On voit bien que cette collection n’est qu’une entreprise de piratage de l’univers de Tintin.Sachant qu’ils y a beaucoup de collectionneurs prêts à acheter n’importe quoi en rapport avec Tintin, ils se sont dit qu’il y a de l’argent facile à se faire, et 23 fois 10€ ça fait quand même 230€, ce qui n’est pas négligeable.

    Il ne serait que justice que Moulinsart gagne ce procès, car cette entreprise de piratage est une insulte aux véritables amateurs de Hergé et Tintin.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Fred Boot le 5 avril 2009 à  07:59 :

      Il y aurait piratage si le contenu était le même que l’original. Ce n’est pas le cas. Ce n’est même pas une bédé.

      Les collectionneurs sont responsables de leurs comportements, je ne vois pas en quoi cela est une pièce à charge contre l’éditeur des romans incriminés.

      Buvez de l’eau fraîche, mon vieux.

      Sinon, réflexion : le code de la propriété intellectuelle tolère les parodies et les pastiches... Mais ces romans sont-ils des parodies, des pastiches, ou bien autre chose ? Cela peut influencer pas mal de choses, pas forcément dans le sens de la défense.

      Répondre à ce message

    • Répondu le 5 avril 2009 à  16:58 :

      Contrefaçon ????ce terme serait à pleurer de rire s’il ne conduisait pas à cette attitude imperialiste de la part des "ayant droits" d’hergé ! Imaginer que le public lambda serait assez cretin (et je suis gentil) pour confondre ces parodies avec un album reel de tintin ???!! on se moque de qui là ?Il est abberant qu’une oeuvre "litteraire" soit considérée d’une certaine façon de la meme façon qu’un texte religieux !!!c’est n’importe quoi, ça me sidere un tel aveuglement, une telle "dévotion" !!on est dans le delire total !Je veux bien reconnaitre que ces parodies ne sont pas d’un niveau litteraire tres elevé, mais ,aucune idée de contrefaçon là dedansquand bien meme, l’essence de la parodie est de reprendre TOUT les codes d’une oeuvre, aucune idée de contrefaçon là dedans, on baigne vraiment dans le n’import quoi !!Et les ayant droit de Saint Ogan, ils ont foutu la paix à hergé ?On va bientot pouvoir se foutre plus aisement de la bible, du coran, etc... que de l’oeuvrette du pauvre studio hergé !

      Répondre à ce message

      • Répondu par Jean-Baptiste le 6 avril 2009 à  00:13 :

        La contrefaçon ne trompe personne, les gens qui achètent de faux Vuitton sur les marchés italiens près de la frontière savent ce qu’ils achètent, c’est l’entreprise de parasitage qui consiste à profiter d’une image de marque connue qui est vraiment condamnable.

        Il n’y a pas là d’aimable pastiche pour rigoler, c’est bien l’envie de faire un coup pour gagner du fric sur le dos d’Hergé qu’il s’agit.

        Et si vous pensez vraiment que l’oeuvre d’Hergé n’est qu’une "oeuvrette du pauvre studio hergé", vous êtes soit un ignorant, soit un imbécile (quoique être les deux vous irez assez bien).

        Répondre à ce message

        • Répondu le 7 avril 2009 à  20:40 :

          merci pour ces aimables qualificatifs, je n’en merite pas tant ;-) J’ai franchement juste l’impression que l’on erige une chapelle autour de la production d’Hergé, laquelle ne mérite pas tant non plus.Les marchands du temple ne sont pas ceux que l’on croit, un post signale plus bas la quantité industrielle de version deifferentes des albums, (N/B, couleurs, formats, integrale,fac similé,etc...), et je ne parle pas du delire autour des statuettes, officielles, pas officielles, épuisées, plus épuisées, etc...où l’on atteint des sommets en matiere de kitsh ;si ces parodies, pastiches, car ce n’est rien de plus, se vendaient à ne serait ce des dizaines de milliers d’exemplaires, je comprendraient que la world hergé company fasse la gueule (par exemple de ne pas avoir eu l’idée avant), mais là, franchement,et j’en reviens à ma premeire impression, on est dans le délire total !...ça va etre quoi, apres ? interdiction de dessiner des fox blancs ? l’imbecile vous plaint, tiens...

          Répondre à ce message

    • Répondu par Hervé le 8 avril 2009 à  11:04 :

      Mais non, mais non, l’argent facile il est des deux côtés, Moulinsart qui veille sur son coffre-fort et un éditeur qui surfe sur la vague tintin, bof... score nul.
      Une statuette d’un personnage tintin, vendue 400€ et plus , fabriquée en Chine ! Coût de revient entre 20 et 30 €, qui profite des gogos-acheteurs ?
      Allez, les amateurs de tintin sont en majorité des vieux et ces vieux ont la particularité de mourir assez facilement, alors quid de la notoriété future de tintin and co ? No future...

      Répondre à ce message

    • Répondu par Robert le 29 avril 2009 à  04:57 :

      Herge est nul a chier. Regardez un peu ses premiers dessins et ce qui se fait actuellement ! D ailleurs, s il ne voulait pas que l on continue son oeuvre c est parce qu il avait peur que son successeur soit meilleur !!!
      Robert

      Répondre à ce message

    • Répondu par oviedo04 le 29 octobre 2009 à  12:58 :

      ce n’est pas une question de profiter ou non de l’oeuvre d’Hergé toi meme tu ne le sais pas. Si les collectionneurs ne peuvent pas comprendre cette chose si simple qu’est la parodie c leur problème. C marrant ces histoires c tout.

      Répondre à ce message

  • Si Moulinsart gagne, toute parodie pourra désormais être considérée comme une contrefaçon. Wha !!!

    Répondre à ce message

    • Répondu par ostap le 5 avril 2009 à  21:46 :

      Louis Forton avait avant Hergé utilisé Tintin comme nom de personnage de bd. Alors Hergé lui même contrefacteur ?

      Répondre à ce message

      • Répondu le 7 avril 2009 à  23:17 :

        Et même Rabier avant lui !

        Voir en ligne : Geert

        Répondre à ce message

      • Répondu par papy bruno le 19 novembre 2010 à  19:39 :

        Oui : dans "Cri-Cri" en 1921. Les ayant-droits de Forton devraient intenter un procès aux gentils Rodwell, procès qu’ils gagneraient surement, compte-tenu du "précédent" que crée cette affaire Gordon Zola ! P.S : amitiés a la liberté d’expression.

        Répondre à ce message

    • Répondu par Sergio Salma le 6 avril 2009 à  23:14 :

      Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’inconscience totale (ou feinte ?) de l’auteur de ces pastiches et parodies. Connaissant l’agressivité des ayants droit , avait-t-il imaginé échapper à leur courroux ?

      Lui, Gordon Zola, existe-t-il sans la référence ? A-t-il autre chose à raconter que ces délires autour d’univers d’autres auteurs ? Son ambition première est-elle de pouvoir caser les jeux de mots les plus atroces en couverture ? Cet auteur est-il fou ? Et l’éditeur au fait ? Il risque aussi d’y perdre des plumes...
      La note est un peu salée tout de même. Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, les avocats. Ce serait dommage pour Gordon et intérêts pour qui on sait.

      Espérons que ça ne donne pas des idées à d’autres ayants droit. Les descendants d’Emile vont peut-être monter au créneau. Et les inventeurs du gorgonzola décideraient aussi d’en faire tout un fromage .

      En tant que lecteur, quoi de plus jouissif que la parodie ou l’irrévérence ; mais l’exercice serait plus approprié dans le contexte d’une revue par exemple .
      A part ça, je ne pense pas qu’il puisse y avoir tromperie ; on voit tout de suite qu’il ne s’agit pas là de vrais albums de Tintin. Quoique ces derniers temps, on les a décliné sous tellement de formes et formats ( un coup en noir et blanc ,un coup en fac -similé ,un coup le crayonné du fac-similé en petit format, un coup en syldave et en couleurs à l’italienne reliure cuir etc... )qu’il vaut peut-être mieux de temps en temps faire un peu de ménage.

      Répondre à ce message

      • Répondu par brio le 8 avril 2009 à  21:20 :

        Contrairement au gorgonzola, l’éditeur du Léopard masqué et auteur du Crado pince fort ne peut pas être un bleu (et pourtant, un Gordon bleu, hein !) : on ne saurait être tintinophile et ignorant de l’hypersensibilité de Moulinsart SA.

        Répondre à ce message

  • Bon ! Avez-vous seulement lu ces parodies ?
    Elles sont nulles à ch**** comme dirait Tinlot.
    Et ce procès va tout simplement faire la promotion d’une très mauvaise parodie.
    Tout le monde y gagne en publicité.
    Quant à Hergé, je crois que monsieur J Martin a déjà dit tout ce qu’il y a à dire sur son site "Alix l’Intrépide".
    Les lecteurs sont bien obligés de lire des daubes comme ces parodies puisqu’il n’y a plus de vrais albums.

    Répondre à ce message

  • Ce qui est choquant, c’est la protection d’un patrimoine qui appartient finalement aux lecteurs de Tintin ! Les héritiers qui n’ont rien fait ont tous les droits de décision, encaissent les royalties, etc. Si on avait au moins laissé les collaborateurs d’Hergé terminer l’oeuvre du maître !
    Quant à la parodie en question, je ne l’ai pas lue. Si c’est mauvais, comme le souligne un correspondant... autant ne pas en parler. D’ailleurs, les parodies et autres imitations incitent plutôt à retrouver l’original, c’est bien connu !

    Répondre à ce message

    • Répondu par ange du désespoir le 20 avril 2009 à  12:20 :

      Hé bien, les parodies sont épuisantes, une interminable suite de jeux de mots ennuyeux et stupides et de digressions inutiles et pour une intrigue idiote et confuse.
      Il faut énormément de courage pour arriver à lire un machin si indigeste jusqu’au bout.
      A titre personnel, j’ai dû m’aider d’un carnet pour noter au fur et à mesure de la lecture de ces parodies les éléments de l’intrigue noyés dans les digressions et les jeux de mots afin de comprendre plus ou moins où ils voulaient en venir.
      On est loin du style clair d’Hergé et encore plus loin du plaisir à lire.
      Les prochaines parodies, si il y a , seront peut-être moins ennuyeuse.
      En fait, il n’y a que les illustrations des couvertures qui sont un peu, très peu, amusantes.
      Ils auraient du mieux faire.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 20 avril 2009 à  16:37 :

        Bien d’accord avec vous.

        Répondre à ce message

      • Répondu par oviedo04 le 29 octobre 2009 à  13:05 :

        la valeur de ces livres n’importe qu’à ceux qui veulent les lire. Alors fermez-la avec vos commentaires à 2 francs qui vous font penser que vous etes des critiques littéraires.

        Répondre à ce message