Tom Tirabosco : "J’ai envie d’explorer le dessin sous toutes ses formes"

29 avril 2009 0 commentaire
  • A la fin de l’année dernière {{Tom Tirabosco}} signait avec Pierre Wazem « {La Fin du Monde} », un récit intimiste et initiatique, non dénué d’éléments fantastiques, voire oniriques. L’auteur nous parle de cet album et de la technique du monotype qu’il utilisa pour le dessiner.
Tom Tirabosco : "J'ai envie d'explorer le dessin sous toutes ses formes"

Pourquoi travaillez-vous avec Pierre Wazem ?

Nous habitons la même ville, à Genève. Nous avons réalisé ensemble trois albums : Week-end avec préméditation (aux Humanoïdes Associés), Monroe (chez Casterman) et enfin La Fin du monde aux éditions Futuropolis. Nous nous entendons parfaitement bien et c’est un bonheur de travailler avec lui !
Wazem a la capacité d’adapter son écriture en fonction du dessinateur avec lequel il va travailler. Il conserve cependant une force narrative en puisant des éléments dans ses souvenirs d’enfance, dans les évènements qu’il a vécus en tant qu’adulte pour bâtir son récit. La maison qui est dessinée dans La Fin du monde est celle dans laquelle il a grandi ! Cette histoire contient beaucoup d’éléments autobiographiques, sans que ce récit ne le soit vraiment !

Il est également dessinateur. Est-ce que cela influence votre méthode de travail ?

Absolument ! Il intervient dans mon découpage et n’hésite pas à me demander de modifier certaines cases. Mais, j’ai la même liberté avec lui : Je peux lui proposer d’enlever des dialogues ou de les remplacer par d’autres. Nous collaborons sans aucun tabou ! Il est auteur complet et maîtrise parfaitement la narration, l’écriture propre à la bande dessinée.

Comment est né ce récit ?

Je pense qu’il voulait le dessiner au départ. Mais comme celui-ci contient des aspects autobiographiques, Pierre a jugé préférable d’avoir un peu de distance dans ce projet. Il désirait qu’il ne s’inscrive pas dans une veine autobiographique ou « autofictionnelle ». Il a écrit un premier jet pour lui, puis l’a modifié pour moi.
Les ambiances de cette histoire me plaisaient. J’aime les univers investis, forts et chargés ! C’était aussi un récit relativement lent, une sorte de long plan de séquence. Et puis, j’avais envie de mélanger le réalisme et le fantastique. Je lui en ai parlé.

Extrait de la "Fin du Monde"
(c) Tirabosco, Wazem & Futuropolis

On ne sait pas trop si l’histoire glisse vers l’onirisme...

Nous sommes entre les deux. Nous jouons sur les codes du fantastique. Je voulais avant tout faire passer au lecteur une émotion et un plaisir de lecture. Je recherche toujours ces deux aspects lorsque je crée des bandes dessinées. D’autres auteurs essaient plutôt de faire passer un aspect ludique ou encore un plaisir intellectuel. Moi, je recherche avant tout à émouvoir le lecteur !

La jeune femme que vous mettez en scène est mélancolique, et probablement dépressive. Elle vit finalement une initiation en rencontrant cette vieille dame, en pénétrant dans cette chambre.

Nous abordons également le thème de la résilience. Comment arrive-t-on à continuer à avancer en ayant vécu, dans son enfance, quelque chose de perturbant et de traumatisant ! Elle part à la recherche de réponses et de sa mère qui est la grande absente de son passé. La fin du récit aborde le thème du pardon.

A Angoulême, vous avez reçu le Prix œcuménique de la BD pour « La fin du monde »

J’en suis très content ! Surtout lorsque je vois les lauréats des années précédentes : Lax, Davodeau, Larcenet, etc. Ce prix est décerné à une bande dessinée qui véhicule des valeurs humanistes.

Dessin pour la "Fin du Monde"
(c) Tirabosco, Wazem & Futuropolis

Votre style graphique est très pictural.

Cela fait une dizaine d’années que je travaille avec la technique du monotype. Je réalise une empreinte. Je pose la feuille sur de l’encre et je dessine. À chaque endroit où je dessine, l’encre se dépose au dos du papier. Je rehausse cela de pastel blanc. La mise en couleur bleutée de "La Fin du monde" est réalisée sur ordinateur.

Mais je souhaite revenir à une technique plus simple. J’utiliserai probablement un trait au crayon pour ma prochaine BD. Ceci dit, je n’ai pas terminé de développer une technique avec le monotype et de sonder ses débouchés graphiques. Le monotype peut être contraignant et n’exprime pas l’immédiateté du trait. Cette technique laisse penser que le dispositif mis en place est très contrôlé, mais il y a toujours une part de hasard dans le "matiérisme", les vibrations, les trames qui sont créés par l’empreinte du monotype.

L’effort est-il plus grand lorsque l’on utilise cette technique ?

Cela demande un plus gros travail, mais je ne pense pas que cela en demande beaucoup plus ! Certaines bandes dessinées réalisées au trait, semblent être rapidement dessinées. Or, elles ne l’ont pas été. Je maîtrise suffisamment le monotype pour avancer rapidement et faire une page par jour. Serais-je plus rapide au trait ? Peut-être. Mais la rapidité ne m’intéresse pas. La question de la technique est secondaire. Ce qui compte, c’est de réaliser des livres cohérents et essentiels. Heureusement, tous les auteurs n’utilisent pas la même boîte à outils…

Vous travaillez aussi pour l’édition jeunesse. Est-ce un besoin de passer de l’un à l’autre ?

C’est un plaisir ! Le livre jeunesse constitue un espace de liberté graphique ! J’ai envie d’explorer le dessin sous toutes ses formes, que cela soit pour le livre jeunesse, l’affiche, le graphisme, la scénographie ou la bande dessinée. Je n’ai pas envie d’être cloisonné dans ce dernier genre. D’ailleurs, je ne me considère pas comme un « vrai » dessinateur de BD car je ne fais pas que cela ! En dix ans, je dois n’avoir publié que cinq ou six BD. Je ne produis pas régulièrement. Je fonctionne à l’envie, au plaisir et à la curiosité. Je me suis même occupé d’une collection jeunesse, appelée Somnambule pour les éditions « La Joie de Lire ». Elle est maintenant dirigée par Guillaume Long. J’y ai publié Le Dessert. Un album pour les tout-petits, avec de grandes cases ! Il contient peu de couleurs, mais beaucoup de dialogues. Je l’ai écrit seul. J’aimerais renouveler l’expérience prochainement…

Dessin pour un livre jeunesse

Les Suisses sont des habitués des référendums. Intervenez-vous en tant qu’artiste dans la vie politique en réalisant des affiches ?

Oui. Mais beaucoup moins que dans les années 1980 et 1990. À cette époque, il y a eu une grande tradition de l’affiche politique dessinée par des illustrateurs. Je m’étais mis au service de certains partis politiques comme les Verts ou les Socialistes lors de référendum ou de votation cantonale. Un auteur genevois, Exem a une production beaucoup plus importante que moi dans ce domaine, Ariel Herbez, journaliste au Temps, a d’ailleurs consacré un livre à cet auteur [1] où il met en avant sa production d’affichiste et son amour pour la ligne claire, chère à Hergé et Jacobs.

Quel sera votre prochain album ?

Un récit autobiographique où je mets en images mes souvenirs d’enfance. J’avais commencé ce travail chez Atrabile, il y a quelques années. Les premières pages ont déjà été publiées chez eux. Je le reprends en redessinant les planches existantes. J’aimerais leur présenter l’album terminé, d’un bloc. S’il le prenne tant mieux. Sinon, j’irai voir ailleurs !
Avec Pierre Wazem, je vais réaliser une sorte de prolongement à La Fin du monde chez Futuropolis. Il ne s’agira pas d’une suite de ce récit, mais nous aborderons à nouveau le thème de la catastrophe, avec une situation un peu extrême. Avec ces récits, nous rencontrons en résonance avec notre époque, qui est un troublée, catastrophique. Malheureusement, nous ne tirons pas forcément une pédagogie des catastrophes que nous causons .

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Du même dessinateur :
- La Fin du Monde (avec Wazem)
- Monroe (Avec Wazem)
- L’oeil de la Forêt

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Photo (c) Nicolas Anspach

[1« Exem à tout vent », chez Vertige Graphic.

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